OPINION. « Trump : l'impératif diplomatique des entreprises »
Marion Darrieutort

Photo d'illustration
DR
Marion Darrieutort

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Ces derniers jours, de nombreuses entreprises françaises ont reçu un courrier de l'ambassade américaine les interrogeant sur leurs programmes internes en matière de lutte contre les discriminations. Une ambassade qui écrit à des entreprises. Nouvelle illustration d'un monde en pleine ébullition.
Tensions commerciales accrues, guerres aux portes de l'Europe, rivalités technologiques et énergétiques, sanctions internationales qui se multiplient... Partout, la géopolitique redessine les règles du jeu économique. Et pourtant, dans de nombreuses entreprises, ces bouleversements restent traités de manière marginale, confiés à des consultants externes ou dilués dans des fonctions éclatées. Or, les instabilités géopolitiques font désormais partie des risques majeurs à court et moyen terme. La saison des assemblées générales va s'ouvrir et le sujet sera encore au cœur des débats. Clairement et simplement : la diplomatie ne peut plus être l'angle mort des stratégies d'entreprise.
Hier simples acteurs économiques, les entreprises constituent aujourd'hui des outils de puissance dans la rivalité entre États. L'interdiction faite à Nvidia de vendre ses puces avancées à la Chine, les tensions autour des chaînes d'approvisionnement stratégiques, les injonctions politiques pesant sur les multinationales du numérique ou de l'énergie : autant d'exemples qui illustrent à quel point les décisions internationales impactent directement l'activité des entreprises. Dans ce monde en recomposition, le risque n'est pas seulement de subir. C'est aussi de se voir instrumentalisé. La guerre en Ukraine et les conflits au Moyen-Orient ont montré que la neutralité commerciale n'était plus tenable et contraignaient les entreprises à ajuster leurs positions en fonction des impératifs géopolitiques.
Face à cette nouvelle donne, une question essentielle demeure : qui, au sein des entreprises, est véritablement responsable de ces sujets ? Les directions des affaires publiques se concentrent sur le lobbying législatif. Les départements de gestion des risques interviennent souvent a posteriori, une fois la crise survenue. Mais qui anticipe les chocs géopolitiques ? Qui construit une vision stratégique des rapports de force internationaux ? Qui, surtout, traduit ces tensions en éléments concrets pour les activités et les intérêts de l'entreprise ?
Il est temps de structurer une véritable diplomatie d'entreprise. Comme les États qui disposent d'ambassadeurs, les grandes entreprises devraient se doter de Chief Diplomacy Officers (CDO). Leur rôle ? Comprendre et anticiper les dynamiques géopolitiques, évaluer leur impact sur l'entreprise, nouer des relations avec les acteurs clés - États, institutions internationales, organisations sectorielles - et intégrer ces paramètres dans la stratégie d'entreprise.
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Dans un monde où les tensions politiques et économiques s'entremêlent, l'entreprise qui saura lire ces dynamiques avant les autres prendra une longueur d'avance. Se doter d'une diplomatie interne, ce n'est pas seulement réduire l'incertitude, c'est aussi ouvrir des opportunités : nouveaux marchés, sécurisation des chaînes d'approvisionnement et capacité d'influence renforcée.
Chacun sent bien que dans cette nouvelle ère, les règles vont évoluer. Aussi, il devient primordial de penser l'entreprise avec un pas de côté. Ce pas de côté qui la considère comme plus grande qu'elle-même avec un champ d'action élargi. Parce que comme les questions sociales, environnementales, cyber et sociétales avant elles, les questions diplomatiques sont désormais au cœur des interpellations. Se mouvoir dans le monde économique actuel sans nommer un responsable, qu'on le nomme Chief Diplomacy Officer ou non, constitue une erreur stratégique majeure. Une erreur dans la conduite des affaires, car les questions diplomatiques impactent directement et significativement les affaires. Sans vision diplomatique, les entreprises prennent le risque d'être aveugles aux évolutions du monde et donc de son économie. Sans action diplomatique, elles prennent le risque de subir les aléas des bouleversements politiques qui bouleversent les dimensions économiques et sociales. Jamais, peut-être, cet enjeu n'a jamais été aussi puissant. Jamais, peut-être, cette question n'a été aussi importante pour décider de sa stratégie à moyen et long terme.
Il y a urgence.
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(*) Marion Darrieutort est la fondatrice et CEO de The Arcane. En 2008, elle a créé l'agence ELAN, qui a redéfini les relations publiques en intégrant l'impact des réseaux sociaux. En 2021, elle a fondé The Arcane, qui conseille les dirigeants et leurs équipes avec une approche sur-mesure. Marion Darrieutort a été nommée "Entrepreneur.euse de l'année" par le magazine Stratégies en 2023 et a reçu l'Ordre national du Mérite pour sa carrière remarquable.
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