La Los Angeles River veut ressusciter grâce à un plan pharaonique

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Une vue de la « L.A. River » au niveau du viaduc Sixth Street./ DR
Une vue de la « L.A. River » au niveau du viaduc Sixth Street./ DR (Crédits : DR)
Un programme de revitalisation, environnementale et économique, vise à donner à la deuxième métropole des États-Unis un nouvel élan dans les dix prochaines années.

Les cyclistes passent à vive allure et ne remarquent même pas les hérons qui trempent leurs longues pattes, en contrebas. La piste cyclable longe la Los Angeles River et, au niveau du quartier d'Atwater Village, seuls les riverains et les initiés en profitent vraiment. Rares sont les Angelenos qui en connaissent l'existence. Surtout, rares sont ceux qui savent qu'il y a une rivière dans leur propre ville ! Ils l'ont pourtant vue, sans doute comme vous, dans des scènes mémorables de nombreux films (Chinatown, Terminator 2, Drive...).

Faire redécouvrir cette rivière, c'est justement tout le défi auquel fait face la nouvelle direction de la Ville. Éric Garcetti, 42 ans, maire démocrate investi en juillet dernier, a repris à bras-le-corps un projet qui ressemblait fort à un serpent de mer : revitaliser la « L.A. River », sur une quinzaine de kilomètres. Pas simple, alors que le cours d'eau traverse surtout des zones marginales d'une agglomération de près de 14 millions d'habitants, aux préoccupations en apparence bien plus urgentes.

Le challenge est pourtant de taille. Dans les années 1930, à la suite de crues qui avaient fait 115 morts et 40 millions de dollars de dégâts, le lit de la rivière a été totalement bétonné sur la quasi-totalité de ses 83 km. Un chantier incroyablement en pointe pour l'époque, mais perçu aujourd'hui comme une hérésie. Car les temps ont radicalement changé et, désormais, les Californiens soutiennent massivement les mesures pro-environnementales dans les sondages et les divers référendums locaux. Ce qui aboutit à un plan d'une envergure spectaculaire, que peu de villes dans le monde pourraient mettre en oeuvre. Un plan qui va nécessiter de lever 1 milliard de dollars sur au moins une douzaine d'années, argent public comme argent privé.

Mais pour le maire, Éric Garcetti, cela vaut le coup :

« Nous travaillons à revitaliser la Los Angeles River et à la libérer de son carcan de béton, explique-t-il. Nous voulons faire de la rivière un endroit de nature et d'activités, créant ainsi plus d'espace ouvert dans notre environnement urbain si dense.

Ces efforts restaureront non seulement sa beauté naturelle. Mais la nouvelle vie de la rivière apportera également une nouvelle vie aux quartiers et aux entreprises tout autour. Restaurer la rivière est crucial pour faire avancer notre ville. »

« C'est là que vivaient les indiens... »

L'autre volet du Plan de revitalisation est économique et social. À certains endroits, la rivière deviendra une promenade pour piétons, agrémentée de cafés, restaurants, commerces et même d'immeubles d'habitation.

« C'est clairement une façon de revitaliser nos quartiers, argumente Mitch O'Farrell, conseiller municipal. Rénover, entreprendre, intégrer. »

Le pan social du projet de revitalisation peut même désormais s'inscrire dans le programme de Barack Obama de lutte contre la pauvreté. Cinq zones franches ont en effet été choisies par l'exécutif fédéral en janvier 2014 pour bénéficier de subventions et de crédits d'impôts : San Antonio (Texas), Philadelphie (Pennsylvanie), le sud-est du Kentucky, l'Oklahoma et plusieurs quartiers de Los Angeles, non loin de la rivière.

Mais l'enjeu est aussi, il est vrai, très symbolique.

« C'est un véritable retour aux sources, car L.A. est née au bord de ces berges : c'est là que vivaient les Indiens », rappelle Mitch O'Farrell en montrant la zone la plus naturelle de la rivière, sur Marsh Park.

Le conseiller municipal en charge des quartiers d'Hollywood, Los Feliz, Silver Lake et Atwater, que la rivière longe, a même décidé de prêter serment à cet endroit précis, lorsqu'il est entré en fonction.

« Ce projet est le résultat de nombreuses années de travail », avoue-t-il.

Deux volets pour une réhabilitation

Le Plan de revitalisation comprend deux grands volets. Environnemental, d'abord. Car la rivière est placée sur la route migratoire du Pacifique pour de nombreux oiseaux : hérons, oies sauvages, canards s'y reposent, mangent les baies sauvages présentes sur les berges.

