OPINION. « Mobilisons la Nation pour bâtir la loi de programmation militaire de nouvelle génération ! »
Rachid Temal

Photo d'illustration
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Rachid Temal

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Pour tous les démocrates partisans de la coopération internationale, le dernier sommet de l'OTAN à La Haye a été un moment de rupture. Alors que le monde entre dans une nouvelle ère, marquée par l'instabilité, les conflits et la fragmentation du multilatéralisme, nous pouvions espérer que les grandes démocraties choisiraient la voie du dialogue, du respect et de la responsabilité partagée. Cet espoir a été balayé le 24 juin dernier.
À La Haye, les principes qui fondent l'alliance atlantique — solidarité, diplomatie, défense et engagement collectifs — ont été mis à mal, au profit d'une logique de puissance unilatérale. Les scènes surréalistes qui ont marqué le sommet ont révélé un profond malaise. Des échanges diplomatiques réduits à des gestes symboliques, des SMS obséquieux rendus publics par Donald Trump et une scénographie toute entière façonnée pour flatter le président américain, ont remplacé le débat stratégique. Le tout s'est soldé par l'adoption sans réelle opposition de la proposition emblématique de Trump : faire passer les dépenses militaires à 5 % du PIB d'ici 2035.
Mais cette prétendue victoire est une illusion, un village de Potemkine. Dans les faits, seuls 3,5 % de ces dépenses seront réellement dédiés à la défense, les 1,5 % restants servant à financer des postes connexes comme la cybersécurité ou la sécurité intérieure. Cette première supercherie en dissimule une autre : l'absence totale de prise de position forte sur la guerre en Ukraine. Le silence pesant sur l'agresseur, Vladimir Poutine, tranche radicalement avec l'unité de ton qui avait prévalu sous l'administration Biden. Cette faute politique est un signal inquiétant.
Autre motif d'inquiétude : l'ouverture sans condition du marché de l'industrie de défense à l'échelle de l'OTAN. Cette dérégulation, sous couvert de rationalisation, facilitera massivement (encore) les ventes américaines et fragilisera les ambitions d'autonomie stratégique européenne. Alors même que l'Europe aurait pu bâtir un projet industriel commun, elle accepte une dépendance renforcée, au détriment de sa souveraineté. La base industrielle et de défense française en sera impactée.
Ces décisions nous obligent à redéfinir notre modèle de défense avec lucidité et ambition. Et ce d'autant plus que nous sommes un pays, le seul en Europe, doté de la dissuasion nucléaire, ayant une armée complète, présent sur l'ensemble du globe et membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.
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Cette redéfinition ne part pas de rien. Bien évidemment elle doit s'appuyer sur l'actuelle loi de programmation militaire au regard de la situation internationale et des retours du conflit en Ukraine notamment. Elle doit également se fonder sur les préconisations sénatoriales pour la nouvelle Revue nationale stratégique, dont je fus le co-rapporteur. Ce document essentiel offre une grille de lecture du nouvel environnement géopolitique, des menaces hybrides, et trace les grandes lignes d'un modèle de défense plus résilient, plus autonome, plus connecté aux réalités du terrain. Il constitue un point d'appui indispensable pour toute réforme d'ampleur, mais il ne peut se suffire à lui seul. Pour donner corps à cette ambition, il faut désormais traduire cette vision stratégique en engagements politiques clairs, partagés et débattus publiquement.
Cela suppose d'abord de redonner toute leur place aux citoyens, à la Nation dans les grands choix de défense. Ce sont les Françaises et les Français qui, à travers leurs représentants, doivent définir notre stratégie. Je regrette profondément que le Premier ministre ait refusé notre demande, portée avec le groupe socialiste du Sénat, d'organiser un débat avec vote au titre de l'article 50-1 de la Constitution, avant ce sommet décisif. Une telle décision a privé notre démocratie d'un débat transparent et utile sur des orientations qui engagent l'avenir du pays.
Il est temps d'engager une discussion ouverte, franche, dans les hémicycles comme dans les territoires. La politique de défense ne peut plus être élaborée dans le secret de quelques cercles clos. Elle doit être pensée à l'échelle de toute la Nation.
Cette refondation ne pourra d'ailleurs pas se limiter à des ajustements techniques. Elle implique une nouvelle vision. La France doit participer à la construction d'un véritable pilier européen de défense, à l'intérieur de l'OTAN. Non pour remettre en cause l'Alliance, mais pour la rééquilibrer, pour préparer le désengagement américain, pour qu'elle respecte mieux la souveraineté de ses membres. Nous devrons sortir de notre vision franco-française pour entendre, échanger, convaincre et pourquoi pas se faire convaincre (sans rien céder de notre sécurité) par des partenaires européens volontaires.
Dans le même esprit, l'Union européenne doit devenir une actrice autonome de sa propre sécurité. Cela passe par une politique industrielle ambitieuse, par la mutualisation des ressources, par des coopérations et des partenariats, par la défense de nos intérêts communs face aux ingérences étrangères malveillantes et à la puissance américaine, au retour des Etats-Puissances contrariés du XXe siècle et à l'effondrement du multilatéralisme. L'Europe ne pourra compter que sur elle-même si elle veut exister dans le nouveau désordre mondial.
Enfin, nous devons repenser nos partenariats internationaux. En sortant du seul tête-à-tête transatlantique, la France doit bâtir de nouvelles alliances avec les puissances dites du Sud. Le dialogue, l'écoute, le respect réciproque doivent redevenir les piliers de notre diplomatie.
Sur ces bases, il devient nécessaire de lancer un Grand débat national sur la politique de défense, dans tous les territoires, dans les villes, préfectures et sous-préfectures.
Au travers de ce Grand débat national c'est bien la Nation tout entière que nous devons mobiliser, qui aux côtés de nos forces armées et du parlement bâtiront la prochaine Loi de programmation militaire nouvelle génération.
Les socialistes y prendront toute leur part, comme ils l'ont fait pour la précédente loi, en veillant à ce qu'elle réponde aux défis immenses qui nous attendent.
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(1) Rachid Temal est sénateur socialiste du Val-d'Oise, et conseiller régional d'Île-de-France. Ancien premier secrétaire du Parti socialiste. Il est actuellement président délégué du groupe socialiste écologiste et républicain (SER) du Sénat et vice-président de la commission des affaires étrangères, de La Défense et des forces armées de la haute assemblée.
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