Masdar City, vitrine verte d'Abu Dhabi

Les premiers bâtiments de cette ville écolo en plein désert sortent de terre. Le projet devrait s'achever en 2020 mais il attire déjà scientifiques et entreprises du monde entier.
(Crédits : dr)

Les premiers bâtiments sont quasiment achevés. Près de 3.000 ouvriers s'affairent sur le chantier de Masdar City pour que le laboratoire du Masdar Institute y soit transféré au 1er mai. Ce centre de recherche universitaire spécialisé dans les « cleantechs » et partenaire du MIT (Massachusetts Institute of Technology) a recruté ses premiers étudiants en septembre dernier, mais eux n'emménageront sur le campus qu'à la prochaine rentrée. La première phase de la future ville « zéro émission, zéro déchet », exclusivement alimentée aux énergies renouvelables, confiée au cabinet d'architecture londonien Foster, doit en effet s'achever cette année. À terme, Masdar City accueillera, sur 6 kilomètres carrés, 50.000 habitants, dont 600 étudiants et 40.000 travailleurs qui se déplaceront grâce au métro qui ralliera la capitale, Abu Dhabi. 1.500 entreprises high-tech, dont General Electric, Siemens ou BASF, devraient aussi y louer des locaux, ainsi que l'Agence internationale des énergies renouvelables.

Ce projet pharaonique, dont le budget officiel atteint 22 milliards de dollars, mêle technologies dernier cri et architecture traditionnelle arabe. Ruelles étroites et ombragées construites à sept mètres au-dessus du sol pour profiter d'une légère brise, façades en verre et béton reproduisant le principe des moucharabiehs, stores amovibles suivant la course du Soleil posés sur la coupole de la bibliothèque, « couloirs » ventés traversant la ville de part en part pour une aération naturelle? Les techniques destinées à favoriser un « microclimat » se dessinent sur le chantier. Conçue pour favoriser la marche à pied, Masdar City proposera aussi des voitures électriques sans conducteur alimentées à l'énergie solaire et téléguidées d'une station à une autre.

Laboratoire vivant

Depuis quelque temps, le bruit court que le chantier aurait pris du retard et pourrait ne s'achever qu'en 2020, et non en 2016. Pas de quoi refroidir l'intérêt des entreprises, désireuses de tester leurs solutions dans ce laboratoire grandeur nature. Schneider, qui a annoncé la signature d'un partenariat sur les réseaux intelligents, devrait y occuper 2.000 mètres carrés. « Masdar est un laboratoire vivant pour tester l'efficacité énergétique et toutes sortes d'immeubles intelligents en conditions extrêmes », explique Christian Wiest, responsable des alliances dans les économies émergentes. Les pays du Golfe, clients majeurs dans le gaz, le pétrole, l'eau ou le bâtiment, constituent un gigantesque marché potentiel. General Electric ou Siemens seront aussi présents. Ce dernier voudrait y tester des techniques de stockage et de transfert d'énergie entre habitations, véhicules électriques, réseau, etc., et « l'exploitation de l'inertie thermique des façades par stockage d'eau », explique Sabrina Soussan, responsable marketing de Building Technologies chez Siemens.

Mais la ville n'est que le navire amiral de Masdar. La filiale du fonds souverain Mudabala investit dans de nombreux projets ; l'éolien offshore avec London Array dans l'estuaire de la Tamise, le solaire à concentration, via Torresol, sa coentreprise avec l'espagnol Sener, et bientôt sans doute avec Total pour une centrale de 100 MW à Abu Dhabi même. Elle a aussi développé une expertise en montage de projets MDP (mécanismes de développement propre) permettant d'acquérir des crédits carbone dans les économies émergentes, notamment grâce aux solutions testées à Masdar City.

Un gigantesque projet de captage et stockage de CO2 est en cours entre une aciérie, une centrale électrique et une aluminerie, dont le CO2 sera injecté dès 2012 dans les puits de la compagnie pétrolière nationale? pour en augmenter le rendement. « Abu Dhabi veut pérenniser sa rente pétrolière et conserver le pétrole pour le vendre lorsqu'il sera plus cher », analyse un observateur français de l'ambassade. Vitrine verte, certes, mais financée par la manne pétrolière, qui selon les estimations ne devrait pas se tarir avant plus d'un siècle.

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