OPINION. « Comment les États-Unis envisagent, eux, le renouveau du nucléaire »
Charles Cuvelliez et Patrick Claessens

Photo d'illustration
REUTERS/Bart Biesemans
Charles Cuvelliez et Patrick Claessens

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Les deux unités mises en services sont d'une génération similaire aux EPR et ce ne fut pas une sinécure non plus outre-Atlantique de les voir connectées au réseau.
Si seuls les SMR avaient les faveurs du secteur nucléaire, depuis peu, on ressent un intérêt renouvelé pour les centrales de la taille de celles qui font le parc des pays occidentaux : le gigawatt. On a demandé au régulateur É.-U. de changer de paradigme avec, en 2024, la loi ADVANCE (Accelerating Deployment of Versatile, Advanced Nuclear for Clean Energy). Elle exige que la Nuclear Regulatory Commission (NRC), le régulateur américain, lisse et accélère l'approbation des nouveaux réacteurs et combustibles sans rien renier toutefois à la sûreté et la sécurité (entretemps le président Trump y est malheureusement allé de son couplet avec un executive order assez discutable).
Il n'y aura pas de futur pour l'énergie nucléaire sans délai raccourcis pour son déploiement et sans réduction des coûts. Cela passera par des fabrications en série dont la France est coutumière avec ses paliers. Le risque, c'est qu'un défaut de fabrication ou un problème opérationnel sur une unité force la mise à l'arrêt de tout le palier, ce que EDF a déjà connu. C'est un risque à assumer face à la promesse de réduction des coûts — un sérieux incitant quand tout le monde est tétanisé de s'y mettre.
Une sélection douloureuse devra s'opérer dans l'encombrement avéré des technologies qui se bousculent pour le new nuclear. Ce n'est pas pour autant qu'il faut se retrouver avec un unique modèle de centrale. L'Académie US des Sciences envisage plus un parc qui combine de grands réacteurs, des SMR et des microréacteurs. C'est que les besoins varieront tout autant, entre les centres de données pour l'IA, l'approvisionnement traditionnel en électricité des grandes villes ou celui des installations industrielles qui auront aussi besoin de chaleur ou de la vapeur à haute température.
Il est impossible aujourd'hui de dire s'il sera plus économique de construire un grand réacteur ou plusieurs plus petits, en d'autres termes si des économies d'échelles ou de taille prévaudront. Il faudra attendre davantage de centrales de démonstration pour appréhender le coût total de chaque approche. Le réacteur Westinghouse Advanced Passive 1000, celui de Vogtle, qui a été approuvé, construit et mis en service, est bien positionné pour d'autres déploiements aux États-Unis. En France, le choix a été fait de passer de l'EPR à l'EPR2 suite au retour d'expérience de Flamanville, une introspection à laquelle les É.-U. ne se livrent pas (encore ?). Trop d'incertitude entoure encore les diverses technologies de SMR. L'Académie US des Sciences propose la tactique des jalons industriels pour avancer dans le développement des technologies candidates, quitte à les arrêter si un jalon n'est pas bon. On évite de surinvestir là dès que les chances de réussir deviennent maigres.
Sans collaboration précoce et étroite entre les industriels de la chaîne de valeur, les opérateurs et les régulateurs, sans capitaliser sur des maquettes, des jumeaux numériques et des tests, on n'y arrivera pas. Sans incitant pour tous ceux qui osent investir, prennent des risques, sans les amener à collaborer efficacement, à minimiser les coûts, à résoudre les problèmes et à obtenir des résultats... ensemble, aucune nouvelle centrale ne peut voir le jour, pense l'Académie. Car aujourd'hui, dit-elle, beaucoup de ceux qui sont en mesure de faire avancer les choses pour accélérer un déploiement attendent en fait que quelqu'un d'autre fasse le premier pas (et assume le plus grand risque). Les incertitudes sur la demande énergétique, sur la politique énergétique qui varie au fil des majorités au pouvoir (quand il y en a), sur le coût du combustible et des sources d'énergie alternatives à long terme, affectent les décisions de lancer des projets de nouvelles centrales nucléaires. Et l'Académie de proposer la formation de consortiums industriels qui forcera tout le monde à aller dans le même bain, pour attirer et mutualiser les investissements et partager les risques et les avantages. À cet égard, le gouvernement fédéral doit donner le la : c'est inéluctable. À lui d'encourager les investissements dans les projets d'énergie nucléaire et de réduire le risque pour les investisseurs, qu'il soit politique ou financier. Les moyens sont connus : crédits d'impôt, garanties de l'État sur les prêts, assurance sur les dépassements des coûts de construction sans stop-and-go, sans jamais revenir sur cet engagement. Et qu'on ne dise pas que c'est une première : une telle approche volontariste a déjà été promue pour les investissements en énergie renouvelable dans de nombreux pays.
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Le régulateur n'est pas un obstacle, c'est un catalyseur : il peut jouer le rôle de facilitateur, car tout le monde bénéficiera de la collaboration entre lui et les industriels pour réduire les retards, faciliter l'acceptation par le public (le régulateur US n'a pas la réputation de laxisme), maintenir les projets sur la bonne voie et, par conséquent, coller au budget.
Reste l'écueil de la main-d'œuvre. Au moment de construire et, après, exploiter les centrales, le plus grand besoin en main-d'œuvre reposera sur les techniciens qualifiés, et pas seulement sur les ingénieurs nucléaires. Il s'agira de mécaniciens, électriciens, soudeurs. Mais attention, en l'absence d'un projet, on ne pourra pas qualifier la main-d'œuvre nécessaire. C'est malheureusement le syndrome de l'œuf et la poule.
Mais avant tout, toutes les parties prenantes — collectivités, industriels, gouvernement, régulateurs, fournisseurs et services publics — doivent d'abord partager les objectifs d'une énergie abordable, fiable et décarbonée. Et si c'est le cas, le nucléaire revient sur toutes les lèvres comme moyen d'y parvenir.
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Pour en savoir plus
National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine. 2025. Pathways for New Nuclear Development: Proceedings of a Workshop. Washington, DC : The National Academies Press. https://doi.org/10.17226/29142.
Charles Cuvelliez et Patrick Claessens