OPINION. « La décarbonation du bâtiment n'est pas une affaire de primes, mais d'urgence climatique »
Louis-Clair François Poncet et Lucien Roquette

Photo d'illustration
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Louis-Clair François Poncet et Lucien Roquette

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La décision du gouvernement de geler jusqu'en septembre le dispositif MaPrimeRenov' pour les rénovations d'ampleur suscite d'intenses débats parce qu'elle affecte de nombreux ménages et beaucoup d'entreprises spécialisées dans la rénovation énergétique. Pour des jeunes entrepreneurs comme nous, qui avons choisi de nous lancer dans l'efficacité énergétique et la décarbonation des bâtiments, c'est un motif de préoccupation car l'instabilité du cadre réglementaire enlève de la visibilité et conduit au report de projets. Pour autant, il ne faut pas résumer la nécessaire rénovation énergétique de notre parc de logements ou de bureaux à une affaire d'aide publique.
À l'évidence, la décarbonation du bâtiment ne va pas assez vite, ce secteur représente entre 25 et 30% des émissions nationales selon les différents chiffrages, dont 80% sont liées à l'exploitation des bâtiments (chauffage, eau chaude sanitaire...). C'est dire l'enjeu que représente la baisse de la consommation énergétique des bâtiments, possible par la transition des énergies fossiles au profit des énergies renouvelables. Décarboner le bâtiment, c'est agir vite et fort avec un effet immédiat sur notre trajectoire carbone. En plus, la France dispose d'un atout considérable : la nature et le volume de sa production d'électricité qui assure aux logements et aux bureaux une énergie sûre, souveraine et largement disponible, un atout décisif face aux incertitudes géopolitiques.
Nous disposons d'une technologie éprouvée, fiable et très efficace sur le plan énergétique à condition que son dimensionnement et son installation soient adaptés aux besoins du bâtiment, qui a permis la rénovation énergétique de centaine de milliers de logements au cours de ces dernières années : la pompe à chaleur. Pour une unité d'électricité consommée, elle produit 4 unités de froid ou de chaleur alors que ce rapport est d'un pour deux avec une chaudière à gaz. Puisqu'elle fonctionne à l'électricité et que cette dernière est largement décarbonée en France, la pompe à chaleur contribue ainsi pleinement à la décarbonation du bâti.
Ce mode de production de chaleur joue également un rôle social non négligeable : il améliore le pouvoir d'achat des ménages et offre un confort thermique qui contribue au bien-être et à la santé, dans une société souvent angoissée par la hausse des coûts de l'énergie. Le paradoxe est que les ventes des pompes à chaleur en Europe diminuent, justement parce que les doutes sur la nécessité de la transition énergétique traversent une partie de la société. Il est donc indispensable que les futurs plans de transition énergétique intègrent davantage cette technologie, dont tout le monde sait pourtant qu'elle est incontournable pour la décarbonation.
Il reste aux acteurs de la filière de s'assurer que la France dispose des compétences nécessaires. Si l'on veut tripler la production de pompes à chaleur d'ici 2030, comme le gouvernement semble l'envisager, cela nécessite de former entre 40 et 50 000 professionnels qui participeront ainsi à la maturité et à la compétence d'un secteur important à la transition énergétique du pays. Un mouvement d'ampleur est en marche, il s'inscrit parfaitement dans la lutte en faveur du climat, que des considérations de court terme ou d'opportunité ne saurait entraver, quelle que soient les formes du soutien public...
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(*) Louis-Clair François Poncet et Lucien Roquette, amis depuis le collège, sont deux jeunes entrepreneurs assez atypiques, qui, après de premières expériences en grand groupe, start-up et recherche en IA ont décidé de créer une entreprise dans le domaine de la rénovation énergétique et de la décarbonation des bâtiments.
Louis-Clair François Poncet est diplômé de l'Essec et d'un MBA à la Harvard Business School. Il a également suivi le programme Entrepreneuriat et Innovation de Berkeley.
Lucien Roquette est diplômé de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne et Paris.
Louis-Clair François Poncet et Lucien Roquette