OPINION. « Malnutrition infantile : pour que le N4G ne soit pas caduque, il nous faut des actions concrètes, et vite »
Benjamin des Gachons

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Le sommet Nutrition For Growth s'est tenu en France les 27 et 28 mars derniers, porté par l'urgence de répondre à la malnutrition qui tue encore la moitié des enfants de moins de cinq ans dans le monde. L'occasion était historique. La réponse financière, elle, n'a pas été à la hauteur de l'enjeu. Pendant ce temps, la crise nutritionnelle s'aggrave, accélérée par le changement climatique, les chocs économiques et sanitaires. Elle frappe de manière brutale les femmes et les adolescentes, premières victimes du sous-investissement mondial. Plus d'un milliard d'entre elles vivent aujourd'hui avec des carences nutritionnelles sévères, avec des conséquences dramatiques pour elles, leurs grossesses, leurs enfants.
Face à cette réalité, les mots ne suffisent plus. La santé maternelle est un levier décisif pour enrayer la malnutrition. Pourtant, elle reste trop souvent reléguée au second plan des priorités internationales. Et ce n'est pas un détail : l'anémie maternelle, la dénutrition, les carences en micronutriments sont les premiers facteurs de mortinatalité, de naissances prématurées, de retards cognitifs durables.
Pourtant, des solutions existent. Simples, efficaces, peu coûteuses. Les vitamines prénatales, ou suppléments en micronutriments multiples (MMS), sont capables d'améliorer la santé maternelle et infantile pour moins de deux centimes d'euros par jour. Beaucoup moins qu'un café, et pourtant, elles changeraient le destin de millions de vies. Une feuille de route existe déjà, portée par plusieurs acteurs internationaux. Son objectif est clair : élargir l'accès aux suppléments en micronutriments multiples pour toucher 260 millions de femmes d'ici 2030. À l'échelle mondiale, l'investissement nécessaire — un milliard de dollars sur sept ans — reste dérisoire comparé aux gains en santé et capital humain qu'il pourrait générer et aux centaines de milliers de décès d'enfants qu'il permettrait d'éviter.
Lors du sommet, 250 millions de dollars ont déjà été engagés par les fondations privées pour les MMS. Cet investissement significatif peut servir d'effet de levier pour que la France, l'Europe et les bailleurs publics s'engagent à leur tour. L'accès aux vitamines prénatales n'est pas un luxe, mais une question d'équité sanitaire. C'est une urgence vitale, une incarnation concrète de l'investissement solidaire et durable revendiquée par la France.
Au moment où l'USAID est démantelée, où de nombreux pays réduisent leurs engagements budgétaires, nous avons plus que jamais besoin d'initiatives publiques-privées solides pour financer des interventions peu coûteuses, produisant des résultats concrets et mesurables. Le président Macron a annoncé, à l'occasion de N4G, vouloir inscrire la lutte contre la malnutrition à l'agenda du G7 que la France présidera en 2026. Nous l'appelons aujourd'hui solennellement : faites de l'accès aux vitamines prénatales, de la santé maternelle et infantile, une des grandes causes de ce sommet. Il en va de la cohérence de l'engagement historique de la France contre la faim et la malnutrition, du modèle de solidarité et d'innovation sociale qu'elle a représenté par le passé et qu'elle est aujourd'hui appelée à renouveler.
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(*) Benjamin des Gachons est le Directeur principal du plaidoyer européen au sein de la Fondation Eleanor Crook qui se consacre à la lutte contre la malnutrition infantile en Afrique et en Asie. Spécialiste du plaidoyer et de la solidarité internationale, il a occupé des fonctions stratégiques au sein d'organisations internationales comme ONE, Change.org, Avaaz et ActionAid. Benjamin des Gachons est diplômé en Relations Internationales, Développement et Coopération de l'Université Paris-Sorbonne.
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