Affaibli, le marché du carbone n'est pas encore mort

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Par un vote en avril dernier, les parlementaires européens ont refusé « un plan de sauvetage » du marché européen du carbone. Le prix de la tonne de carbone – qui avoisinait les 25 euros en 2008 - accroche aujourd’hui péniblement les 3 euros. L'analyse de Paul Rebeyrotte (mc²i Groupe) dans une Tribune d'expert exclusive pour Cleantech Republic.

Premier marché d'envergure du genre, le protocole de Kyoto (1997) pose les bases d'un marché international, à l'aide de mécanismes destinés à contraindre les 38 pays les plus industrialisés à respecter leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES). Par ailleurs, des systèmes d'échange régionaux se sont développés, afin de respecter les engagements pris (ex : Union européenne). Même si chacun de ces marchés sont différents sur la forme (caractéristiques, acteurs impliqués), ils adoptent tous une organisation similaire.

L'enjeu climatique à l'origine du marché du carbone

Concrètement, les marchés dits du carbone sont des marchés de négociation et d'échange de quotas d'émission de GES. Ils consistent à attribuer un prix aux droits à émettre des GES afin d'inciter des acteurs - Etats ou entreprises - à réduire leurs propres émissions en échangeant entre eux des « droits à polluer ». Parallèlement à cela, l'autorité régulatrice du marché fixe des quotas d'émission définissant le volume d'échange sur le marché. En clair, un acteur « polluant » ayant atteint ses quotas d'émission devient acheteur de permis d'émission. Inversement, un acteur « propre » ayant fait des efforts en termes environnementaux, sera vendeur sur le marché. La rencontre de ces deux types d'acteurs crée un marché, où la loi de l'offre et de la demande de permis d'émission fixe le prix du carbone.

Le marché européen du carbone et son fonctionnement

Dans le cas européen, c'est la Commission Européenne qui est à l'initiative de cette démarche. Initié en 2005, le marché des EUA (European Union Allowance) permet aux différents acteurs de marché (entreprises, ONG, états, régions, banques, etc.) d'acheter ou de vendre des permis d'émission. Depuis, le marché des EUA s'est agrandi et ses objectifs de réduction de GES ont augmenté. Marché mature, il présente l'ensemble des caractéristiques d'un marché financier classique. Les intervenants sur le marché peuvent échanger les EUA en bourse (marché organisé, ex : ICE ou EEX) ou de gré-à-gré (de manière informelle), au comptant ou à terme. Par ailleurs, c'est un marché qui s'est sophistiqué avec l'avènement de la finance carbone, dont l'objectif est de générer de la rentabilité grâce à ces produits et instruments d'échange (ex : fonds verts, ou Investissements Socialement Responsable).

Marché du carbone

 

Les contradictions des politiques européennes

Malgré les objectifs louables du marché du carbone, celui-ci se heurte à une réalité économique plus difficile. En effet, nul aujourd'hui n'a intérêt, aux vues des conditions économiques dégradées, à voir le prix de la tonne de carbone augmenter (en contradiction à court terme avec une politique de croissance). Dans ces conditions, et avec un prix trop faible, les objectifs environnementaux du marché du carbone seront difficiles à atteindre et l'intérêt des acteurs financiers pour ce marché difficile à maintenir. D'ailleurs, la bourse française BlueNext, filiale d'Euronext et de la Caisse des Dépôts a fermé ses portes le 31 décembre 2012.

Perspectives et enjeux pour le SI

Pour autant, malgré les évènements récents peu réjouissants, le marché du carbone n'est pas encore mort. La création de nouvelles plateformes d'échange (marchés dématérialisés) est à l'origine de nouvelles opportunités, notamment en termes de système d'information… Ces marchés devront bientôt s'interconnecter : marchés classiques et marchés du carbone, mais aussi marchés du carbone entre eux pour faire émerger, à terme, un marché international du carbone. Les expériences passées de l'intégration d'autres bourses ont d'ailleurs fait la preuve des apports du SI en la matière, notamment en termes de gains de productivité, de baisse des coûts et d'amélioration de la fiabilité des échanges.

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Bio express de l'auteur

Diplômé d'un Master de Finance à l'Université Paris Panthéon-Assas, Paul Rebeyrotte a rejoint mc²i Groupe en 2012. Il accompagne aujourd'hui des grandes entreprises, notamment du secteur de l'énergie, en tant qu'appui au pilotage de leur processus de gestion de projets SI.

Cleantech Republic

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Commentaires
a écrit le 24/09/2013 à 15:41 :
Les prix ne seraient pas aussi bas si les pays européens n'avaient pas attribué autant de crédits carbone. Encore une preuve de leur incompétence et du décalage entre leurs déclarations et leurs actes...

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