OPINION. « Retraite : et si on osait la "capitalisation publique" ? »
Emmanuel Grimaud

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La Cour des comptes estime dans son rapport qu'une hausse de 1% des cotisations entraînerait la destruction de 85.000 emplois, exit la hausse des cotisations. Comment faire lorsque pour 1000 euros de salaire versé au salarié, l'entreprise rajoute déjà presque 1000 euros de cotisations sociales ?
Observons : d'un côté, un système de retraite représentant 390 milliards d'euros de dépenses par an, 14 % du PIB, le premier poste de dépenses du pays, financé essentiellement par les prélèvements sur les entreprises et le travail, à l'heure où le pouvoir d'achat stagnant est un enjeu social, politique et économique.
De l'autre côté, une option de financement des retraites, utilisée à plus ou moins forte dose chez tous nos voisins : la capitalisation !
Derrière ce mot tabou se cache un système aux nombreux avantages.
Sur le long terme, au-delà de 8 ans, l'investissement en actions offre le meilleur rendement de tous les placements et, dès lors que les actifs sont diversifiés, le risque de perte est quasiment nul.
Il est par ailleurs aisé de modifier le profil de placement à l'approche de l'âge de la retraite pour éviter de subir les errements possibles des marchés financiers.
Le décrochage entre le patrimoine des 1 % des plus riches et le reste de la population dans les 20 dernières années est en grande partie due au fait que ceux-ci utilisent abondamment les placements en actions.
Rappelons-nous que les partenaires sociaux gèrent déjà près de 200 milliards d'euros de réserve de retraite (Agirc-Arrco, le Fonds de Réserve des retraites [FRR], le RAFP...), en partie sur les marchés financiers avec des rendements parfois dignes de capitalistes exigeants.
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Une capitalisation sécurisée, publique, accessible à tous : voilà une arme massive et puissante pour garantir notre avenir. Pourtant, elle est interdite de débat.
La solution est pourtant devant nous. Les régimes complémentaires Agirc-Arrco sont aujourd'hui dans une situation saine et enviable avec 100 milliards de réserve et 5 à 6 milliards d'excédents par an.
La Cour des comptes prévoit dans son rapport pour le conclave une accumulation de réserves des régimes complémentaires (principalement Agirc-Arrco) de 350 milliards d'euros en 2045.
Les régimes n'ont pas vocation à augmenter les réserves indéfiniment.
La solution reviendrait donc à aiguiller une partie des cotisations perçues par l'Agirc-Arrco vers une épargne retraite individualisée dont les partenaires sociaux auraient la gestion : le SPER, Service Public de l'Épargne Retraite.
Les partenaires sociaux ayant prouvé leur capacité à gérer le régime complémentaire sans endettement, le SPER aurait en outre l'avantage de :
Une ré-allocation de 3,5 milliards d'euros par an permettrait d'accumuler 120 à 175 milliards en 20 ans selon le taux de rendement.
Ce système pourrait également offrir aux entreprises la souplesse de cotiser plus pour leurs salariés, voire même à ceux-ci de surcotiser de manière volontaire.
Certes, les PER (plans d'épargne retraite) existent déjà dans le monde bancaire, mais ils sont réservés à ceux qui ont une capacité d'épargne, pour la plupart dans les tranches d'impôt élevées, et qui ne sont pas effrayés par les placements plus techniques, qui sont les plus rentables.
Le SPER aurait l'avantage de s'adresser à l'ensemble des Français sans qu'il ne leur soit nécessaire d'avoir une compétence financière.
Face à un SPER performant, les acteurs privés du PER devront améliorer leurs offres, entraînant une émulation bénéfique pour les épargnants et une baisse des frais.
La France est championne du monde de l'épargne, avec 3.200 milliards d'euros stockés en assurance-vie, livrets et autres produits financiers.
Pourquoi ? Parce que les Français n'ont aucune confiance dans le système de retraite actuel. On nous répète que les Français ne veulent pas de capitalisation. C'est faux. Dans la récente étude HARRIS pour Hexagone, 50 % des Français souhaitent un système mixte répartition/capitalisation.
Le SPER n'est pas un combat entre les libéraux et les autres, c'est une solution concrète, efficace, nécessaire et rapide à implémenter.
Il servirait également à réconcilier les Français avec leurs entreprises et leur financement. Une part de capitalisation est inévitable, à la fois bénéfique pour les Français comme pour les finances publiques.
Confions aux partenaires sociaux sa mise en place, à la condition expresse que cela se fasse sans augmentation des prélèvements sur les entreprises.
Emmanuel Grimaud