OPINION. « Deeptech et ressources minières, une urgence pour l'Europe »
Sébastien Gravier

Photo d'illustration
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Commençons par un peu d'histoire... Savez-vous combien de temps a duré l'Âge de Pierre ? Trois millions d'années, soit près de 150 000 générations. Durant cette longue période, l'humanité a vécu très majoritairement de manière nomade, sans évolution majeure dans l'organisation sociale.
L'avènement des métaux, il y a environ 4 000 ans, a rapidement tout changé. L'Âge du Bronze, puis l'Âge du Fer, ont permis la sédentarisation, facilité l'agriculture et posé les bases du commerce mondial. Les métaux, exploitables dans des zones précises, ont nécessité des échanges et une spécialisation des savoir-faire. Il n'est pas exagéré d'affirmer que les deux piliers technologiques de notre société moderne sont l'énergie et la métallurgie !
Aujourd'hui encore, les métaux sont omniprésents. Sans eux, il n'y aurait ni machines, ni industrie, ni transports, ni électricité, ni microélectronique. Les bâtiments eux-mêmes seraient difficiles à construire sans outils métalliques. En bref, sans métaux, il n'y aurait plus rien de notre société moderne et ce serait le retour à l'âge de Pierre. Malgré leur importance cruciale, la métallurgie fait face à des défis majeurs :
- Les émissions de CO2 : la métallurgie représente 10 % des émissions mondiales de CO2, soit trois fois plus que l'aviation. Les industriels de la métallurgie investissent près de 5 milliards d'euros par an pour réduire cet impact, mais la transition reste lente.
- La consommation énergétique : la métallurgie absorbe 10 % de l'énergie mondiale, une partie importante étant consacrée à l'extraction et au broyage des minerais. Cela explique cependant les difficultés actuelles de la métallurgie européenne confrontée à un dumping énergétique.
- La finitude des ressources minières : les ressources sont non renouvelables à l'échelle humaine. Dans les 30 prochaines années, nous allons extraire plus de métaux que tout ce qui a été extrait depuis l'aube de l'humanité. Les mines de cuivre, par exemple, affichent aujourd'hui une concentration en minerai environ cinq fois inférieure à celle d'il y a un siècle.
L'accès aux ressources devient primordial, notamment pour l'Europe, qui est relativement pauvre en minerais. Cette situation favorise des tensions internationales.
L'Ukraine figure parmi les dix premiers producteurs mondiaux de graphite, de manganèse et de titane et détient de grandes ressources en lithium, cuivre et en cobalt indispensables pour la transition énergétique. L'accord stratégique conclu avec l'Union européenne sur les métaux stratégiques précède de peu le début de la guerre.
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La Chine, contrôlant 60 % du lithium mondial, 75% du Nickel et 50 % du cobalt, a investi directement plus de 250 milliards de dollars à l'étranger en vingt ans afin d'obtenir ces quasi-monopoles qui pèsent lourds aujourd'hui dans la production des batteries notamment.
Les États-Unis, quant à eux, évoquent une annexion du Groenland, territoire riche en ressources stratégiques ainsi qu'une négociation de l'aide à la guerre en Ukraine contre l'accès aux ressources en minerais.
La métallurgie est donc un enjeu majeur environnemental, géostratégique et sociétal. Face à ces enjeux, l'Europe et ses États doivent réagir :
- Protéger les entreprises métallurgiques existantes : il est essentiel de résister à une compétition internationale biaisée par le coût de l'énergie et les aides étatiques à l'étranger.
- Rationaliser l'utilisation des ressources : promouvoir les low-tech qui favorisent l'utilisation des ressources abondantes et renforcer fortement le recyclage en optimisant la traçabilité.
- Faciliter l'accès aux ressources : l'Europe doit renforcer ses partenariats et investir dans la sécurisation de l'accès aux ressources minières.
- Soutenir les startups deeptech et l'innovation dans les matériaux : les technologies développées par ces entreprises sont une monnaie d'échange stratégique, porteuses
d'innovations cruciales pour réduire notre dépendance : échange matériaux innovants contre accès aux ressources minières. Le soutien à ces startups deeptech doit être financier, mais aussi stratégique pour prendre en compte le temps long nécessaire à l'émergence de technologie et d'industrie complexe, permettant ainsi l'émergence de modèles vertueux et porteurs de souveraineté.
L'innovation dans les matériaux est un enjeu hautement stratégique. Pour préserver notre souveraineté et être à la pointe de la réponse aux défis environnementaux, l'Europe doit agir rapidement et efficacement. Soutenir les entreprises deeptech industrielles, rationaliser l'usage des ressources et protéger l'industrie métallurgique sont des conditions sine qua non pour préserver notre souveraineté et notre avenir en tant que société moderne.
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(*) Sébastien Gravier est le CEO de Vulkam. Diplômé de l'école de Normale Supérieure de Paris, agrégé en conception mécanique et docteur en métallurgie, il a développé un nouveau matériau métallique dit « amorphe » aux propriétés innovantes. Après une thèse sur les matériaux amorphes et une carrière d'enseignant-chercheur à Grenoble INP, Sébastien Gravier a fondé la start-up Vulkam en 2017.
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