OPINION. « Faire les poches aux taxis est une mauvaise idée tant humaine que politique »
Marc Guyot

Photo d'illustration
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En recherche d'économie pour satisfaire ses objectifs, le gouvernement fait feu de tout bois à sa façon habituelle. Identifier des catégories sans grandes capacités de nuisances, monter un dossier calomnieux à leur encontre et leur faire les poches sous couvert de justice et d'amélioration de l'efficacité.
Ils ne risquent pas de défiler dans la rue, ils sont présentés comme plus à l'aise que la moyenne des Français, l'abattement est présenté comme une anomalie et ce rétablissement de la justice permet de faire les poches aux retraités de 8 milliards d'euros. La nouvelle cible des tartarins de Bercy est les chauffeurs de taxi nommément, mais aussi les personnes âgées (encore) à mobilité réduite et les handicapés. Le verbatim de l'attaque possède les formes classiques du genre.
En premier lieu, la « dérive des coûts » liés au transport sanitaire qui se chiffrerait à 6,5 milliards par an pour l'Assurance Maladie, dont 3,3 milliards versés aux taxis serait en augmentation constante de 4% depuis 2012 selon les chiffres de la DREES. Bien sûr, ce n'est pas dû au vieillissement de la population, ni à l'augmentation du nombre de patients atteints d'affection de longue durée (80 % des dépenses de transport concernent les patients en ALD), ni au développement de l'ambulatoire et encore moins à la désertification médicale en zone rurale. C'est dû à des abus qu'il s'agit de corriger bien sûr et à l'usage de ce bien de luxe appelé taxi alors que ces sacrés patients pourraient aussi bien faire du co-voiturage via des VSL.
En deuxième lieu il y a la fraude de ces chauffeurs de taxi. Déjà suspects par nature puisqu'ils sont entrepreneurs individuels. Il est évident qu'ils truquent et surfacturent avec des trajets non justifiés, l'attente du patient en consultation au lieu de partir chercher du travail alors que les patients sont largement en état de marcher ou à tout le moins de prendre le bus.
Fidèle à sa tradition jacobine, le gouvernement dégaine la même recette : centraliser, normer, réorganiser... avec l'efficacité qu'on connaît pour les hôpitaux et les déserts médicaux.
Nous avons connu le gouvernement beaucoup plus prudent dans le choix de ses cibles. Certes il préfère faire les poches de 150 millions d'euros aux taxis plutôt que de faire économiser entre 300 et 500 millions en alignant les jours de carence des fonctionnaires sur les 3 jours du privé. On comprend qu'il recule devant les syndicats de la fonction publique, en revanche il est clair qu'il sous-estime gravement la capacité de nuisance des chauffeurs de taxi.
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En effet, il s'agit ici de 50% de la recette de personnes qui travaillent dur donc qui vont être extrêmement motivées. Le gouvernement les voit sûrement comme des entrepreneurs individuels, certes 29 000, mais non-organisés. Cependant, étant donné leur profession, il connaisse la ville, ses faiblesses et les endroits où agir pour bloquer. Le gouvernement aurait tort de sous-estimer leur capacité de nuisance et leur endurance à poursuivre un mouvement social. Il faut ici reconnaître qu'il y a un fort déséquilibre entre l'impact énorme de la mesure sur la viabilité de leur entreprise et sur la valeur de revente de cette entreprise, comparé à la goutte d'eau que cela représente pour les finances publiques.
Ceci dit, il n'est pas sûr qu'il n'y ait pas des pistes d'économie générant plus d'économie et moins de Jacquerie. Le gouvernement n'a certainement pas besoin en ce moment d'un nouveau mouvement « gilet jaune ». Sa logique comptable sous-estime trop l'aspect humain de la situation. Le gouvernement ferait mieux de s'attaquer aux vrais abus et fraudes à l'assurance maladie et à la carte vitale plutôt qu'au « confort » de déplacement des personnes âgés en maladie de longue durée et à l'activité qui en découle pour les taxis.
En ciblant une profession essentielle et des patients fragiles pour une économie minime, le gouvernement prend un risque politique et humain démesuré. Il serait temps de sortir des logiques comptables et de regarder les réalités de terrain.
Marc Guyot