OPINION. « Nous, agriculteurs, choisissons l'agrivoltaïsme pour notre avenir »
Yoann Bizet, Benoit Bougler, Jean-François Cortot et Sylvain Raison

Photo d'illustration
Julien Bru - TSE
Yoann Bizet, Benoit Bougler, Jean-François Cortot et Sylvain Raison

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Julien Bru - TSE
Parce que nous sommes confrontés directement aux effets du dérèglement climatique qui accentue ceux de la crise du monde agricole, nous, agriculteurs, avons, assez naturellement, fait le choix de l'agrivoltaïsme. Alors que nous entendons ou lisons beaucoup de contrevérités, comme pionniers, comme « agrivolteurs », nous voulons partager notre expérience et témoigner des bénéfices concrets de l'agrivoltaïsme pour notre exploitation et notre quotidien.
Nous nous sommes lancés dans l'agrivoltaïsme il y a quelques années car nous avons compris qu'il s'agissait d'une solution gagnant-gagnant ; gagnant pour nous et notre travail, gagnant pour le climat et notre pays par la production d'une électricité décarbonée et peu chère, gagnant enfin pour la vie économique quotidienne de nos territoires.
L'agrivoltaïsme apporte une résilience à notre système agricole. D'abord en sécurisant et pérennisant nos exploitations par une rémunération annuelle dans la longue durée, sans apport financier - quel agriculteur ne rêve pas d'avoir une rentabilité sur une activité sans solliciter son banquier ?! Ensuite par une amélioration significative sous les panneaux solaires, notamment quand ils sont tournants et pilotables, de la production de biomasse végétale - en hiver par une température supérieure sous les panneaux avec un effet « serre », au printemps grâce à une production démarrant plus tôt tout en évitant le gel printanier ou les destructions liées à la grêle, et en période estivale, les panneaux ont l'effet d'une pergola installée sur une terrasse évitant les coups de soleil et limitant l'évapotranspiration. Et dans le cadre de l'élevage, les panneaux améliorent le bien-être animal réduisant la température ressentie ou offrant un abri en cas d'intempérie, favorisant ainsi le retour au pâturage.
L'agrivoltaïsme remplit ainsi pour l'agriculteur un double rôle d'amortisseur économique et agricole. Qui peut être contre notre volonté de pérenniser nos exploitations et protéger nos cultures ? Rappelons aux plus craintifs que cette innovation -il faut le rappeler, les agriculteurs ont toujours su s'adapter en profitant des dernières inventions - est strictement encadrée par la loi au profit premier de l'agriculteur. Et que sans production équivalente ou sans agriculteur, le « contrat » agrivoltaïque tombe ! Mieux encore, nous participons à des programmes de recherche d'une durée de neuf ans afin d'optimiser ces dispositifs et d'améliorer encore leurs bénéfices.
L'agrivoltaïsme est également une nécessité pour notre souveraineté nationale, notre budget et notre balance commerciale. Pourquoi ? Grâce à la production d'une électricité verte, française, et compétitive dans nos territoires, pour nos entreprises et nos habitants. Alors que notre consommation énergétique est au deux tiers carbonée et importée, que les prochaines centrales nucléaires ne sont pas encore financées pour un tarif pour le consommateur mal défini, que le climat de Londres pourrait devenir celui de Madrid dans 25 ans, faisons le choix des ENR, et qui plus est, de l'énergie solaire qui avec l'agrivoltaïsme, permet de soutenir le monde agricole !
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En permettant une croissance écologiquement productive et performante en France, l'agrivoltaïsme est une chance. Bien entendu, comme en toute chose, il faut bien choisir son entreprise, mais nous pouvons témoigner de l'intérêt de la démarche. L'agrivoltaïsme n'est pas la réponse à tous nos sujets, mais une réponse parmi d'autres. Et c'est une réponse, importante, qui fonctionne.
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(*) Signataires :
Yoann Bizet - Polyculture-élevage, Calvados - Agriculteur en polyculture-élevage, Yoann Bizet gère une exploitation de 170 hectares dédiée pour moitié aux prairies et pour l'autre à la luzerne et au maïs. Son exploitation une activité de production de fourrage destinée à l'alimentation de son troupeau de 130 vaches laitières. Ces activités sont complétées par un atelier de 130 bovins viandes et une unité de méthanisation de 500 kW, alimentée uniquement en déchets d'élevage et alimentaires.
- Jean-François Cortot - Agriculture biologique, Côte-d'Or - Installé en agriculture biologique, Jean-François Cortot est associé avec trois autres agriculteurs sur une exploitation en grandes cultures et volailles, avec une autonomie en fertilisation bio.
- Sylvain Raison - Cultures céréalières et élevage, Haute-Saône - Agriculteur en cultures céréalières sur 840 hectares de céréales et de prairies avec un troupeau de 140 vaches. Il valorise le fumier pour fertiliser ses cultures et a mis en place une unité de méthanisation de 540 KW, qui contribue notamment au séchage des céréales.
- Benoît Bougler - Polyculture, Somme - Spécialisé dans les cultures industrielles destinées à l'alimentation humaine, Benoît Bougler exploite notamment des pommes de terre sur son exploitation en polyculture.
Yoann Bizet, Benoit Bougler, Jean-François Cortot et Sylvain Raison