OPINION. « Soudan : l’arme chimique, l’odeur du crime impuni »
Sébastien Boussois

Photo d'illustration
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Sébastien Boussois

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Dans le vacarme des crises mondiales, coincé entre la guerre en Ukraine et à Gaza, un pays d'Afrique souffre dans un silence assourdissant : le Soudan. Pourtant, on atteint un niveau de violence jamais égalé dans ce pays avec désormais l'utilisation présumée d'armes chimiques. Alors que les regards se détournent vers Gaza, la mer Rouge ou encore le Qatar, les vidéos et témoignages qui circulent en ligne rappellent à la conscience universelle une réalité que les caméras officielles occultent : la guerre soudanaise n'est pas seulement une tragédie humanitaire, elle est peut-être aussi un laboratoire d'atrocités interdites par le droit international.
Des civils déplacés, des soldats déserteurs et des images sanglantes relayées sur les réseaux sociaux accusent directement l'armée soudanaise d'avoir recouru à des armes chimiques contre sa propre population. Les hashtags #Sudanese_Chemical ou #Sudanese_Army_Strikes_With_Chemical ont explosé sur les plateformes numériques, déclenchant une mobilisation sans précédent dans le monde arabe. L'indignation en ligne commence à percer et à se diffuser dans l'agenda médiatique et diplomatique.
Face à ces accusations, le refus obstiné du gouvernement soudanais d'autoriser des experts indépendants à enquêter renforce les soupçons. Si Khartoum n'avait rien à cacher, il lui suffirait de prouver son innocence. L'omerta ne fait que confirmer ce que les témoins dénoncent : des attaques chimiques visant des civils, des enfants, des femmes enceintes.
Cette pression commence à trouver un écho politique. Le « Quartet de Riyad » — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte et États-Unis — a publié une déclaration conjointe exigeant un cessez-le-feu, une transition vers un gouvernement civil et la fin des ingérences des groupes islamistes liés aux Frères musulmans. Washington est allé plus loin, sanctionnant le ministre soudanais des Finances Jibril Ibrahim et la milice extrémiste « Al-Baraa ibn Malik », accusée de recevoir le soutien des Gardiens de la révolution iraniens. L'accusation est lourde : derrière l'armée régulière se cacherait désormais une nébuleuse d'islamistes radicaux engagés dans une guerre par procuration qui n'en finit plus.
L'usage d'armes chimiques est une ligne rouge clair. Si la communauté internationale se tait, c'est tout le droit de la guerre qui vacille, et demain d'autres régimes pourraient croire que l'impensable est tolérable. Le Soudan, déjà plongé dans le chaos, risque alors de devenir l'épicentre d'une contagion régionale, où se mêleraient crimes de masse, terrorisme transnational et alliances toxiques avec l'Iran.
Il est urgent que des commissions d'enquête internationales indépendantes soient mandatées pour établir la vérité. Les réseaux sociaux, devenus tribunaux numériques de l'opinion, ne suffisent pas : ils alertent, mais c'est aux institutions de juger. Genève, La Haye et New York doivent s'en saisir, faute de quoi l'odeur persistante du gaz empoisonné ne restera pas confinée aux villages soudanais, mais imprégnera la conscience mondiale comme une défaite collective de l'humanité.
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Le Soudan n'est pas seulement un conflit de plus : il est actuellement le miroir de nos renoncements. Les armes chimiques y rappellent qu'au-delà des morts, ce sont les règles fondamentales de la civilisation qui sont en train de s'effondrer.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (équipe Sécurité Défense), à l'Institut d'études de géopolitique appliquée (IÉGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire géostratégique de Genève (Suisse).
Sébastien Boussois