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Infrastructures - La Tribune Bordeaux

Quel est l'impact du stade Matmut Atlantique sur l'économie locale ?

Pierre Cheminade

Publié le 28 novembre 2019 à 11:02 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 00:14

Le concert de Muse, le 16 juillet 2019, a réuni près de 40.000 spectateurs au stade Matmut Atlantique de Bordeaux.

Le concert de Muse, le 16 juillet 2019, a réuni près de 40.000 spectateurs au stade Matmut Atlantique de Bordeaux.

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SBA, la société gestionnaire du stade, a commandé une étude pour mettre en avant son ruissellement sur l'économie de la métropole bordelaise. Les demi-finales du Top 14 et les deux concerts organisés en 2019 ont ainsi généré 21,6 M€ de retombées économiques. En extrapolant ce résultat depuis 2015, le total grimpe à 209 M€. Cependant, le Matmut Atlantique reste structurellement déficitaire et aucun horizon n'est évoqué pour atteindre l'équilibre.

A défaut de générer des bénéfices, SBA commande des études d'impact. La filiale de Vinci et Fayat, chargée de l'exploitation du Matmut Atlantique pour le compte de Bordeaux Métropole jusqu'en 2045, a ainsi mandaté la Chambre de commerce et d'industrie Bordeaux Gironde pour mesurer l'impact économique local des quatre grands évènements organisés dans le stade par SBA en 2019, c'est-à-dire hors rencontres des Girondins de Bordeaux. Il s'agit des deux demi-finales de Top 14 de rugby (8 et 9 juin 2019) et des concerts d'Ed Sheeran (29 mai) et de Muse (16 juillet).

Top 14 : 15 M€ d'impact Bordeaux, 21,2 M€ à Marseille

L'impact global de ces quatre évènements est évalué par la CCI à 21,6 M€ pour l'économie locale sur le territoire de Bordeaux Métropole avec un panier moyen de 66 € par jour et par spectateur pour les matchs de rugby et de 50 € par jour et par spectateur pour les concerts. Avec plus de 4.500 personnes mobilisées lors de ces évènements, la CCI chiffre à 85 équivalents temps plein le nombre d'emplois ainsi créés.

A titre de comparaison, à Marseille, en 2017, l'impact économique des 129.000 spectateurs des demi-finales du Top 14 avait été évalué à 21,2 M€ avec un panier moyen de 72 € par jour et par personne contre environ 15 M€ à Bordeaux avec un panier moyen de 66 € par jour et par personne pour les 84.000 spectateurs. Dans les deux cas, 88 % des spectateurs ne résidaient pas sur le territoire métropolitain mais ils sont restés 2,7 jours en moyenne à Marseille et 2,1 jours à Bordeaux, notamment du fait de la proximité géographique de Bordeaux avec Toulouse et La Rochelle, l'une des deux affiches.

209,1 M€ de retombées économiques depuis mi-2015

Quoi qu'il en soit, ces résultats, obtenus notamment en interrogeant 674 spectateurs en 2019, ont ensuite été extrapolés à l'ensemble des 27 évènements organisés par SBA depuis la mise en service du stade en 2015. Cela permet d'aboutir, avec les précautions de rigueur liées à ce type d'études (*), à l'estimation suivante : 209,1 M€ de surcroît d'activité économique générés pour le territoire métropolitain par les évènements suivants :

SBA Matmut Atlantique
Photo d'illustration (Crédits : CCI Bordeau Gironde)

Christophe Pierrel, le président de SBA, qui a commandé cette étude juste après son arrivée au printemps dernier, se félicite bien évidemment de ces conclusions :

"Le Matmut a trouvé sa place et est bien implanté dans son territoire. Je compare le coût de construction du stade de 220 M€ à ces retombées économiques locales qui sont déjà de 209 M€ en moins de cinq ans d'exploitation. C'est symbolique mais d'une certaine façon le stade est déjà remboursé. Il est utile à l'emploi et et à l'économie locale."

Même satisfaction du côte de Nicolas Florian, le maire de Bordeaux : "Ces résultats objectifs me confortent dans l'idée qu'on a bien fait de construire ce stade à Bordeaux. Le tissu économique bénéficie de cet investissement qui est amorti par les retombées économiques pour les entreprises et l'emploi."

