OPINION. « Sommet Trump-Poutine : le très très lent chemin vers la paix »
Sébastien Boussois

Photo d'illustration
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Sébastien Boussois

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La paix ne se fait pas en un jour. C'est sûrement la première leçon que l'on peut tirer de la rencontre que l'on peut qualifier d'historique et qui a eu lieu hier soir en Alaska entre le président Trump et son homologue russe, Vladimir Poutine. Alors que beaucoup appellent les Européens à résister avec les Ukrainiens par les armes, Trump lui appelle au dialogue et à la diplomatie avec Moscou depuis son retour à la Maison-Blanche. Irréaliste tant les objectifs de Poutine sont aux antipodes de ceux des Occidentaux ou tout simplement irresponsable, car on ne discute pas avec le diable : la planète est partagée sur le choix cornélien à faire pour parvenir à un cessez-le-feu puis la paix.
Ce qui est sûr, et Trump aime cela, c'est que l'image restera dans l'histoire, comme lorsqu'il avait rencontré Kim Jung un, le Président nord-coréen, en 2019 pour tenter d'apaiser les tensions entre les deux Corées. Le résultat avait été relativement tangible puisque le leader nord-coréen s'était relativement calmé les mois qui suivirent. Ces dirigeants fonctionnent à la relation personnelle et pas aux pressions dans les enceintes de la communauté internationale. Puis Joe Biden arriva au pouvoir aux États-Unis et les tensions reprirent.
On croyait donc ce tête-à-tête improbable, presque impossible. Et pourtant, hier soir, en Alaska, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont assis face à face pendant près de deux heures pour discuter de la guerre en Ukraine. Ce simple fait, à l'heure où les combats font rage et où les ultimatums se multiplient, constitue déjà en soi une avancée politique majeure : quand les armes parlent, les mots reprennent rarement le dessus. Hier, ils l'ont fait. Malheureusement sans le Président Zelensky, mais il se dit que cela pourrait arriver à un moment ou à un autre. Comme si l'Alaska avait été un tremplin d'essai avant de passer aux choses sérieuses, un moyen de rompre la glace. Peu a filtré sur la teneur des échanges, mais d'autres rencontres devraient suivre et probablement à Moscou comme l'a annoncé Trump.
Le premier signe positif tient dans la reconnaissance mutuelle qu'aucune solution militaire totale n'est envisageable. Poutine, affaibli par une guerre qui s'enlise, admet implicitement la nécessité d'un cadre de négociation. Même s'il a le temps long avec lui, il sait notamment que ses amis chinois ne cautionnent pas l'éternisation du conflit. Trump, fidèle à sa logique de « dealmaker », offre une porte de sortie qui ne passe pas par l'humiliation, mais par une transaction, fut-elle encore floue pour le moment. L'idée d'un compromis, même lointain, fait son chemin, et qui sait peut-être aussi du côté russe.
Deuxième signal encourageant : les canaux de communication sont rouverts. Ces dernières années, la diplomatie américano-russe avait sombré dans l'invective et la menace. Le simple fait que les deux présidents parlent en direct, sans intermédiaires, redonne une valeur au dialogue face à face. On peut espérer que les menaces nucléaires de tout genre s'éloignent. L'histoire a prouvé que certaines guerres ne trouvent de dénouement que dans ces rencontres personnelles, où la psychologie des dirigeants compte autant que la stratégie. Et les grands dirigeants de ce monde fonctionnent de la sorte désormais, en dehors des Nations Unies et d'un cadre trop strict et contraignant.
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Troisième élément positif : l'effet d'entraînement international. En s'affichant côte à côte, Trump et Poutine envoient un signal aux Européens, aux Chinois, aux Turcs, aux pays du Sud global : le temps de l'escalade sans fin peut laisser place à un temps de désescalade concertée. La rencontre crée une dynamique : on peut discuter, même dans l'urgence, et imaginer des zones d'entente sur des questions humanitaires, sécuritaires, voire territoriales. Cela montre aussi que Poutine n'est pas si isolé qu'on le croit, pour régulièrement rencontrer des leaders internationaux incontournables. Donc par qui est-il vraiment ostracisé ? Que pèse hélas l'Occident et les Européens face à ce nouveau monde inquiétant qui a émergé ?
Enfin, au-delà du fond, cette réunion ouvre la voie à une nouvelle logique diplomatique : celle de la reconnaissance de l'ennemi comme interlocuteur. Elle est contestée, certains comparant le Président russe à Hitler et avec qui il ne faudrait pas négocier. Cela se comprend, mais quels autres moyens avons-nous si ce n'est soutenir l'Ukraine ? Peut-être, lui garantir des conditions de sécurité en béton pour l'après aussi ? Même si la démarche est décriée, c'est une étape indispensable pour sortir des guerres sans fin. On ne choisit pas toujours avec qui on fait la paix, mais hier soir en Alaska, les images ont prouvé qu'elle commence toujours par une poignée de main. Bien sûr, les obstacles restent immenses et la paix encore lointaine. Mais cette rencontre marque peut-être la fin d'une séquence où la guerre paraissait éternelle. Il faut maintenant intégrer d'urgence Voldymyr Zelensky et faire valoir une partie de ses revendications pour progressivement espérer atteindre un niveau d'entente commun avec le Président russe inflexible jusqu'hier.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (équipe Sécurité Défense), à l'Institut d'études de géopolitique appliquée (IÉGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire géostratégique de Genève (Suisse).
Sébastien Boussois