OPINION. « Suppression de l'abattement de 10% sur l'impôt des retraités : pas de guerre des générations ! »
Serge Guérin

Photo d'illustration
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Si le déni du réel se porte encore bien en France, l'endettement et le poids des déficits publics inquiètent de plus en plus. On note même un certain consensus à ce propos... Ainsi selon une étude exclusive de Via Voice de juillet 2025 (selon la méthode des quotas et échantillon de 1000 personnes), 79,8 % des Français se disent inquiets du niveau d'endettement et 82,5 % de la hausse des déficits publics... Face à cette double angoisse, femmes et hommes réagissent pratiquement de la même manière. Il semblerait que les Français soient plus lucides que beaucoup de nos décideurs...
Certes en moyenne plus on prend de l'âge et plus l'appréhension augmente, mais aucune génération n'échappe à l'anxiété. Ainsi le niveau d'endettement inquiète 76,3 % des 25-34 ans et 87,8 % des plus de 65 ans. Un écart de 11,5 points entre les deux catégories d'âge.
Si parmi les personnes de 65 ans ou plus, 88,5 % s'effraient des déficits publics. Mais les 25-34 ans sont 80,3 % à partager le même sentiment. Un écart de 8 points.
Les différences ne sont finalement pas si importantes, ce qui montre un certain partage du diagnostic. Un partage que l'on ne retrouve pas sur les bancs de l'Assemblée...
Face à cette situation, la recherche de solutions pour réduire le déficit public est devenue presque un sport national. Chacun y va de sa recette magique. Et à chaque idée proposée ou tentative d'agir, des oppositions, plus ou moins corporatistes, se lèvent. Dans ce cadre, la proposition de suppression de l'abattement automatique de 10 % sur les revenus imposés des retraités par François Bayrou peut apparaitre comme un chiffon rouge pour les retraités et un signal de connivence adressé aux jeunes générations.
Après tout, les non-retraités, en particulier les jeunes, n'étant pas concernés, peuvent trouver l'idée bonne... En exclusivité l'institut Via Voice a demandé aux Français leur avis. Premier enseignement, dans aucune tranche d'âge, une majorité se dessine en faveur de cette suppression. Bien sûr plus l'âge avance et plus le refus augmente. Mais, en moyenne, seulement 20,5 % de la population serait d'accord pour cette suppression. Et plus de 72 % sont contre. Nous voilà aussi avec sujet où le taux de non-réponse apparaît particulièrement faible...
Les plus favorables à la suppression de l'abattement sont les 25-34 ans, avec 38, 8 %, devant les 18-24 ans (30,9 %). À l'inverse les plus de 65 ans sont tout juste 7,9 % à se déclarer d'accord. Et les 50-64 ans sont à peine plus favorables avec 11,9 %. Les retraités en tant que tels sont 8 % à être favorables à la disparition de l'abattement.
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Intéressant de remarquer que l'opposition entre les catégories d'âge n'est donc pas pas si marquée.
Signalons qu'en moyenne les femmes sont beaucoup moins favorables à la politique anti-abattement fiscal que les hommes : 18,1 % contre 23,1 %. Cinq points d'écart. L'écart est plus faible entre les catégories sociales (CSP) : les CSP+ sont favorables à 26,9 % et les CSP- à 23,8 %. Un écart de trois points.
Dans la même perspective, notons, que contrairement à bien de discours idéologiques prônant la guerre des générations l'opposition des âges concernant la situation économique du pays est pratiquement inexistante. Et que, même sur un sujet aussi brulant que les impôts, la confrontation des générations reste mesurée.
Ces réactions nuancées peuvent s'expliquer par de nombreuses hypothèses. En voici quelques-unes sous forme d'interrogation. Est-ce la traduction que de nombreux jeunes voient leurs parents et grands-parents se démener dans les difficultés et se sentent solidaires ? Est-ce lié au fait que bien des jeunes bénéficient de l'aide matérielle de leurs ascendants ? Est-ce la preuve du regard positif des Français concernant l'apport des retraités à la société ? Est-ce la manifestation d'un ras-le-bol fiscal, y compris des jeunes ? Est-ce une façon de valoriser le travail qu'ont effectué les retraités ?
Rappelons aussi qu'une large part de la population ne paie pas l'impôt sur le revenu et que les mécanismes économiques et fiscaux échappent largement à la compréhension des Français.
Reste que face à la dégradation de la situation économique, l'approche par la hausse de la fiscalité ne semble pas faire consensus. La pédagogie, la diminution du train de vie de l'État et une meilleure efficacité de la décision publique et des allocations de ressources, figurent, certainement, comme des pistes plus fécondes pour renverser la spirale du déclin.
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(*) Serge Guérin, sociologue professeur à l'Inseec GE, auteur de « Et si les vieux aussi sauvaient la planète ? »
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