De nombreux batraciens commencent déjà à revenir, après les premiers efforts de reconstruction de miniparcs et espaces protégés : crapauds, salamandres, grenouilles. Côté flore, le plan prévoit de replanter des espèces natives de Californie du Sud, tels les « tournesols buissons », la rose sauvage de Californie ou encore le laurier violet.

Mitch O'Farrell a fait partie de la délégation emmenée par le nouveau maire, Éric Garcetti, à Washington en octobre 2013. Au programme : lobbying auprès du Congrès pour obtenir des fonds fédéraux et visite à la Maison Blanche. Éric Garcetti a été reçu dans le bureau ovale par Barack Obama, qui a promis de soutenir le projet.

« Un milliard de dollars, ce n'est pas tant que ça, relativise Mitch O'Farrell.

Car c'est étalé dans le temps, sur dix ou quinze ans. Et audelà de l'aspect environnemental, certes primordial, c'est de l'action sociale. Les quartiers que traverse la rivière sont plutôt défavorisés et ils ne pourront que bénéficier de l'embellissement de la rivière et de la nouvelle activité économique. »

« Cela peut paraître beaucoup, mais franchement, combien coûte un missile nucléaire ? » demande pour sa part Lewis McAdams.

À 70 ans, ce poète-architecte-cinéaste-journaliste est le fondateur de l'Association des amis de la Los Angeles River (Folar, ou Friends of L.A. River). Cela fait près de quarante ans qu'il milite pour une réappropriation des berges par la population. « Une épopée artistique », plaisante-t-il en regardant la rivière, dans le parc qui porte désormais son nom.

« On va revoir des truites ! Jusqu'en 1930, la rivière était notre ressource principale en eau. C'est notre veine, qui apporte la vie à Los Angeles. »

Lewis McAdams traverse la passerelle pour piétons et regagne sa voiture garée un peu plus loin. Sur la grille, il voit une collection de cadenas peints de couleurs vives. Sur l'un d'entre eux on peut lire : « Billy & Glen se sont mariés ici. 23 novembre 2013 ».

« Pendant ma jeunesse, combien de fois s'eston donné rendez-vous au bord d'une rivière ? se remémore-t-il avec une nostalgie mêlée d'amusement. Motiver les gens pour faire quelque chose autour de ce projet a toujours été une façon de rassembler. »

Il a fallu le temps, presque toute sa vie d'adulte, pour arriver au projet actuel.

« Moi, je suis plutôt surpris que ça ait été aussi rapide ! assure-t-il très sérieusement. C'est un processus évolutif, mais tout le monde dans l'association a joué le jeu, tourné vers le même objectif. »

Lewis McAdams sait maintenant que la nouvelle génération est mobilisée et prête à reprendre le flambeau. Et il n'a pas oublié que, lorsqu'il était professeur dans sa jeunesse dans une école privée de L.A., l'un de ses élèves s'appelait... Éric Garcetti. La boucle sera bientôt bouclée.

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L. A. RIVER, C'EST...

EN CHIFFRES

  • 77 km de long. La rivière prend sa source dans les montagnes de Santa Monica. Son embouchure est à Long Beach, dans l'océan Pacifique.
  • 8 affluents.
  • 33 municipalités ou quartiers traversés.
  • 117 ponts et passerelles.
  • 10 km environ de pistes cyclables .
  • 2,5 km ouverts aux canoës et kayaks depuis juillet 2013.

SON HISTOIRE

  • 800 avant J.-C., la tribu indienne Gabrielino-Tongva s'installe sur ses rives.
  • 1781, fondation du village « El Pueblo de la Reina de Los Angeles ».
  • 1938, à la suite de graves inondations, les berges sont bétonnées.
  • 1986, création de l'association Friends of L.A. River.
  • 1991, lancement du projet de revitalisation par la mairie.
  • Juillet 2013, vote du plan de revitalisation actuel. Coût du plan : 1 milliard de dollars, sur dix ou douze ans.

LA FAUNE ET LA FLORE

  • 8 espèces locales d'oiseaux.
  • 9 espèces de plantes natives.
  • 4 espèces de poissons.

EN FILMS Chinatown, Terminator 2, Grease, Point Blank, Drive...

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Commentaires
a écrit le 14/02/2014 à 8:27 :
plantes "natives" ou indigènes ?

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