A la Réunion, agriculture et solaire font bon ménage

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Akuo Energy développe son concept innovant d'« agrinergie » qui associe cultures locales et fermes photovoltaïques. Habitants et autorités locales semblent séduits.

 

A la Réunion, où la pression foncière sur les surfaces agricoles est une véritable préoccupation, l'initiative de Akuo Energy semble exemplaire. L'entreprise y développe le concept d'« agrinergie ». Ou comment faire cohabiter panneaux photovoltaïques et cultures sur une même parcelle. Sur les communes de Pierrefonds et du Syndicat, des cultures en voie de disparition ont été intercalées entre les rangées de panneaux, tandis qu'au Tampon elles ont trouvé place sous des serres recouvertes de panneaux photovoltaïques.

« En permettant la culture de citronnelle et de géranium bourbon à Pierrefonds, nous relançons la production locale de ces espèces dans des quantités significatives », explique Marie-Rose Séverin, présidente de la Caheb (Coopérative agricole des huiles essentielles de Bourbon), qui regroupe une centaine de producteurs d'huiles essentielles de l'île. Un véritable atout pour la Réunion, face à la concurrence indonésienne et sri-lankaise et alors que les cours ont été multipliés par cinq ces dernières années. « Nous nous battons pour maintenir ces cultures appartenant à notre patrimoine, et qui témoignent d'un véritable savoir-faire local, ajoute-t-elle. Grâce au programme de Pierrefonds, nous allons relancer la filière en doublant la pro- duction. »

Limiter les importations

Au Tampon, c'est la production de fleurs (lys et orchidées) qui est relancée. Avec 1,5 hectare de serres anticycloniques, l'horticulteur Jean-Louis Payet entend développer la production locale de fleurs coupées et limiter ainsi les importations. « Nous importons 1,1 million de tiges d'anthuriums de l'île Maurice, explique-t-il. Grâce au partenariat avec Akuo Energy, nous comptons en produire environ 300.000 par an dans nos serres. » Déjà premier producteur de l'île d'orchidées, Jean-Louis Payet entend ainsi tripler son chiffre d'affaires (pour atteindre le million d'euros) et embaucher deux nouveaux salariés. « Ce partenariat n'a que des avantages pour nous ; en augmentant la surface cultivable et la productivité, nous gagnons dix ans, ce qui va nous permettre de développer une activité complémentaire de potées fleuries. »

Si les avantages sont importants pour les producteurs, pour Akuo Energy ce principe d'agrinergie a permis de convaincre les administrations locales et la chambre d'agriculture que photovoltaïque et cultures pouvaient cohabiter pour le bénéfice de tous. « Nous avons dû faire face à une certaine méfiance concernant l'installation de nos fermes photovoltaïques sur des terrains agricoles alors que la pression foncière est très forte sur l'île, reconnaît Éric Scotto, président d'Akuo Energy. Mais en intégrant des cultures à nos fermes, nous apportons une forte plus-value à nos projets, ce qui a convaincu nos interlocuteurs. Il ne s'agit pas d'utiliser le volet agricole uniquement pour justifier le photovoltaïque, mais de développer des activités totalement complémentaires. » Quatre autres projets doivent d'ailleurs voir le jour sur l'île, sous serres (maraîchage bio, fruits exotiques et fruits de la passion) ou en plein champ comme à la prison du Port. Ce projet, original à plus d'un titre, prévoit la culture de produits maraîchers bio pour les cantines du centre pénitentiaire. Installé dans le no man's land, il créera pendant toute la durée des travaux des emplois pour les détenus. Ce volet social est très important pour Akuo Energy, qui emploie déjà des prisonniers sur ses autres centrales, comme pour l'administration pénitentiaire, « sensible au volet d'insertion du projet », comme le confirme Pierre Oddou, directeur du centre pénitentiaire du Port de Rivière des Galets.

Avec ses 7MW déjà connectés et ses nouveaux projets, Akuo Energy et sa filiale Austral Energy atteindront bientôt une capacité d'une trentaine de MW disposeront ainsi d'un des premiers parcs photovoltaïques privés de l'île.

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