God Bless Fiat, le géant Chrysler sauvé par Turin
François Bailly, à Detroit (l'Echo)
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Detroit, capitale américaine de l'automobile, rêve en italien. trois ans après le mariage avec Fiat, les ouvriers de Chrysler assemblent toujours leurs voitures en jeans, t-shirts, baskets, la casquette vissée sur la tête. Mais, dans les c?urs, l'humeur a changé. Fini le spectre de la faillite. Les ventes n'ont jamais été aussi bonnes, les projets aussi florissants. « Les Italiens sont nos sauveurs ! », crient les Yankees. Sergio Marchionne a réussi son coup de poker... quand il décida que, au petit jeu du « grossir ou survivre », Fiat devait sauter sur l'opportunité d'une prise de contrôle de Chrysler, Sergio Marchionne fut qualifié par la terre (automobile) entière de « doux rêveur », d'« irresponsable », voire de « fou ».Le patron canado-italien, au flegme si... britannique, était certes parvenu à faire redémarrer la vieille dame de turin quelques années auparavant alors qu'elle croulait sous les milliards d'euros de dettes (14,4 milliards en 2004 !). Cette fois-ci, il ne s'agissait plus de réussir à faire revivre (ou non) le mythe de la Fiat 500, mais de s'attaquer au troisième constructeur automobile des Etats-Unis, le plus fragile, celui dont les clients étaient les plus âgés. C'était voir grand, très grand.
Comment un modeste groupe italien, champion des voitures minuscules et - qui plus est - désargenté, pouvait-il assurer un lendemain à Chrysler, constructeur de pick-up et de 4x4, qui ne survivait que parce qu'une faillite définitive aurait pesé trop lourd en allocations de pension à la société américaine ? Daimler, en son temps, s'y était cassé les dents.
Qu'importe. Le 10 juin 2009, après maintes péripéties nourries de recours des fonds d'assurance-vie de l'Indiana (qui représentent quelque 100 000 fonctionnaires des forces de police et enseignants), mécontents de voir leurs créances s'effacer, l'union était officiellement scellée. Le nouvel ensemble, baptisé Chrysler Group LLC et initialement détenu à 20 % par Fiat, se voyait déclaré « immédiatement opérationnel » par la Cour suprême des Etats-Unis.
Trois ans plus tard, Sergio Marchionne ne cesse de s'envoler, chaque semaine, entre sa villa du Piémont italien et le grand manoir qu'il s'est acheté sur les rives de la Detroit River, à quelques kilomètres des quartiers ancestraux de l'industrie auto américaine. La croix que porte Fiat, c'est l'effondrement continu du marché en Italie et dans l'ensemble du bassin méditerranéen. « Ils connaissent en Europe une période difficile, cumulée à une offre excédentaire, qui fait peser de gros risques sur la trésorerie », analyse Standard & Poor's. Heureusement, de l'autre côté de l'océan, Chrysler a vu ses ventes grimper de 26 % en 2011 ; 14 points de mieux que l'ensemble du marché.
Le plus petit des Big Three, au moment de fusionner, ne parvenait plus à écouler un million de voitures par an. Voilà qu'il vient d'annoncer 150 041 immatriculations, rien que sur mai 2012, son 26e mois à la hausse. L'objectif officiel est désormais d'atteindre, pour 2013, les 2,4 millions de voitures dans le monde.
François Bailly, à Detroit (l'Echo)
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