"L'Etat, associé aux Régions, peut beaucoup pour l'industrie"

Une semaine après l'annonce de la fermeture du site PSA d'Aulnay-sous-Bois sous Bois, Jean-Claude Volot, le médiateur des relations inter-entreprises et de la sous-traitance revient pour La Tribune sur les causes des difficultés actuelles du secteur manufacturier. Pour de nombreuses raisons, et en particulier grâce à l'action de l'Etat, il croit en des jours meilleurs pour l'industrie tricolore.
Jean-Claude Volot, médiateur national des relations inter-entreprises / F. Girard
Jean-Claude Volot, médiateur national des relations inter-entreprises / F. Girard

La Tribune - La direction PSA vient d'annoncer la fermeture de son site d'Aulnay sous Bois, entraînant la suppression de 8.000 postes. Etes vous surpris ?
Jean-Claude Volot - Malheureusement non. En privilégiant l'Hexagone pour construire ses véhicules, PSA était en quelque sorte un constructeur vertueux jusqu'ici. Mais la vertu ne paie pas. Ou plutôt ne paie plus dans une économie mondialisée. Un constructeur qui a des ambitions mondiales ne peut pas construire toutes ses voitures dans son pays d'origine. Les choses sont ainsi faites. Peut être, le site d'Aulnay aurait il pu être utilisé autrement, pour produire un véhicule du futur par exemple. Ceci étant dit, je redoute une série de catastrophes de ce type dans les deux trois années qui viennent, notamment dans le secteur des transports. Certains industriels français ont tardé à voir la cruelle réalité des enjeux et des conséquences de la mondialisation.

Comment en est-on arrivé là ?
L'industrie française et ses salariés paient de longues années de déshérence, d'égoïsme exacerbé entre les grands et les petits, d'absence de dialogue entre les pouvoirs publics, l'argent et les entreprises. Comment expliquez vous qu'une filière parfaitement organisée comme l'aéronautique, même si les discussions entre ses acteurs sont parfois un peu vives, peine à assurer les commandes qu'elle enregistre alors que la filière automobile voit ses usines disparaître ? On ne fait que payer les erreurs, les incompréhensions passées, les stratégies de court terme.

Vous citez l'aéronautique en exemple, mais comment cette filière fait-elle pour afficher d'aussi bons résultats ?
Ses acteurs dialoguent en permanence en ayant en tête trois horizons différents. A court terme, l'objectif est d'assurer un maximum de visibilité en production à tous les acteurs. Un exemple récent : le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS) a pris un accord avec la Fédération française bancaire portant sur le soutien au financement de la filière aéronautique française . Celui-ci préconise l'allongement à six mois glissants de la période des commandes fermes à tous les niveaux de la filière. A moyen terme, c'est-à-dire à dix ans, la filière réfléchit aux évolutions des modes de consommation des voyageurs par exemple. A long terme, c'est sur l'avion et les moteurs du futur que les entreprises planchent déjà. Les acteurs de l'automobile ne travaillent pas ainsi...

L'industrie française est-elle condamnée à disparaître ?
Non, bien entendu. Heureusement les choses changent car nécessité fait loi. Si le gouvernement souhaite que la France conserve son industrie, il se mobilisera et trouvera des solutions.

Est-ce le cas ?
En arrivant au pouvoir, la nouvelle majorité a eu la sagesse de ne pas pratiquer une politique de la terre brûlée en rayant d'un trait ce qui a été fait lors du précédent quinquennat. Les investissements d'avenir programmés par le Grand emprunt, la Médiation du crédit, la Médiation Inter-entreprises, la Conférence nationale de l'industrie [CNI] ont été confirmés. Certes, leurs effets ne seront visibles qu'à moyen terme, mais on n'imagine pas l'utilité de ces dispositifs. Je pense notamment à la structuration des douze filières stratégiques mises en place par la CNI.

L'Etat peut tout ?
La France est jacobine et les Français ne sont pas des libéraux. Ce n'est ni dans notre mentalité, ni dans notre culture de laisser le marché faire les choses. Il nous faut un Etat qui soutienne, guide et oriente tout en laissant les industriels faire leur travail. Alors oui, je pense que l'Etat associé aux régions peut beaucoup, et surtout coordonner des gaulois individualistes. Il peut et doit tenter de sauver l'existant car des dizaines de milliers d'emplois sont en jeu et des savoir-faire en péril. Il doit surtout structurer l'avenir. C'est ce qu'il fait avec les pôles de compétitivité par exemple. La plupart de ces pôles sont en train de donner naissance à de futures filières stratégiques qui seront les fers de lance de notre industrie en 2020-2025.

En attendant, l'Allemagne nous taille des croupières sur les marchés exports.
Et alors ? Les performances de l'industrie allemande seront-elles éternelles. C'est loin d'être sur ! Une chose est déjà visible, les entreprises chinoises et indiennes sont en train de les attaquer férocement dans les domaines électromécaniques. Dans la machine-outil notamment, le made in India et le made in China sont en plein boom. Certes, nos industries du futur sont encore naissantes ou adolescentes, voire dans les cartons ; mais si nous sommes habiles et organisés collectivement, elles auront un temps d'avance sur les autres.

Le débat sur le coût du travail s'anime à nouveau. Un transfert des cotisations pesant sur le travail serait-elle une solution miracle ?
Une baisse du coût du travail permettrait à nos entreprises de restaurer leur taux de marge et donc de se remettre à innover et à embaucher. C'est certain. Toutefois, la compétitivité française ne repose pas que sur le coût du travail, elle repose aussi sur un travail micro-économique de terrain, long et opiniâtre. Du dialogue, du bon sens et une bonne dose de volontarisme de la part de l'Etat sont tout aussi précieux.

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