Avec son algo-carburant, Fermentalg passe la vitesse supérieure

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Faire rouler une voiture aux micro-algues, c'était la première annoncée il y a quelques jours par la jeune société girondine Fermentalg. Mais son fondateur Pierre Calleja mise d'abord sur des niches plus rentables telles que la cosmétique ou la nutrition, et cherche à lever 10 millions d'euros pour passer en phase pré-industrielle.

C'est une première en Europe. Il y a quelques jours, un véhicule de série français a roulé avec un carburant composé en partie de biodiesel fabriqué à partir de micro-algues. A hauteur de 7% précisément, conformément au taux d'incorporation européen en vigueur aujourd'hui.
Pierre Calleja, fondateur de la société Fermentalg qui a fabriqué cet algocarburant, compte sur cette annonce spectaculaire pour mieux faire connaître son entreprise. L'homologation du biodiesel a d'ailleurs été célébrée en grande pompe à l'occasion de l'extension de ses locaux à Libourne, près de Bordeaux, et en présence d'Alain Rousset, président de la Région Aquitaine, qui soutient l'entreprise depuis ses débuts en 2009.

Culture sans lumière

Mais Pierre Calleja n'est pas un nouveau venu dans le monde des micro-algues. Il les a découvertes il y a une vingtaine d'années lorsqu'il travaillait dans l'aquaculture. Les poissons d'élevage sont en effet nourris avec des proies vivantes qui se développent au milieu des micro-algues. Dès les années 1970, certains commencent à les cultiver hors sol en grands tubes de verre appelés photobioréacteurs, dans lesquelles elles captent la lumière nécessaire à la photosynthèse.

Cette technique, appelée autotrophie, est aujourd'hui encore utilisée par Biofuel System (BFS), créé en Espagne par un Français qui utilise, pour alimenter les algues, le CO2 capté en sortie de cimenterie. Mais elle présente un risque de contamination. C'est en 2000, en visite au Japon, que Pierre Calleja découvre la possibilité de cultiver des micro-algues dans des fermenteurs opaques dans lesquels elles se développent à l'aide de nutriments carbonés, selon la technique de l'hétérotrophie.

Un rendement élevé grâce à la mixotrophie

Aujourd'hui, il se dit le seul positionné sur les micro-algues de quatrième génération, cultivées par mixotrophie, c'est-à-dire un mix entre l'autotrophie (via une exposition intermittente à la lumière) et l'hétérotrophie, qui permet de multiplier les rendements. A 200 grammes de matière sèche pour un litre, Fermentalg fait deux fois mieux que l'américain Martek, qui capitalise sur les recherches menées par la Nasa pour la fabrication d'oxygène et abandonnées en même temps que le programme pour la conquête de mars. Les ventes d'EPA et de DHA lui rapportent un milliard par an. «Les microalgues sont les seuls organismes capables de fabriquer ces molécules de l'intelligence, de la famille des Omega 3», affirme Pierre Calleja.

De multiples applications

Il se félicite de détenir la plus grosse plateforme d'essais, le plus grand nombre de brevets déposés au monde, et une machine aussi performante que celle du japonais Nisshin Oil ou du l'américain Solazyme. Celui-ci a frôlé le dépôt de bilan mais, passé depuis de l'autotrophie à l'hétérotrophie, a levé 200 millions de dollars et s'est introduit en Bourse avec une valorisation de 1 milliard de dollars. «Mais il a été très soutenu par les pouvoirs publics américains», souligne Pierre Calleja, qui regrette que la France, elle, ne finance aucun programme de troisième ou quatrième génération». Lui a tout financé sur fonds privés. 

Fermentalg possède pas moins de 1.300 souches à tester, collectées par l'ensemble du personnel lors de ses déplacements. A partir d'une seule souche, alimentée par des sous-produits industriels (glycérol issu de la fabrication d'huiles, déchets de la papeterie ou autres mélasses industrielles), purifiée, fermentée, séchée puis pressée, Fermentalg produit une huile brute et des tourteaux destinés à l'alimentation animale.

Et les applications sont multiples, de la nutrition à la cosmétique en passant par l'alimentation animale. Des niches plus immédiatement rentables que les biocarburants. «L'idée, c'est d'abaisser notre courbe de coût de revient avant de nous attaquer à des marchés sur lesquels le prix de vente au litre est plus bas mais les volumes plus importants», explique Paul Michalet, directeur finance et business, qui a rejoint l'entreprise il y a un an.

10 millions pour passer en phase de pré-industrialisation

Pierre Calleja recherche aujourd'hui 10 millions d'euros pour acquérir un fermenteur de plusieurs dizaines de mètres cubes. Ses actionnaires, les fonds Emertec et Demeter, le CEA, ACE Management, Sofiprotel, la Région, le groupe Picoty propriétaire des stations services Avia, auprès desquels Fermentalg a déjà levé 7,5 millions d'euros, ont déjà accepté d'en apporter la moitié. En attendant, le biodiesel récemment homologué a été fabriqué en partie à Libourne chez Fermentalg dans une cuve de 700 litres, et en partie chez un partenaire breton, spécialiste de la distillation moléculaire.

D'autres partenariats ont été conclus avec une dizaine de partenaires industriels dont Rhodia, à qui Fermentalg fournit des molécules utilisées dans la chimie verte, ou Sofiprotéol, avec qui a été créée la co-entreprise Prolealg pour produire des huiles alimentaires riches en oméga-3.

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Commentaires
a écrit le 14/12/2012 à 15:13 :
16 millions d'euros par ci, 10 millions d'euros par là... Fermentalg est gourmand en finance pour produire industriellement. Rappelons que d'autres acteurs de la production de microalgues pour la cosmétique ou l'alimentation humaine existent (greensea ou microphyt qui produit industriellement de nombreuses espèces)... bref
a écrit le 10/12/2012 à 23:22 :
Fermentalg a développé un lampadaire autonome aux microalgues captant l'équivalent en C02 de 150 à 200 arbres par an, espérons qu'il trouvera les financements et partenaires également pour son développement car on imagine l'impact favorable http://www.tela-botanica.org/actu/article4975.html
a écrit le 10/12/2012 à 22:18 :
Espérons que ça se développera , sans "batons dans les roues", oui, bonne chance à eux !
a écrit le 10/12/2012 à 16:23 :
Et bien voilà une belle initiative. Bonne chance !

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