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OPINION. « Il est l'heure d'appeler la philosophie au chevet des entreprises et organisations françaises »

Clara Schisler et Sébastien Rouichi-Gallot

Publié le 22 mai 2025 à 06:21

Photo d'illustration

Photo d'illustration

Benoit Tessier

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Dans un monde ébranlé par les limites planétaires et les ruptures technologiques, les modèles économiques vacillent. Entre vieillissement des dirigeants, essoufflement productiviste et quête de sens, l’entreprise française est sommée de se réinventer. Clara Schisler (*) et Sébastien Rouichi-Gallot (*) appellent à inviter des philosophes à la table des décisions.

Dans un monde incertain, les priorités des organisations, comme celles des individus qui les composent, changent. Le capitalisme moderne prend des traits futiles quand il est mis à mal par le repli identitaire d'un côté, par les limites aux ressources planétaires de l'autre, à l'heure où la prospective de l'intelligence artificielle remet en cause la valeur associée à la notion de travail.

Les angoisses existentielles des salariés et des consommateurs, comme des dirigeants et des gouvernants, rejaillissent sur les modèles économiques. Alors même que nous observons un point de bascule civilisationnel, comment nos fleurons français pourraient-ils répondre aux grands enjeux de l'époque ?

Repenser le productivisme à l'aune de l'intelligence artificielle

Treize des patrons du CAC 40 ont plus de 60 ans. Le vieillissement des dirigeants de PME s'accentue également avec un quart des patrons concernés. Sans rejet de l'expérience des patrons français, une nouvelle génération d'apports stratégiques et intellectuels, mais aussi de méthode, se fait urgente.

Alors que la croissance est en berne, pour ne pas dire récessive, nous touchons du doigt les limites des ressources planétaires. Ces ressources ont permis 70 ans de prospérité, quand une quatrième révolution industrielle, celle de l'intelligence artificielle générative, rebat les cartes de l'économie mondiale. Comme toute révolution industrielle, c'est aussi une évolution darwinienne, qui laissera de côté nombre d'organisations qui n'auront pas su s'adapter à temps.

Charge à nos champions tricolores, avec leurs procédures éprouvées, de se transformer, comme ils ont su le faire pour survivre à l'économie numérique. Le scénario d'une vague d'extinction d'entreprises, des TPE aux multinationales, est encore à éviter. Quand les géants du numérique ont recruté des poètes pour entraîner leurs intelligences artificielles, quelles disciplines les entreprises françaises peuvent-elles encore mobiliser ?

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Changer d'époque : de la raison d'êtreà la raison decontinuer

Les historiens contemporains amènent à penser que la civilisation qui nous a vu naître était un bis repetita de l'antiquité et de son idéal démocratique. Sa démarche était scientifique, ses organisations étaient mythologiques.

C'est pourquoi les raisons d'être des entreprises relevaient tant d'un religieux païen, sur l'autel de la consommation. Mais, désormais à un point de bascule, la civilisation que nous voyons éclore et sa prospective semblent quant à elles répondre à un autre corps. La démarche, pour anticiper et agir en conséquence, est celle de la philosophie. Il semble dès lors nécessaire de repartir non plus simplement du pourquoi les entreprises et organisations existent, mais aussi du comment elles s'adapteront.

De la raison d'être à la raison de continuer, leur unicité actuelle survivra -t-elle à un monde en mouvement ? Et si nous revenions aux fonctions de la nature et de l'environnement, et de l'être humain en son sein : ses besoins primaires et aspirations sincères ? Se nourrir, se déplacer, se chauffer, se soigner, communiquer avec ses semblables : c'est en partant des fondements de la pyramide que la démonstration d'une raison d'être légitimera sa continuité dans un monde incertain comme celui qui s'annonce.

Réintroduire la pensée philosophique au cœur de l'économiefrançaise

Le capitalisme moderne vit sa crise de la cinquantaine, et c'est la responsabilité des dirigeants et des actionnaires de permettre à toutes et tous, des salariés aux cadres, des ouvriers aux donneurs d'ordre, une introspection qui aboutira sur de nouvelles solutions pour faire société en entreprise.

Et si, au sein de nos conseils d'administration, des philosophes répondaient aux spécialistes de l'intelligence artificielle générative ? Pour ne plus plonger dans un mal-être latent des millions de salariés inquiets, pris en étaux entre leur appréhension et incompréhension des mutations technologiques, et la perte de sens dans un monde qui court à sa fin, l'entreprise doit se réinventer.

Beaucoup questionnent la notion même de travail et de sa valeur associée, notamment sous le prisme de l'intelligence artificielle. Il ne s'agit pas de prêter à la philosophie une idéologie ou un courant choisi, mais de laisser aux philosophes le soin de contribuer à la stratégie des organisations avec une intention, une démarche : celle de la maïeutique. Les dirigeants et gouvernants feraient ainsi durer l'exception française et son « soft power » par d'autres attributs.

Invités à la table des décisions, les philosophes, en échangeant sur les notions de vérité, de morale, d'égalité, de liberté, permettraient à la société de redonner du sens et de l'adhésion en entreprise, au service de l'économie et de l'humanité.

________

(*) Clara Schisler, Investisseur, Trust Consultant auprès de fonds de private equity et investisseur.
Sébastien Rouichi-Gallot, Entrepreneur et fondateur de l'agence de communication @Citizens.

Clara Schisler et Sébastien Rouichi-Gallot

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