Financer la transition énergétique : le casse-tête allemand

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A quelques semaines de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre qui doit lancer le grand débat sur la transition énergétique en France, les difficultés techniques et financières rencontrées outre-Rhin pourraient bien alimenter la polémique.

Le gouvernement allemand vient d'adopter ce mercredi 29 août un plan de soutien à l'éolien en mer. C'est le troisième plan en faveur des énergies renouvelables en un an, et son objectif est d'assurer les opérateurs contre les risques financiers et donc de rassurer les investisseurs. Le pays mise gros sur cette énergie pour assurer sa sortie du nucléaire, prévue pour s'échelonner d'ici à 2022.

Limiter l'impact sur la facture des ménages

Le coût pour les ménages devrait être limité, avec une augmentation qui ne devrait pas dépasser 8,75 euros pour une famille consommant 3.500 kWh par an et dont la facture annuelle s'élève à 900 euros. A 25,3 euros les 100 kilowattheures (kWh), l'Allemagne affiche déjà le prix de l'électricité le plus élevé d'Europe après le Danemark (29,8 euros/100 kWh).

Et à un an des prochaines élections législatives allemandes, le poids financier pour les particuliers de la transition énergétique décidée par le pays n'en finit pas d'alimenter le débat. Il faut dire que ce poids est d'autant plus lourd, que les entreprises les plus consommatrices d'électricité ont été exemptées de contribuer au financement de cette transition énergétique afin de ne pas grever leur compétitivité. Ces derniers jours, ce sont les patrons de deux des quatre principaux groupes énergétiques, RWE et Vatenfalls, mais aussi le ministre de l'Environnement lui-même, qui ont relancé le débat.

150 milliards d'euros d'ici à 2020 ?

Dans des entretiens à la presse, les premiers ont insisté sur le coût certainement plus élevé que prévu du développement des énergies renouvelables. Tuomo Hatakka (Vattefall Europe) a chiffré le coût de la transition à 150 milliards d'euros d'ici à 2020, ce qui entraînerait selon lui une hausse de 30 % du prix de l'électricité acquitté par les ménages. La majeure partie de ce coût est liée à l'éolien offshore (qui a rencontré de nombreux obstacles techniques, financiers et de calendrier ces derniers mois) et à la nécessité de renforcer et d'allonger le réseau électrique, à la fois pour y injecter une électricité issue de multiples sources d'énergie, dont la plupart intermittentes, et pour transporter cette électricité depuis les zones de production à celles de consommation. Pour les grands énergéticiens, qui ont beaucoup à perdre de la sortie du nucléaire, le chantier du réseau électrique représente en revanche une belle opportunité.

Le ministre de l'Environnement freine sur les énergies renouvelables

Mais cette estimation de 150 milliards d'euros est rejetée par le ministre de l'Environnement Peter Altmeier. En tant que membre de la CDU d'Angela Merkel et à quelques mois d'échéances électorales, il est d'ailleurs bien décidé à contenir l'augmentation du prix pour les ménages.

C'est sans doute ce qui l'a conduit à faire des déclarations pour le moins étonnantes étant donné sa fonction, insistant sur la nécessité...de ne pas trop développer les énergies renouvelables ! Estimant qu'avec déjà 25 % de son énergie issue de sources alternatives l'Allemagne est en bonne voie pour atteindre son objectif de 35 % en 2020, il ne juge pas souhaitable qu'elle dépasse cet objectif. Cela risquerait en effet selon lui de générer un surplus d'énergie, des dysfonctionnements du réseau et même des risques sur la sécurité des approvisionnements dans le cas où les centrales thermiques actuellement en fonctionnement seraient fermées trop rapidement. Sans surprise, ces propos ont suscité de vives réactions chez les Verts allemands.

Nul doute que les déboires de notre voisin, qui se distingue par son volontarisme politique en faveur d'une transition vers une énergie décarbonée ET dénucléarisée, seront bientôt agités par les différentes parties prenantes au débat français.
 

