OPINION. « Uranium : un marché dynamique et une prépondérance russe »
Charaf Louhmadi

Photo d'illustration
DR
Charaf Louhmadi

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L'Uranium est le seul atome qui existe à l'état naturel et qui est fissible, c'est-à-dire apte à libérer des neutrons et donc une réaction en chaîne dans le cadre d'une fission nucléaire. Les autres atomes fissibles sont ceux du bas du tableau périodique et aucun d'entre eux, à l'exception de l'uranium n'existe dans la nature. Le plutonium est par exemple fabriqué en laboratoire.
Dans les années 1940, une découverte scientifique particulièrement centrale en physique nucléaire a vu le jour et explique que l'isotope 235 de l'Uranium est fissile contrairement à l'isotope 238. On rappelle que deux isotopes d'un même atome contiennent un nombre de neutrons différents.
L'uranium est plutôt abondant dans la nature, environ 40 fois plus présent que l'argent et 500 fois plus que l'or. On le retrouve dans des minerais comme la pechblende ou encore dans la roche phosphatée. Dans la pratique, on utilise une série de réactions chimiques avant d'obtenir ce que l'on appelle du « Yellow Cake » soit de l'U3O8.
L'uranium existe dans la nature sous trois isotopes, l'uranimum-238, le plus abondant (plus de 99%) et n'est pas fissile à l'inverse de l'Uranium-235 (environ 0,7%), isotope fissile et recherché. On enrichit un stock d'uranium lorsqu'on y augmente la teneur en uranium-235. L'isotope U-234 existe également mais à des quantités infimes (<0,01%) et résulte de la désintégration de l'uranium-238.
Il existe deux types d'uranium enrichi :
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On dénombre de nombreuses techniques d'enrichissement :
D'autres techniques expérimentales existent, cependant elles sont rarement utilisées, comme :
L'uranium enrichi est transformé ensuite en dioxyde d'uranium UO2 sous forme solide et injecté dans les combustibles des réacteurs.
A titre de comparaison, 1Kg d'uranium libère environ deux mille milliards fois plus qu'1Kg de pétrole (1,95*1012), en effet l'énergie libérée par 1Kg d'uranium à travers la fission nucléaire est de 8,2×1019joules versus 42×106J (ou 42 mégajoules) pour 1kg de combustion chimique du pétrole.
Si l'on exclut, de par la complexité et le coût significatif d'extraction, les quantités impressionnantes d'uranium contenues dans la roche phosphatée, les réserves mondiales d'uranium se répartissent comme suit :
Le Kazakhstan est malgré cette répartition le premier producteur d'uranium (43% du marché mondial) car l'extraction y est plus simple et moins onéreuse. L'Australie ne produit que 8% des parts du marché. L'uranium russe est difficile d'accès et situé en grande partie en Sibérie ce qui rend complexe et coûteux la mise en place d'usines et d'installations d'extraction.
En ce qui concerne la demande mondiale en uranium, celle-ci monte en flèche à telle point qu'elle devrait doubler d'ici 2030. Le prix de l'Uranium a quadruplé entre (début) 2020 et (début) 2024, en passant de 25$ l'once à plus de 100$ (début 2024).
Les Etats-Unis sont le pays qui compte le plus de centrales nucléaires au monde, 19% de l'électricité y est générée à partir de l'énergie nucléaire. On y retrouve des gisements d'uranium notamment dans l'Etat du Colorado.
La Russie (à travers Rosatom) domine le marché mondial de l'uranium enrichi (46% de parts de marché), suivie par l'entreprise anglo-germano-néerlandaise Urenco (30% du marché mondial), puis de l'entreprise publique française Orano (12%) et enfin le chinois CNNC (11%). Les américains sont visiblement distancés.
Face à la percée technologique russe, cinq pays du G7 ont uni leurs efforts pour sécuriser l'approvisionnement mondial en combustible nucléaire ; en l'occurrence les Etats-Unis, la France, le Japon, le Canada et le Royaume-Uni qui ont lancé en 2023 « Sapporo 5 » lors de la COP 28 à Dubaï. A l'échelle européenne, la France est un acteur influent du nucléaire ; Il existe 101 centrales nucléaires au sein des pays membres de l'UE dont 57 exclusivement en France.
L'entreprise Rosatom, un Etat dans l'Etat, est un acteur mondial du nucléaire et présente dans de nombreux pays. Elle compte plusieurs centaines de milliers de salariés dans le monde (plus de 400 000 salariés en 2023) et a généré un chiffre d'affaires de 26 milliards d'euros en 2023. Rosatom est l'un des leaders mondiaux d'uranium enrichi et livre régulièrement des quantités significatives aux pays de l'Union européenne ainsi qu'aux Etats-Unis.
Rosatom accentue l'influence géopolitique russe, des centrales ont déjà été construites dans différents pays : Biélorussie, Bangladesh, Chine, Hongrie, Inde et Turquie. Des projets de centrales sont en cours de construction en Egypte, en Ouzbékistan et au Vietnam. Le combustible utilisé est de forme hexagonale, une technologie exclusivement russe, qui crée une dépendance technologique de ces pays vis-à-vis du Kremlin.
La Russie produit des réacteurs SMR optimisés dont le coût de construction est largement moins élevé par rapport aux centrales classiques qui coûtent généralement plusieurs milliards d'euros. La durée de construction est également réduite et par conséquent optimale. En outre, les centrales SMR russes disposent de caractéristiques relativement plus intéressantes d'un point de vue rendement énergétique.
Rosatom, à travers sa filiale Uranium One, est devenu propriétaire et a exploité durant des années des gisements majeurs d'Uranium au Kazakhstan, notament celui de Budenovskoye, l'un des plus grands au monde. Avec ce contrat d'acquisition et d'exploitation, la Russie est devenue le deuxième producteur mondial d'Uranium.
Comme les mines d'uranium russes sont difficile d'accès, la Russie a choisi d'acquérir à travers Rosatom et sa filiale Uranium One, des gisements d'Uranium aux quatre coins du globe. De surcroît, Rosatom s'est également accaparée d'importantes parts de marché d'acheminent d'uranium. Cette prépondérance du nucléaire russe est un moyen de pression particulièrement efficace que peut utiliser à tout moment le kremlin. Etant donné la prépondérance mondiale de Rosatom et la dépendance de ces partenaires commerciaux, l'uranium russe n'est même pas assujetti aux sanctions internationales (USA & UE) et ce malgré la guerre en cours en Ukraine.
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(*) Charaf Louhmadi est ingénieur financier, consultant, chroniqueur et auteur d'ouvrages dont « Fragments d'histoire des crises financières », « Voyage au pays des nombres premiers » et « Trajectoires de pensées ».
Charaf Louhmadi