Alstom se renforce dans le solaire à concentration... que Siemens abandonne

 |   |  698  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : BrightSource)
Quelques jours après l'annonce de Siemens concernant la mise en vente de ses activités solaires, le français Alstom, lui, monte encore au capital de l'américain BrightSource dont il détient désormais 20%.

En annonçant sa sortie du solaire à concentration en début de semaine, l'allemand Siemens avait laissé entendre que ce marché était en perte de vitesse. Une analyse que ne partage manifestement pas Alstom qui, au contraire, accroît sa participation dans l'américain BrightSource, avec un nouvel investissement de 40 millions de dollars.

Le groupe français a investi en cumul quelque 170 millions de dollars depuis 2010, dans ce spécialiste du solaire à concentration dit «à tour». Cette technologie est l'une des trois principales (avec le système de Fresnel choisi par Areva qui a racheté Ausra, et les miroirs paraboliques dans lesquels avait investi Siemens) qui se partagent le marché du solaire à concentration, lequel pourrait peser environ 11% de la production d'électricité mondiale en 2050 selon les projections de l'Agence internationale de l'énergie.

Une marge de progression des performances et de baisse des coûts

Le solaire à concentration, dont tous les dérivés utilisent des miroirs pour concentrer l'irradiation du soleil est longtemps apparue la plus compétitive, notamment dans certaines conditions (fort ensoleillement et fortes chaleurs) et pour des centrales de grandes puissance. D'autant plus que le soleil concentré est utilisé pour chauffer des fluides, ce qui doit permettre, à terme, de stocker l'énergie en dehors des heures où le soleil brille. Mais elle pâtit ces derniers temps de l'effondrement du coût des composants et donc des panneaux solaires photovoltaiques.

Cela vaudrait surtout, affirment les tenants des tours, pour la technologie utilisant des miroirs paraboliques, fragiles et coûteux à produire, fabriqués notamment par la société israélienne Solel Solal rachetée par Siemens en octobre 2009 pour 284 millions d'euros, et désormais en vente. Les tours, en revanche, permettent des températures et des pressions plus élevées, donc une meilleure efficacité. Et ces performances devraient s'améliorer encore dans les prochaines années et les coûts baisser, car cette technologie, à l'inverse des miroirs paraboliques, est encore toute jeune.

Des centrales solaires livrées clé en main

Mais chez Alstom, on se montre confiants: «Nous anticipons un marché annuel de 3 à 4 gigawats (GW) pour le solaire à concentration dans les 5 à 10 prochaines années», explique ainsi Denis Cochet, directeur commercial des activités énergie du groupe. Le solaire à concentration n'est pas en concurrence au solaire photovoltaïque, il en est complémentaire», assure-t-il. Le solaire thermique est en effet plus adapté aux pays de la «solar belt», là où le soleil est abondant et l'irradiation directe.

Comme en Californie, où BrightSource en est à mi-chemin de la centrale géante de 377 MW qu'elle construite à Ivanpah dans le désert de Mojave, et dont Google est actionnaire. «Pour une telle puissance, il faudrait des milliers de panneaux photovoltaïques», remarque Denis Cochet. Les conditions sont favorables au solaire thermique en Afrique et au Moyen-Orient, où Alstom et BrightSource avaient déjà annoncé une collaboration, mais aussi en Inde et en Australie, où ils développement de nouveaux projets communs.

Car, outre des activités communes de R&D, les deux entreprises ont un partenariat industriel qui leur permet de livrer des centrales clés en main dont Alstom fournit les chaudières et les turbines et BrightSource, tous les composants strictement solaires.

Desertec en panne?

Mais dans les pays du Maghreb et du Moyen Orient, notamment dans le cadre du gigantesque projet Desertec, qui vise l'implantation de 100 GW d'énergies renouvelables à l'horizon 2050, dont une partie pourrait être exportée pour couvrir environ 15% des besoins européens, les projets ne se concrétisent pas aussi rapidement qu'espéré. Cela pourrait avoir joué un rôle dans la décision de Siemens, l'un des principaux industriels impliqués dans le projet, qui risque en conséquence de se trouver plus pénalisé encore.

