OPINION. « Pouvons-nous tirer profit des tarifs annoncés par Donald Trump le 2 avril 2025 ? »
Antoine Comont

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Selon les informations communiquées par la Maison-Blanche, les droits de douane « réciproques » — qui n'ont finalement pas grand-chose de réciproque — ont été calculés à partir du déficit commercial que les États-Unis ont vis-à-vis de leurs partenaires commerciaux. Ainsi, en matière de commerce des biens, l'UE affiche un excédent commercial de 39 % dans ses relations avec les États-Unis. Dans l'objectif de rétablir l'équilibre commercial, les États-Unis souhaitent ainsi instaurer des droits de douane de 20 % sur les produits européens à compter du 6 avril 2025. Soulignons tout de même que le niveau moyen de droits de douane appliqués par l'Union européenne aux produits américains est de l'ordre de 4 % et non pas 39 %.
Le Président américain et le représentant américain au commerce ont mis en garde contre de potentielles contre-mesures (de représailles). Leur narratif est le suivant :
Les États-Unis bénéficient avec l'Union européenne d'un excédent commercial de plus de 100 milliards € sur les services. Suivant leur logique, nous serions tout à fait en droit d'adopter des mesures drastiques pour rétablir l'équilibre concernant le commerce des services. Il conviendrait notamment d'accroître la pression sur les entreprises de la Tech. Cette première étape présente un triple intérêt : protéger le développement d'entreprises européennes dans le secteur des technologies et contribuer à la souveraineté numérique européenne, frapper des entreprises (Google, Meta, Amazon, Netflix...) qui sont des soutiens importants du Président Trump et enfin préserver le pouvoir d'achat du consommateur dans la mesure où les principales entreprises de la Tech américaines ont un business model basé sur la gratuité ou la quasi-gratuité.
Il faut limiter la participation des entreprises américaines aux marchés publics européens. Le taux d'ouverture des marchés publics dans l'Union aux entreprises étrangères (plus de 90 %) est trois fois supérieur au niveau d'ouverture des marchés publics aux États-Unis (seulement 32 %). Puisque les États-Unis se referment sur eux et ne sont pas près d'ouvrir leurs marchés aux fournisseurs européens, il est temps de fermer également nos marchés publics aux entreprises américaines. Considérant le fait que les marchés publics représentent environ 15 % du PIB de l'Union européenne, utilisons cette manne financière pour générer davantage d'activité en Europe.
Il faut prendre des mesures tarifaires sur des secteurs stratégiques. Certains secteurs européens sont particulièrement exposés aux tarifs américains, répondons alors par des tarifs ciblés sur les secteurs automobile, pharmaceutique, aéronautique, technologique ou agricole afin de réduire la compétitivité des produits américains sur le marché européen. Ce sont aussi des secteurs sur lesquels il existe un fort niveau concurrentiel en Europe, ce qui limiterait l'impact des tarifs sur le portefeuille du consommateur européen.
Les États-Unis sont dépendants de l'importation de certains produits (produits pharmaceutiques, semi-conducteurs, bois, cuivre, or, ressources énergétiques et minéraux critiques). Dans un quatrième temps, il est possible d'envisager des taxes à l'exportation sur ces produits. Cependant, il serait difficile de cibler seulement les États-Unis ; les entreprises importatrices auraient simplement à faire transiter les produits au Canada, au Mexique ou ailleurs pour échapper aux taxes à l'exportation. Il serait toutefois possible d'imposer des taxes à l'exportation à l'exception des pays qui ont également instauré des taxes à l'exportation vers les États-Unis. Cette quatrième étape nécessiterait alors d'être coordonnée avec d'autres partenaires commerciaux.
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Ces mesures doivent être prises pour montrer aux États-Unis que les Européens aussi ont des armes pour riposter. En adoptant une stratégie de réponse ferme et ciblée, l'Union européenne peut non seulement protéger ses intérêts économiques, mais aussi inciter les États-Unis à s'asseoir à la table des négociations. Il est essentiel de démontrer que l'Europe est prête à défendre ses droits et à rétablir un équilibre commercial équitable.
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(*) Chercheur associé à la Chaire de recherche sur les nouveaux enjeux de la mondialisation économique (Université Laval) et au Centre de recherche et documentation européennes et internationales (Université de Bordeaux). Chargé d'enseignement en droit international, droit européen et droit public.
Antoine Comont