OPINION. « Les pompiers ne sont pas des taxis »
Olivier Richefou

Photo d'illustration
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Olivier Richefou

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Les feux de forêt reviendront cet été. Ils seront certainement plus nombreux, plus imprévisibles et plus dangereux. Les sapeurs-pompiers le savent, et ils s'y préparent. Mais une part croissante de leur énergie, de leur temps, de leurs effectifs, est absorbée par tout autre chose : des appels pour des chutes sans gravité, des malaises légers, des transports vers les urgences. Non pas parce qu'il y a urgence vitale, mais parce que les ambulances manquent, parce que le SAMU est saturé et parce que les structures de soins ne suivent plus.
Alors, les pompiers comblent les vides. À toute heure, sur tout le territoire, ils deviennent les supplétifs d'un système médical à bout de souffle. On les appelle quand plus personne ne peut répondre. Mais cette situation ne peut pas durer. Elle est injuste, inefficace et surtout dangereuse. Les pompiers ne sont pas des taxis. Ils ne sont pas là pour pallier les carences d'un autre service public. Ils sont là pour intervenir en cas d'urgence vitale, pour secourir, pour lutter contre les flammes. Le temps est venu de le rappeler. Et de choisir.
Aujourd'hui, près de 85 % des interventions des sapeurs-pompiers concernent le secours à personne. Dans certains territoires, cette proportion dépasse les 90 %. Quant aux incendies, ils ne représentent plus que 4 à 5 % des sorties. Autrement dit, la mission fondatrice, celle pour laquelle les pompiers sont formés, équipés, entraînés, est devenue résiduelle.
Ce basculement s'explique en partie par l'augmentation continue des "carences ambulancières" : lorsque le service d'ambulance ou le SAMU ne peut assurer une prise en charge, les pompiers sont mobilisés, parfois pour des interventions qui relèvent davantage du confort que de l'urgence. Cette situation crée un déséquilibre majeur : pendant qu'une équipe de sapeurs-pompiers transporte un patient stable vers les urgences, elle n'est pas disponible pour intervenir sur un incendie, un accident de la route ou un arrêt cardiaque alors que chaque absence compte.
Dans le même temps, les services départementaux d'incendie et de secours (SDIS), financés par les départements, sont confrontés à des tensions budgétaires sévères. Or, les collectivités locales, elles aussi sous pression, n'ont plus les marges de manœuvre nécessaires pour suivre l'ampleur croissante de la demande.
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Les pompiers ont toujours été capables d'agir sur de nombreux fronts. Mais aujourd'hui, ce n'est plus de la polyvalence, c'est de la dispersion. Une dispersion imposée, subie, non choisie, et cela change tout.
Chaque intervention qui ne relève pas du secours d'urgence est une heure de moins consacrée à la formation, à l'entretien du matériel, à la prévention, à l'anticipation des crises. Chaque mission sociale ou médicale que l'on assigne aux pompiers érode un peu plus le sens de leur engagement. En les envoyant partout, pour tout, on finit par ne plus savoir précisément pourquoi on les appelle. Et eux-mêmes risquent de perdre le cap.
Le sentiment d'impuissance, l'épuisement, l'impression de toujours courir derrière des priorités qui ne sont pas les leurs : tout cela mine un métier déjà exigeant. Surtout, cela envoie un signal dangereux à la société : les sapeurs-pompiers peuvent tout faire, donc on peut tout leur demander. Or c'est faux et c'est une impasse.
Il faut maintenant décider. Veut-on des sapeurs-pompiers disponibles pour intervenir rapidement sur des incendies, des accidents, des catastrophes naturelles ? Ou accepte-t-on qu'ils deviennent progressivement une solution par défaut face à l'effondrement du système de soins ?
Ce choix suppose un recentrage ferme. Il faut redéfinir les priorités. Revaloriser le cœur du métier. Renforcer la coordination entre le 15, le 18 et le 112 pour éviter les doublons et rediriger les appels qui ne relèvent pas des pompiers. Il faut affirmer que les missions non urgentes, même si elles sont légitimes, ne peuvent pas systématiquement incomber aux sapeurs-pompiers. Il faut également donner aux départements les moyens de financer correctement les SDIS, en revalorisant leur rôle dans la sécurité civile.
Enfin, il faut avoir le courage politique de poser une ligne rouge : les pompiers ne sont pas une variable d'ajustement. Ils ne sont pas là pour compenser les failles d'un autre service public. Ils ne sont pas une force d'attente. Ils sont une force d'intervention.
Si nous ne faisons rien, les conséquences seront graves. Les feux de forêt se multiplieront, et les moyens pour les combattre seront insuffisants. Les délais d'intervention s'allongeront, la fatigue des équipes s'intensifiera et à force de tout faire, les pompiers ne pourront plus faire l'essentiel.
Le temps n'est plus aux constats. Il est à la décision : recentrer les pompiers sur leur mission vitale, ou continuer à les éparpiller, au risque de les briser. Ce choix est politique, budgétaire, mais aussi moral. Il engage notre conception de la sécurité civile.
Il reste possible d'agir. Mais il faut le faire avant que l'incendie ne soit, cette fois, hors de contrôle.
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(*) Olivier Richefou est un homme politique français, président (UDI) du Conseil départemental de la Mayenne depuis 2014. Il occupe plusieurs fonctions nationales, notamment en tant que président de la Conférence nationale des services d'incendie et de secours (CNSIS) et vice-président de Départements de France en charge du grand âge. Avocat de formation, il a également été maire de Changé de 2008 à 2014.
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