Le jour où tout a commencé (3/5) : l'URSS est morte... vive la Russie !
François Roche
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Quand la lente agonie de l'URSS a-t-elle commencé ? À la disparition de Staline, en 1953, qui clôturait le règne le plus sanglant de l'histoire de la Russie ? Après le limogeage de Khrouchtchev en 1964 qui clouait au silence un homme différent des autres dirigeants soviétiques ? Plus tard, à la mort de Brejnev, en 1982, qui laissait l'image d'un homme et d'un système dont les neurones étaient détruits ? En fait, chacune de ces grandes dates de l'histoire de l'URSS a marqué une étape décisive dans la progression de la maladie.
Aujourd'hui encore, cela reste un événement déterminant
L'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, la deuxième puissance mondiale, dotée d'une force de frappe nucléaire terrifiante, disparaissant sans combattre, s'autodétruisant en silence... Si la chute du mur de Berlin marque la réunification de l'Europe, le 31 décembre 1991 annonce un changement considérable dans l'équilibre du monde : la fin du tête-à-tête est-ouest, la disparition du meilleur ennemi de l'Occident. La scène mondiale se libère et s'apprête à accueillir de nouveaux acteurs, dont on ne sait pas encore que certains d'entre eux seront beaucoup plus redoutables que celui qui vient de tirer sa révérence.
L'année 1991 est donc celle de la chute de l'empire. Même si elle ne peut porter, à elle seule, la responsabilité de l'un des moments les plus importants du XXe siècle, l'enchaînement des circonstances, entre janvier et décembre de cette année-là, va provoquer le démantèlement, presque pierre à pierre, de l'édifice né le 30 décembre 1922, et qui constituait déjà le plus grand État du monde, même s'il n'incluait alors ni l'Ukraine de l'Ouest ni les pays Baltes.
Une triple défaillance pour faire chuter l'URSS
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La première est celle des économistes. Personne n'avait théorisé la façon dont on peut transformer une économie centralisée, basée sur des échanges monétaires virtuels, minée par les mensonges, les statistiques falsifiées, les tromperies, les escroqueries, le vol massif des biens de l'État en une économie libérale de marché.
On a eu beau faire venir à Moscou la fine fleur de l'école de Chicago, décréter la plus grande privatisation de tous les temps, brader les gisements de pétrole et de nickel à la crème de la jeunesse entreprenante et pas très à cheval sur la morale, le passage des directeurs rouges aux nouveaux actionnaires s'est traduit par une désorganisation profonde, durable du système productif soviétique, aux effets dramatiques pour la population. Incapable de se réformer et de nourrir ses enfants, l'Union soviétique s'est révélée dans toute sa nudité, débranchée du système de planification et de centralisation.
François Roche