OPINION. « "Entrez manager, sortez rêveur", l'entreprise doit redevenir un lieu de créativité »
Claudia Ferrazzi

Photo d'illustration
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Claudia Ferrazzi

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Que se passe-t-il dans les barres de recherche saturées de Chat GPT et au cœur des interminables réunions dépourvues de sens qui phagocytent les journées des salariés ? Défiance, perte de sens, dévalorisation de l'intellect au travail... L'entreprise s'enlise. Le travail se réduit à une suite de tâches incompréhensibles, tiraillé entre l'exigence des nouvelles générations et l'accélération des transformations organisationnelles.
Dans son enquête « Condition de travail », la Dares l'affirme : 42 % des salariés sont la proie de changements majeurs - restructurations, mutations technologiques, déménagements, licenciements. Chaque bouleversement ajoute à la pression d'un management obsédé par les chiffres vidant le travail de sa substance et de sa motivation. Plus les salariés subissent ces transformations, plus ils ressentent une perte de sens. Un véritable combat entre un « travail vivant » et un « travail mort » (Yves Clot) : d'un côté, la créativité, l'engagement, la sensibilité ; de l'autre, la tyrannie des process et des objectifs, la bureaucratie au travail.
Il y a quelques années, une école de commerce lançait ce slogan « Entrez rêveur, sortez manager ». Et si nous faisions l'inverse ? Car derrière la crise du travail, c'est aussi une crise de la performance et de l'innovation qui se joue. Et il ne faudrait pas s'y résigner.
Créer, c'est expérimenter, voir autrement, bousculer l'ordre établi. Cette liberté doit redevenir une priorité en entreprise. C'est aussi l'enseignement de l'évolution humaine, qui - nous le savons, maintenant - ne demeure pas dans des différences génétiques significatives, mais dans sa capacité à rêver, à s'imaginer dans son environnement et à s'y adapter continuellement par des innovations, petites et grandes, qui continuent de pousser l'humanité en mouvement. Car retrouver le goût de la créativité c'est embrasser le monde dans une réalité plus complexe, moins parfaite et moins mesurable qu'elle n'y paraît. C'est redonner confiance aux équipes, mais avant tout redonner confiance à leurs managers : les réconforter dans leur capacité à inspirer, accompagner et motiver. Les collaborateurs du monde entier ne réclament que ça (résultat Gallup, février 2025 What Do People Need Most From Leaders ?): de l'espoir et de la confiance. Dans l'entreprise, un salarié créatif est le meilleur antidote au conservatisme, à l'ennui et au manque de motivation.
Cultiver la créativité n'est pas une option à la mode du moment, c'est une condition qui s'impose aux évolutions de l'entreprise. C'est revenir à l'essentiel et créer des ponts entre et au sein des équipes. C'est ouvrir une fenêtre vers soi-même et en faire bénéficier le collectif que constitue l'entreprise. Il est temps d'inverser la formule « Entrez manager, sortez rêveur ». L'entreprise en sortira plus performante et plus humaine.
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(*) Ancienne conseillère culture et communication du Président de la République Emmanuel Macron, membre du Conseil d'Administration de Gaumont (production audiovisuelle), de Canneseries (festival international des séries de Cannes) et d'Arteum (services aux muséeés), Claudia Ferrazzi fonde « Viarte. L'art pour diriger autrement » en 2020. Claudia Ferrazzi commence sa carrière comme consultante, chez Cap Gemini d'abord, puis au Boston Consulting Group (2004-2006). Elle travaille ensuite pour le Ministère de l'Économie et des Finances dans les services chargés de la réforme administrative et budgétaire (2006-2007), puis à l'Inspection générale des finances (2007-2011), avant d'être nommée, en 2011, administrateur général adjoint du Musée du Louvre où elle se charge de la mise en œuvre de la politique scientifique et culturelle du musée.
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