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Un fonctionnement structurellement déficitaire

Voilà pour les bonnes nouvelles. Pour le reste, l'exploitation du stade par SBA reste largement et structurellement déficitaire avec des pertes nettes cumulées qui atteignent 13,6 M€ à fin 2018 et qui devrait dépasser les 15 M€ à fin 2019. "L'année 2019 sera meilleure que 2018 qui a été meilleure que 2017 [-3,04 M€ Vs -3,34 M€, NDLR]. On est sur le bon chemin mais de là à vous dire qu'on sera à l'équilibre un jour, la question est plus compliquée. Mais c'est du ressort des actionnaires qui sont responsables, assument et ne demandent rien. Les frais de personnel et de structures ont été mal évalués au départ. Oui, et alors ? Tout ça ne change rien aux quotidiens des Bordelais, ce contrat est très protecteur du contribuable", répond Christophe Pierrel. Le modèle financier initial, manifestement sous-évalué bien que personne ne se l'explique, prévoyait un équilibre financier en 2024. Désormais, SBA ne se risque pas à donner ses prévisions actualisées.

"La résorption du déficit de SBA reposera sur la capacité de la société à poursuivre ses efforts de réduction de coûts et de développement de recettes et à renégocier le contrat d'exploitation du stade avec les collectivités", écrit pourtant, noir sur blanc, SBA dans l'annexe transmise au commissaire aux comptes pour l'exercice 2018. Le contrat prévoit une clause quinquennale de revoyure qui permettra d'ouvrir des discussions formelles avec Bordeaux Métropole à l'été 2020. Mais le président de SBA promet que "l'idée n'est pas d'aller demander de l'argent public supplémentaire. C'est à nous de faire des efforts. On regardera ensemble le contrat mais la ville fera ce qu'elle veut in fine." En face, Nicolas Florian, maire de Bordeaux et vice-président de la Métropole, se montre en effet très ferme :

"Il y a un sujet pour SBA sur le plan financier, c'est évident, mais la ville a signé un bon contrat et a fait une bonne affaire. Il faut que SBA s'inscrive dans un tendanciel de croissance plutôt que sur ce statu quo et, de notre côté, nous serons vigilants sur la maintenance et le renouvellement. Mais, c'est très clair : le contrat est signé et les montants des loyers et des redevances versés par Bordeaux Métropole à SBA ne changeront pas."

Une relation triangulaire destructrice

Pour Christophe Pierrel les sources de cette exploitation déficitaire sont à rechercher du côté de la configuration triangulaire entre la métropole, SBA et le club résident des Girondins de Bordeaux : "C'est une relation qui est plus destructrice que créatrice de valeur. Nous devons davantage aligner les intérêts entre SBA et les Girondins, c'est dans cette direction qu'il faut travailler."

Cela pourrait se traduire par une révision des tarifs et des prestations, un partage des recettes mais aussi par une collaboration plus étroite sur le plan logistique pour permettre à SBA d'organiser d'avantages de séminaires d'entreprises la veille et le lendemain des rencontres des Girondins. Car, alors même que chacun a impérativement besoin de l'autre, plus les Girondins jouent de matchs, plus SBA risque de perdre de l'argent. Ainsi, paradoxalement, une qualification du club en Coupe d'Europe ne serait absolument pas une bonne nouvelle pour l'exploitant et encore moins en passant par les tours préliminaires qui se jouent au cœur de l'été, période prisée pour les concerts.

Du côté des recettes tirées des grands évènements, SBA peut ainsi espérer organiser trois voire quatre concerts les bonnes années mais pas plus. Et les demi-finales du Top 14 ne reviendront pas tous les ans. Pour l'heure, Paul McCartney viendra jouer au Matmut le 31 mai 2020. SBA espère convaincre d'autres artistes internationaux tout en travaillant à l'accueil de la Coupe du monde de rugby en 2023 et d'épreuves des Jeux olympiques de Paris en 2024. "Le Matmut a démontré son savoir-faire et sa capacité à accueillir de grandes rencontres sportives et des concerts internationaux. Les retours sont très bons", souligne Christophe Pierrel.

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(*) L'étude bordelaise a choisi d'appliquer un coefficient multiplicateur des dépenses de 1,4, contre 1,3 à Marseille, puis de majorer le tout forfaitairement de 15 % pour prendre en compte les dépenses des équipes et des staffs, celles des spectateurs VIP et le surplus de dépenses des spectateurs locaux. Toujours à titre de comparaison, à Marseille, l'impact VIP a été mesuré à 8 % et celui des équipes et de leur staff à 1,3 % tandis que le surplus de dépenses locales n'a pas été intégré au calcul.

Pierre Cheminade

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