OPINION. « La Chine est-t-elle en train de rater sa chance ? »
Dr Markus Zuber

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La Chine est confrontée à des défis structurels majeurs. Ces derniers sont tellement importants que le pays pourrait ne jamais réussir à détrôner les États-Unis en tant que première puissance mondiale. Comment en est-on arrivé là ?
Le changement radical de politique initié par le dirigeant Xi Jinping depuis 2012 a freiné cette ascension. Alors que ses prédécesseurs misaient sur l'ouverture économique et un exercice du pouvoir plutôt collectif, la politique intérieure du gouvernement actuel, de plus en plus répressive, marque une rupture radicale avec la politique de réforme menée ces dernières décennies.
Jörg Wuttke, spécialiste de la Chine, étudie de près la République populaire depuis trois décennies. Lors d'un dîner avec des clients de Lupus alpha, il a récemment analysé la situation : « Le virage autoritaire pris sous Xi a conduit à un système politique de plus en plus éloigné de la réalité ». Selon M. Wuttke, la Chine est désormais dirigée par un homme vieillissant qui évolue dans une « chambre d'écho ». Sous Xi, les politiciens éclairés et informés de l'administration de Pékin sont devenus des béni-oui-oui. C'est là que réside le dilemme fondamental du pouvoir autoritaire : plus le pouvoir est concentré, moins il y a de garde-fous contre les potentielles dérives.
La paralysie politique accélère la course de la Chine vers le « pic chinois », le point où son ascension atteindra son apogée. Derrière cela se cachent des bouleversements économiques majeurs. Les quelque 150 000 entreprises locales appartenant à l'État souffrent d'un endettement extrêmement élevé, et pratiquement aucune ne réalise de bénéfices. Sur les 31 provinces chinoises, 12 sont en difficulté. Shanghai, autrefois métropole dynamique, est selon l'observation personnelle de Wuttke, une ville ralentie par l'épidémie du coronavirus. Une tragédie. Et Tianjin, autrefois louée comme région modèle, est au bord du gouffre financier.
Les faiblesses structurelles de la Chine sont particulièrement évidentes sur le marché immobilier et dans la surproduction systématique. 90 millions d'appartements sont vides, le marché immobilier est au plus bas, symbole du gaspillage des ressources et de la mauvaise allocation des capitaux, tout comme les 140 (!) constructeurs automobiles chinois qui produisent 23 millions de voitures par an dans 450 usines. Ces surcapacités sont inhérentes au système et résultent directement de l'approche centraliste de Xi Jinping, un combo infructueux d'injonctions politiques et d'inefficacité économique.
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Mais la société chinoise recèle également des tensions : d'une part, il existe un grand nombre de jeunes extrêmement bien formés qui représentent un potentiel d'innovation pour le pays. Les provinces emploient des personnes très compétentes, dont certaines ont étudié dans des universités internationales prestigieuses. D'autre part, le taux de chômage élevé, en particulier parmi cette catégorie de la population, crée une génération frustrée qui ne peut pas déployer ses talents. Le fossé important entre les élites urbaines et la population rurale peu instruite constitue un frein supplémentaire au développement de la Chine.
Sans oublier l'évolution démographique, qui aggrave encore les problèmes de la Chine : avec seulement 1,1 enfant par femme - voire 0,6 à Shanghai -, la Chine est confrontée à l'une des crises de vieillissement les plus graves au monde. La population active est en baisse depuis 2018. Compte tenu des problèmes structurels et démographiques manifestes, il est réaliste de tabler sur une croissance de 2 à 3 %, loin des 5 % annoncés officiellement.
Alors que la Chine est confrontée à ces multiples problèmes, le XXIe siècle pourrait à nouveau être américain. Même sous Donald Trump, dont la politique est plus que controversée, les solides fondamentaux de l'économie américaine restent intacts. Le dollar continue de dominer le système financier international et les capacités d'innovation des États-Unis demeurent inchangées.
En effet, les États-Unis disposent d'institutions flexibles, d'une culture de l'innovation dynamique et, surtout, d'une capacité d'autocorrection politique. La Chine, en revanche, est soumise au problème inhérent à tous les systèmes autoritaires : elle ne peut pas se réformer. Cette différence fondamentale en matière de capacité d'adaptation sera déterminante pour remporter la compétition géopolitique.
La Chine semble encore toute-puissante, mais les problèmes restent palpables. En parallèle, l'économie et les investisseurs sont durement touchés par la politique actuelle des États-Unis. Cela ouvre de nouvelles perspectives pour l'Europe, qui pourrait développer des partenariats stratégiques avec la Chine. En effet, même avec une croissance estimée à moins de 3 %, ce pays reste un marché attractif. Bien que la Chine ait récemment pris une longueur d'avance dans de nombreux domaines technologiques, l'Europe dispose d'atouts lui permettant de rester compétitive, notamment dans les secteurs de la santé intelligente, de la biotechnologie ou des technologies industrielles de pointe.
En ce qui concerne l'espace économique européen, il faut ajouter à cela la « confiance » que procure une monnaie forte, qui se traduit par une politique fiable et prévisible, mais aussi par des instances de gouvernance bien établies - des atouts que la Chine n'a jamais eus et qui font également défaut aux États-Unis ces derniers temps. Mais les investisseurs continuent de rechercher des opportunités d'investissement intéressantes - et les trouvent de plus en plus en Europe. Tout cela ne pourra toutefois pas produire l'effet escompté si l'Europe ne parvient pas à surmonter ses propres tendances à l'autosabotage : administration omniprésente, réglementation excessive et faible culture de l'innovation. L'Europe semble prendre le bon tournant... L'avenir nous dira si tous les responsables politiques suivront.
L'Europe saura-t-elle saisir sa chance ?
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(*) Le Dr Markus Zuber est associé chez Lupus alpha et, en tant que directeur de la stratégie, responsable des clients et des marchés depuis 2020. Avant de rejoindre Lupus alpha, M. Zuber était directeur du département Sales Support chez DekaBank, où il était chargé de renforcer les ventes de fonds au sein des caisses d'épargne. De 2001 à 2005, il a été collaborateur scientifique à l'université Goethe de Francfort, où il a obtenu son doctorat. Markus Zuber est titulaire d'un diplôme en administration des affaires.
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