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Commentaires
a écrit le 01/09/2012 à 18:44 :
Enfin un peu de réalisme chez ce ministre vert ! Il est plus intelligent et moins dogmatique que les autres verts et comprend qu'appliquer la décision-trouille de Merkel va conduire le pays dans le mur et en contre-coup ridiculiser les Verts pour 50ans en Allemagne.
Quand donc l'Allemagne enverra au pouvoir des gens qui savent de quoi ils parlent ?
a écrit le 01/09/2012 à 15:06 :
Cet article ne parle pas des consommations mais que des couts de productions, c'est une manière de biaiser la compréhension globale d'une économie qui effectue efficacement et durablement sa Transition énergétique. En Allemagne la consommation d'électricité baisse de 3% par an depuis 5 ans http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?codeTheme=6&codeStat=EG.USE.ELEC.KH&codePays=DEU&codeTheme2=6&codeStat2=x&langue=fr ainsi les usagers ne subissent quasiment pas de hausses de leurs dépenses pour financer les enr contrairement à ce que certains journalistes incultes et tout le lobby nucléaire Français essaye de nous faire croire. D'autre part les enr ont des coûts variables quasi nuls donc une fois les investissements amortis (D'ici 2 décennies) le prix de l'électricité va inexorablement baisser en Allemagne . Paradoxalement c'est en France que nous allons connaitre une hausse des dépenses: le laisser aller sur la consommation d'électricité implique que la moindre hausse des prix de l'électricité va durement impacter le pouvoir d'achat. Maintenant qu'Edf alias notre "Mammouth Radioactif" nous annonce 50% de hausse d'ici 2020 (avec ou sans les enr), on se retrouve au pied du mur, par ce qu'aucune politique sérieuse de maitrise de la consommation n'a été mise en place, c'est même le contraire qui a été fait avec une véritable dictature du tout électrique, chauffage , clim et tout le toutim. Une anecdote révélatrice: Qui sait que jusqu'en 2005 la label Vivrélec (obligatoire pour les constructions neuves) interdisait le chauffe-eau solaire ? Quand à l'autre argument pour faire peur aux braves grenouilles françaises avec les "centaines de milliards d'investissements engloutis pour les enr en Allemagne" je voudrais juste rappeler que l'Allemagne a déjà investi 1000 milliards pour sa réunification et ma fois ça a plutôt l'air de leur avoir bien réussi économiquement, alors arrêtons de les faire passer pour des débiles et nettoyons nos écuries radioactives !
a écrit le 30/08/2012 à 14:26 :
On est passé de 1500milliards à 750milliards, puis 250milliards et maintenant 150milliards sur....8ans!
ça baisse vite le cout de la transition énergétique!
a écrit le 30/08/2012 à 8:22 :
L'énergie doit être abordée de quatre manières:
1-le climat
2-l'épuisement des ressources
3-le prix de pétrole
4-la relation prix de l'énergie/cout du travail.
On oublie cette dernière relation.Il faut une taxe sur l'énergie pour finacer les retraites!
Réponse de le 30/08/2012 à 10:17 :
@gépé001: il y a un sujet dont vous ne parlez pas: Les économies d"énergie. Par rapport aux pays du Nord, la France a au moins 20 ans de retard (isolation Bâtiments et constructions, échangeur solaire/eau pour fabriquer de l'eau chaude, panneaux solaires pour l'électricité, pompe à chaleur, chauffage urbain à partir d'incinérateur, les éclairages publics, etc...
Il y a déjà lus de 20 ans qu'en Allemagne des déductions fiscales importantes permettaient aux particuliers d'investir pour réaliser des économies d'énergie. Combien de nouveaux bâtiments Français sont encore équipés de radiateurs électriques...
Réponse de le 30/08/2012 à 11:41 :
Ben vu qu'on a de l'électricité abondante et pas chère, pourquoi chercher de la complexité gratuite. Car quasiment tout ce que vous citez augmente fortement les coûts de construction et de maintenance (les chauffe eau solaires sont infiniment plus complexes qu'un bête chauffe eau classique, pareil pour une pompe à chaleur, etc etc), voire impacte le mode de vie (éclairage public).
a écrit le 30/08/2012 à 7:48 :
Comme toujours les pensées intégristes font prendre des décision erronées. La France devrait bien étudier le cas de l'énergie en l'Allemagne. Il y a des leçons à en tirer pour éviter de faire des erreurs. Entre tout nucléaire et zéro nucléaire, il y a un optimum à rechercher pour son indépendance énergétique, le bien économique du pays et la sécurité des citoyens.
Les verts sont des politiques utopistes non modérés voire dangereux pour un pays. Ils utilisent l'écologie comme tremplin pour leur carrière politique, Quant aux solutions pour le futur, il ne faut surtout pas les écoutés car on risque le chaos.
a écrit le 30/08/2012 à 1:44 :
Le débat prendra fin dans un an après les élections législatives allemandes ! Il suffit de comparer avec le Japon, entre autres, qui part de plus loin et s'oriente pourtant aussi à fond vers les énergies renouvelables.
a écrit le 29/08/2012 à 19:49 :
Je ne saurais trop conseiller aux allemands de faire quelques voyages dans des villages d'Afrique. En effet, ça leur donnera une idée de ce qui les attend du fait de la politique énergétique de leur gouvernement. Coupures de courant, groupes électrogènes et tutti quanti... La France ferai bien de prendre ses distances vis-à-vis du modèle allemand en ce domaine.
Réponse de le 30/08/2012 à 1:52 :
Non au contraire, la France et d'autres pays devraient coopérer pleinement, comme d'ailleurs elle le fait dans le cadre de programmes européens mais pas suffisamment. Dans une perspective moyen terme ce sera très bénéfique, voir exemples de la Chine, Corée, Japon etc. et leur virage dans les technologies renouvelables.

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