615 millions de dollars pour se développer

BrightSource, qui avait tenté en vain de s'introduire en Bourse au printemps dernier, a donc trouvé 80 millions de dollars auprès de ses deux actionnaires principaux, Alstom et le fonds d'investissements VantagePoint Capital Partners. L'entreprise, qui bénéficie aussi du soutien d'actionnaires plus minoritaires dont Goldman Sachs, Chevron Technology Ventures ou encore BP Ventures, dispose ainsi de 615 millions de dollars pour accélère son développement à l'international.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/10/2012 à 0:55 :
Il faut grandement relativiser cette nouvelle car Siemens n'a jamais été un opérateur important du secteur thermosolaire où son implantation a été dificile. D'autres opérateurs sont plus avancés et mieux placés sur ce secteur où il conserve la fourniture de certains équipements. Solel devrait plus encore se rapprocher d'Abengoa. Il n'y a donc absolument pas lieu de prendre cela comme une mauvaise nouvelle pour le marché thermosolaire, au contraire. Des groupes comme Acwa Power ont décroché récemment des contrats importants au Maroc et le potentiel en Arabie Saoudite, les pays de la région Mena, dans certains pays d'Afrique, en Asie et Amérique latine etc sont toujours très élevés. On développe également du thermosolaire sans eau comme à l'université de San Diégo. Alstom a une bonne diversification et actuellement le chiffre d'affaires des sociétés qui font du nucléaire et du thermosolaire croit 4 fois plus vite sur le thermosolaire que sur le nucléaire.
a écrit le 25/10/2012 à 22:50 :
Alstom n'a pas encore compris que le solaire c'est de la foutaise! Je vends mes titres Alstom.
Réponse de le 26/10/2012 à 1:18 :
C'est ridicule cette remarque d'autant plus non argumentée.
a écrit le 25/10/2012 à 22:08 :
Ce projet Desertec a l'air d'être une gigantesque fumisterie élaborée par les constructeurs allemands de panneaux solaires dans le but de faire monter le cours de leurs actions. Depuis ils ont fait faillite...
Réponse de le 26/10/2012 à 1:37 :
Cà n'a rien à voir avec les panneaux solaires ! Aucun intéret de mettre des panneaux solaires dans le désert ! Il y a plusieurs projets en construction, 500 MW déjà prévus au Maroc et 2000 MW en 2020 par exemple. Sans parler de l'éolien. Les faillites dans le PV étaient normales pour un secteur nouveau compte tenu du nombre d'opérateurs (comme en son temps dans l'automobile, l'aviation, les biotech, internet etc) et la forte baisse des prix liés à la forte concurrence chinoise. Il n'y a pas de fumisterie dans Desertec, seulement des aspects et choix techniques, politiques, démographiques locaux et de prix de l'énergie actuellement assez bas. L'Inde parmi beaucoup d'autres a planifié beaucoup de thermosolaire, l'Arabie Saoudite aussi etc, et les pays d'Afrique du Nord y sont tous favorables, même la Lybie qui a du pétrole ou l'Algérie qui a du gaz sans parler de l'Egypte etc. Ils sont tous tentés d'exporter leur solaire et de conserver leurs ressources fossiles ce qui est logique, plus efficient et plus simple.
Réponse de le 28/10/2012 à 15:13 :
Desertec est une belle idée. Le désert, entre les mains des industriels allemands, serait certainement une superbe source d'énergie. Mais là, les "frictions", chères à Clausewitz, commencent à jouer. Facteur humain, facteur politique, calendriers décalés, faible approvisionnement en eau, ... De toute manière, les technologies mises au point dans le cadre de Desertec serviront dans toute la Sun Belt.
a écrit le 25/10/2012 à 19:57 :
"le marché du solaire à concentration, lequel pourrait peser environ 11% de la production d'électricité mondiale en 2050 selon les projections de l'Agence internationale de l'énergie."
J'ai lu aujourd'hui un rapport de l'AIE qui donne 6% de nucléaire en 2050 (seul chiffre dont l'AIE n'est vraiment pas sûr) et 11% de renouvelables. Et on aurait 11% de solaire à concentration à la même date ? J'ai de gros doutes sur vos chiffres.
Réponse de le 26/10/2012 à 1:44 :
En 2008 l'AIE dans son scénario "Blue" prévoyait 5% du marché de l'électricité pour le thermosolaire en 2050 et dans son dernier rapport a réactualisé ce chiffre à un peu plus de 11%. Je pense que le chiffre de 11% de renouvelables (donc hors hydro et également sans doute biomasse) n'est pas le plus récent.
Réponse de le 26/10/2012 à 2:06 :
Les 11% du thermosolaire concernent la part "électrique". Les 11% des énergies renouvelables sans doute la part de toutes les énergies primaires.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :