OPINION. « Le mécénat d'entreprise à la rescousse pour sauver des vies »
Anne-Marie Idrac

Photo d'illustration
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Le recul des financements publics en matière d'aide humanitaire ne se limite pas au triste démantèlement de l'USAID. C'est un mouvement global et structurel. En Europe aussi, ces budgets se réduisent, que cela soit lié à des contraintes financières, des choix idéologiques ou la priorisation d'autres enjeux. La réduction récente et rapide des engagements publics affecte gravement la capacité à répondre aux grandes crises sanitaires, alimentaires ou environnementales.
Or, l'ampleur des besoins humanitaires mondiaux s'aggrave d'année en année, avec le cumul de drames durables et de nouvelles crises. Selon les chiffres de l'ONU, avec plus de 300 millions de personnes nécessitant une assistance, ils ont atteint en 2024 le niveau record de 50 milliards de dollars, dont la moitié seulement auront été couverts — cela même avant le retrait gouvernemental américain.
Mais, heureusement, face à ce désengagement progressif des États et de leurs Agences, les organisations de solidarité voient d'autres acteurs venir pallier en partie le manque à gagner : grandes comme petites fortunes, entreprises et fondations, philanthropes, mécènes, se mobilisent pour mieux répondre aux besoins. Certes, la France n'a pas la même tradition philanthropique que la Grande-Bretagne ou les États-Unis, et l'international ne représente chez nous qu'une très faible part des actions de solidarité. On n'a pas encore vu en France, dans le domaine de la santé humanitaire, d'engagements aussi significatifs que ceux qui ont permis, par exemple, la reconstruction de Notre-Dame de Paris, à hauteur de 846 millions d'euros, dans le cadre d'un dispositif fiscal incitatif, mobilisant en particulier de grands groupes industriels.
Pour autant, il est réconfortant qu'outre les particuliers, entreprises et fondations soient de plus en plus en soutien d'actions qui peuvent changer la vie de millions de personnes : campagnes de vaccination, lutte contre la malnutrition et les épidémies, accompagnement des mères et des enfants, réponses d'urgences aux souffrances des communautés éprouvées par les conflits ou le changement climatique...
Sans opposer solidarité publique et engagements privés, cette dynamique est porteuse d'espoirs pour les organisations humanitaires et surtout les personnes bénéficiaires.
Il ne serait pas réaliste d'attendre un retour des financements publics aux niveaux nécessaires : les tendances récentes dessinent une nouvelle donne structurelle, faisant davantage appel à la générosité privée. Tout aussi hypothétique à court terme, il nous semble, face aux urgences, la création de nouvelles ressources budgétaires. C'est donc à juste titre que l'État encourage les dons, pour des raisons de financement, mais aussi en réponse aux aspirations des particuliers comme des entreprises à s'engager directement dans des actions de solidarité.
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Dans ce contexte, le système fiscal français offre un cadre clair, reconnu et assumé, avec, pour les sociétés, un levier incitatif puissant : le mécénat d'entreprise, qui permet une réduction d'impôt à hauteur de 60 % du montant du don, dans la limite de 0,5 % du chiffre d'affaires. Il est notable que le nombre d'entreprises mécènes de toutes tailles ait fortement augmenté ces dernières années. Ce mécanisme parfois décrié ne détourne pas l'argent public : il le mobilise autrement ; chaque euro défiscalisé fait levier : c'est une part d'impôt transformée en action concrète, mesurable en toute transparence. Il s'y ajoute l'intérêt de motiver les collaborateurs dans une vision ouverte de la raison d'être des entreprises.
Oui, défiscaliser peut sauver des vies et rendre le monde plus sûr : c'est une optimisation vitale.
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(*) Anne-Marie a commencé sa carrière en 1974 en tant qu'administratrice civile dans divers ministères français. Elle est devenue Secrétaire d'État aux Transports en 1995, puis Députée des Yvelines, et Secrétaire d'État au Commerce extérieur de 2008 à 2010. Anne-Marie a également occupé des postes de direction dans de grandes entreprises du secteur des transports, en tant que Présidente-Directrice Générale de la RATP de 2002 à 2006, et de la SNCF de 2006 à 2008. Elle siège au sein de plusieurs conseils d'administration de grands groupes français et, depuis décembre 2019, elle est Présidente de l'Association France Logistique. Anne-Marie a rejoint le Comité de Campagne d'ALIMA en 2017 et est présidente et co-fondatrice de la Fondation ALIMA.
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