OPINION. « Titane : l'aéronautique européenne face à la nouvelle donne géopolitique »
Américo Jost et Olivier Sueur

Photo d'illustration
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Américo Jost et Olivier Sueur

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Le saviez-vous ? Le titane, c'est 15% du poids total d'un Airbus A350. Donc l'ingrédient stratégique indispensable de toute la filière aéronautique européenne grâce à ses propriétés mécaniques incomparables et à sa résistance à la corrosion comme au feu. Point notable : on ne lui connaît pas d'alternative. Or, d'où provient-il ? Jusqu'en 2022, la Russie fournissait de l'ordre de 50% du titane utilisé par l'industrie aéronautique européenne.
La guerre en Ukraine a naturellement impliqué une diversification rapide et nécessairement coûteuse pour éviter des ruptures d'approvisionnement aux lourdes conséquences industrielles : les Etats-Unis sont devenus le premier fournisseur dans un contexte de doublement des prix en cinq ans. Au vu de la profonde révision de la posture américaine sous la présidence Trump 2, l'industrie aéronautique européenne y gagne-t-elle une plus grande sécurité ?
Les actions engagées par le gouvernement comme par Airbus tendent à démontrer le contraire : si l'expédient américain avait vocation à pallier au court terme, il importe de dégager des solutions plus pérennes. A cet effet, l'Elysée déploie une politique active en direction de l'Asie centrale avec la réception par le président Macron de ses homologues kazakh en novembre 2024 puis ouzbek en mars 2025. Elle débouche sur l'annonce d'investissements dans les matières premières critiques lors du premier sommet entre l'Union européenne et l'Asie centrale le 4 avril 2025.
Côté industriels, Airbus, dont le besoin est de 10.000 tonnes par an, a signé en avril 2025 un accord majeur d'approvisionnement en titane avec l'Arabie saoudite pour un montant de 585 millions d'euros afin de diversifier ses sources d'approvisionnement et de réduire sa vulnérabilité aux tensions géopolitiques, l'exploitation étant réalisée de manière conjointe par les Saoudiens et les Japonais. La découverte du plus important gisement potentiel de titane au monde en Australie-Occidentale en avril 2025 ouvre de nouvelles perspectives.
Pour autant, cela résout-il le problème européen alors que le titane est stratégique dans la compétition de puissances et que les chaînes d'approvisionnement sont dépendantes des routes maritimes ? Pour mémoire, le titane représente 20% du poids d'un chasseur F-35 et est classé comme le 26e minerai le plus critique par l'administration américaine : la demande liée à la défense, tirée aussi par l'essor des drones de combat, augmente et entre en concurrence avec l'aviation civile. En Europe, seule la Norvège est un producteur significatif, mais l'Ukraine dispose de vastes réserves minérales inexploitées. Les Etats-Unis ne s'y sont d'ailleurs pas trompés en signant le 30 avril dernier le fameux accord sur leur exploitation. Le titane se recyclant très bien, la Commission européenne propose de
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développer industriellement cette approche en y associant l'écosystème ukrainien et un financement public-privé en application du règlement européen sur les matières premières critiques adopté le 18 mars 2024. Comment la filière aéronautique européenne, qui est duale civile et militaire, peut-elle s'en saisir pour gagner en résilience et amortir les chocs ?
On le voit à travers le cas du titane, la nouvelle donne géopolitique implique pour les entreprises aéronautiques européennes de modifier leurs stratégies industrielles. La modélisation des vulnérabilités et la détection des signaux d'alerte, le rééquilibrage entre économies et résilience dans les arbitrages, l'intégration du recyclage dès l'amont de la chaîne de valeur sont autant de chemins vers des approvisionnements plus robustes et flexibles. Les autorités nationales et européennes semblent prêtes à y contribuer. L'Ukraine ne demande qu'à y être associée. En jouant finement, les industriels européens sont à même de transformer un risque opérationnel en avantage compétitif.
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(*) Olivier Sueur est Senior Advisor chez Mews Partners, où il accompagne les organisations dans leurs réflexions stratégiques, leurs dynamiques de résilience et leurs projets de transformation. Fort de 20 ans d'expérience dans le secteur public, le conseil privé et les organisations internationales (OTAN, UE, ONU), il a développé une expertise en affaires publiques, gestion de crise, négociation et conduite du changement.Diplômé de l'ENA (2004, promotion Senghor) et d'un MBA de l'université Paris-Sorbonne, la gestion de la complexité et la réduction de l'incertitude sont au cœur de son expertise.
Américo Jost est Partner chez Mews Partners. Spécialiste des enjeux supply chain, logistique et performance manufacturing, Américo guide les entreprises dans l'optimisation de leurs réseaux industriels. Diplômé de l'Université pontificale catholique de Rio de Janeiro, il a débuté sa carrière comme ingénieur, notamment chez Airbus, avant de s'orienter dans le conseil, où il intervient depuis plus de 17 ans, principalement dans le secteur aéronautique.
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