OPINION. « Investir aujourd'hui pour une santé durable »
François Gaudemet

Photo d'illustration
JJMT
François Gaudemet

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La santé se pense sur le temps long. Malgré tout, notre système continue de fonctionner selon une logique comptable annuelle qui empêche les transformations rendues possibles par la révolution technologique, restreint l'accès aux soins innovants et compromet notre capacité à répondre aux défis sanitaires de demain. Cette vision court-termisme est un frein majeur à l'évolution de notre système de santé pour l'amélioration de la santé et des soins de tous les Français.
Les tendances démographiques et épidémiologiques sont pourtant largement prévisibles : vieillissement de la population avec 27 % de Français qui auront plus de 65 ans en 2040 contre 20 % aujourd'hui, hausse des maladies chroniques touchant désormais 40 % de la population adulte, disparités territoriales d'accès aux soins avec 30 % des Français vivant dans un désert médical. Ces évolutions s'inscrivent dans une temporalité qui dépasse largement le cadre de l'exercice budgétaire annuel. De même, les cycles d'innovation en santé suivent des trajectoires longues, depuis la recherche jusqu'à l'adoption par les soignants et les patients, en passant par les divers processus réglementaires.
Face à ces constats, adopter une approche pluriannuelle n'est plus une option, mais un impératif stratégique pour la soutenabilité de notre système de santé. Les bénéfices d'une telle politique de santé sont multiples et touchent l'ensemble de l'écosystème de santé.
Le progrès continu des technologies de santé permet déjà d'obtenir une médecine plus efficace et personnalisée pour les patients, une réduction des complications et de leurs coûts, pour in fine une amélioration de la santé publique.
La chirurgie robotique en orthopédie tend à améliorer la qualité de la prise en charge des patients, en contribuant à réduire la douleur post-opératoire, à raccourcir la durée d'hospitalisation et à limiter le risque de réintervention. Plus largement, l'innovation technologique en santé constitue un levier d'efficience pour le système de soins. Si son coût initial peut être élevé, elle permet souvent de générer des économies à moyen et long terme, tant pour les patients que pour la collectivité. Par exemple, certaines techniques chirurgicales mini-invasives permettent d'optimiser les parcours de soin, de limiter les interruptions d'activité professionnelle et de renforcer la soutenabilité du système de santé.
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Malheureusement, notre culture d'évaluation médico-économique reste insuffisante. Le travail d'intégration de l'innovation dans l'organisation des soins nécessite une vision exhaustive de ses impacts, tant en termes de bénéfices cliniques, que d'impact organisationnel sur l'amélioration des parcours de soins ou sur l'optimisation des ressources. Cette approche est d'autant plus nécessaire dans le contexte actuel où les dépenses de santé représentent près de 12 % du PIB et continuent de croître de 2,3 % par an en moyenne (source : DREES 2023).
Le cadre budgétaire actuel pose trois problèmes majeurs : un manque de visibilité pour les acteurs qui investissent dans l'innovation, une absence de véritable planification stratégique et une incapacité à amortir les dépenses sur plusieurs années.
Le cas emblématique des nouveaux traitements contre l'hépatite C en 2013 illustre parfaitement cette problématique : certes coûteux à court terme (45 000 € par patient), ils ont permis de guérir définitivement 95 % des patients, permettant des économies substantielles sur le long terme liées à la réduction de la consommation de soins, à la prévention des complications hépatiques graves et à l'amélioration définitive de l'état de santé des patients au lieu d'une lente dégradation allant jusqu'au besoin de transplantations.
Pour remédier à cette situation, trois axes d'amélioration s'imposent :
Premièrement, développer une culture d'évaluation médico-économique robuste pour mesurer l'impact global des innovations, incluant l'impact organisationnel. Deuxièmement, établir une véritable stratégie sous la forme d'une programmation pluriannuelle des investissements en santé, offrant visibilité et stabilité à l'ensemble des acteurs. Enfin, encourager un dialogue constructif entre industriels, soignants, patients et payeurs pour co-construire des modèles durables d'intégration de l'innovation et d'équité des soins.
La santé est un secteur stratégique, vital au sens propre, qui mérite une vision à long terme. En adoptant une approche pluriannuelle, nous créerons les conditions d'une politique de santé plus efficiente, plus équitable et plus innovante. C'est un changement de paradigme nécessaire pour garantir la pérennité de notre système de santé face aux défis qui l'attendent et qu'il affronte déjà. Alors que l'innovation dans le domaine de la santé n'a jamais été aussi prometteuse, il est temps de lui donner les moyens de se déployer pleinement au service des patients et de la société tout entière.
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(*) François Gaudemet est président de Johnson & Johnson MedTech France depuis juillet 2022. Diplômé de l'École Polytechnique et titulaire d'un MBA de l'INSEAD, il a débuté sa carrière chez Air Liquide avant de rejoindre Johnson & Johnson en 2007. Il y a exercé des fonctions de direction en Europe et au Moyen-Orient. François Gaudemet est également membre du réseau Angels Santé et membre du conseil d'administration du SNITEM (Syndicat National de l'Industrie des Technologies Médicales).
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