OPINION. « Pourquoi les affaires ont toujours renforcé l'insubmersible Trump »
Sébastien Boussois

Photo d'illustration
DR
Sébastien Boussois

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Honnêtement, que l'on aime ou que l'on n'aime pas Donald Trump, il serait de mauvaise foi de nier sa résistance surhumaine et sa résilience à toute épreuve. À l'image des superhéros américains, il parvient jusque maintenant à sortir la tête haute de toutes les polémiques. Ce n'est pas rien alors que dans nos pays l'exemplarité difficile à atteindre de nos politiques a souvent compromis nombre de talents et de personnages d'avenir qui ne sont jamais revenus. Plus Trump est attaqué ou confondu, plus il renforce son assise et ses soutiens qui crient au complot. Car sa base sait que tout le monde cherche à l'abattre, parce qu'il dispose d'énormément d'argent pour envoyer au charbon ses avocats, et parce qu'aux États-Unis, étrangement on peut être le messie, un miraculé, un pêcheur, mais aussi pardonné. Sincèrement, les électeurs de Trump du moment qu'il fait le job se fichent de ce qu'il trafique en privé.
Encore mieux qu'un chat aux multiples vies, le Président américain a été annoncé tant de fois mort politiquement et médiatiquement, face à tant d'affaires, et pourtant il est toujours bien là. Bien sûr, Trump est a priori au pouvoir depuis son retour à la Maison-Blanche pour les trois prochaines années, mais beaucoup espèrent encore parvenir à le faire tomber sur un nouveau scandale, y compris dans les propres rangs du Parti républicain qui cherche déjà à préparer l'après. Dernière affaire en date : le retour de boomerang de l'affaire Jeffrey Epstein, dont l'actuel Président aurait promis pendant la campagne présidentielle de déclassifier une partie des documents inculpant le prédateur sexuel retrouvé mort dans sa cellule en 2019. Le Wall Street Journal de Rupert Murdoch (un républicain !) vient de publier une lettre de Trump qui aurait été adressée à Epstein et comportant des dessins obscènes représentant une femme nue. D'accord, Donald Trump n'est pas connu pour sa galanterie et son raffinement, mais quoi conclure ? Une partie de ses supporters MAGA a contesté le fait que depuis qu'il est de retour aux affaires, Trump n'a toujours pas déclassifié les fameux documents. Beaucoup craignent que le milliardaire figure dans les fameux dossiers sulfureux, c'est un risque. Mais sans preuve de rien, les médias ont décidé que Trump était aussi coupable sur ce dossier, mais coupable de quoi : avoir écrit une lettre « compromettante », fait un dessin cochon, ne pas vouloir déclassifier, avoir participé à des orgies sexuelles et sataniques avec des mineurs ? À ce stade, il n'y a aucune condamnation de justice contre Trump, car aucune procédure n'est en cours contre le Président américain dans ce dossier effroyable qu'est l'affaire Epstein. Trump poursuit Murdoch pour calomnie et lui réclame pas moins de 10 milliards de dollars !
Ce n'est pas une nouveauté : plus on lui tape dessus, plus il résiste voire se renforce. Quelques jours après le déclenchement de la « tempête », ainsi nommée par certains médias français, on n'en parle déjà presque plus. On parlait même de séisme aux États-Unis. Idem au moment des révoltes à Los Angeles : devant la dégénérescence des révoltes très localisées dans la ville californienne, l'envoi par Trump de la garde nationale sur place, allait provoquer à coup sûr la guerre civile. Le gouverneur démocrate Gavin Newsom a cru alors son heure de gloire arriver. Pensant profiter de l'occasion pour s'ériger en opposant numéro un de Donald Trump, il a rapidement disparu des radars médiatiques. Depuis, y a-t-il eu la guerre civile à Los Angeles ? Rien. Plus personne n'en parle.
Et des affaires similaires qui auraient dû plomber la carrière, la présidence, la vie de Trump, il y en a eu. En attendant, on continue à parler encore et toujours de Trump, en bien ou en mal, peu importe : il occupe l'arène, tente de la contrôler et s'en sert à toutes fins utiles ou inutiles. Il y a eu l'affaire Access Hollywood en 2016. En octobre 2016, à un mois de l'élection présidentielle, la diffusion d'un enregistrement de 2005 par le Washington Post choque le pays : on y entend Trump se vanter de comportements sexuels agressifs envers les femmes (« grab them by the pussy »). À ce moment-là, de nombreux responsables républicains lâchent Trump ; les médias évoquent une campagne en déroute, et certains prédisent sa défaite inévitable. Pourtant, Trump transforme cette crise en force en mobilisant sa base contre « l'establishment hypocrite » et les médias « corrompus », consolidant l'image d'un outsider persécuté. Il remporte l'élection un mois plus tard face à Hillary Clinton. Puis il y eut les deux affaires de tentatives de destitution en 2019 et en 2021. Donald Trump devient alors le premier président américain à être « impeached » deux fois. Tous les records le concernant lui plaisent de toute façon et il aime jouer avec le feu. La première fois en 2019, pour abus de pouvoir et obstruction au Congrès dans l'affaire ukrainienne. La seconde fois en 2021, après l'assaut du Capitole, accusé d'« incitation à l'insurrection ». Dans les deux cas, de nombreux analystes et adversaires politiques affirment que ces procédures allaient sceller sa carrière politique. Pourtant, Trump a survécu aux deux procès devant le Sénat, s'est posé en martyr politique victime d'une « chasse aux sorcières » et a renforcé son emprise sur le Parti républicain. Sa popularité dans sa base est restée intacte, et il a continué à dominer le débat public après son départ de la Maison-Blanche. Puis ce furent les inculpations pénales multiples en 2023 et en 2024. Trump est inculpé à plusieurs reprises (notamment dans l'affaire des documents classifiés retrouvés à Mar-a-Lago, dans le cadre des tentatives d'inverser les résultats électoraux en Géorgie, et dans l'enquête fédérale sur le 6 janvier 2021). Chaque inculpation semblait le rapprocher d'un effondrement politique. Pourtant, il s'en est servi pour mobiliser son électorat, présenter le système judiciaire comme instrumentalisé par ses adversaires, et transformer ces accusations en argument central de sa campagne pour 2024. Loin de s'effondrer, il est redevenu le favori incontesté des primaires républicaines et a levé des fonds records après chaque inculpation. Depuis, il a été réélu et est revenu à la Maison-Blanche.
La nouvelle « affaire » qui voudrait faire tomber Trump sur le dossier Epstein n'aboutira probablement jamais. Si un certain nombre de ses supporters sont déçus de ne pas tout savoir de l'affaire, ils sont habitués aussi aux frasques du Président et le jugeront sur d'autres choses. Notamment sur l'économie : et c'est ce qui risque de faire le plus mal, avec le retour de bâton de la mise en place des tarifs douaniers aux produits importés qui pourrait faire exploser l'inflation. De toute façon, les élections de mi-mandat en 2026 seront un crash test grandeur nature pour Trump de ce qui compte finalement le plus pour cette base MAGA encore largement acquise à la cause de leur champion.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (équipe Sécurité Défense), à l'Institut d'études de géopolitique appliquée (IÉGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire géostratégique de Genève (Suisse).
Sébastien Boussois