Après l’A69, la LGV Bordeaux-Toulouse face au risque de suspension

Maxime Giraudeau

Au sud de Bordeaux, SNCF Réseau veut construire une nouvelle voie ferrée sur 12 kms.
MG / La Tribune

Maxime Giraudeau

Au sud de Bordeaux, SNCF Réseau veut construire une nouvelle voie ferrée sur 12 kms.
MG / La Tribune
Tronçonner le projet pour mieux le faire avancer. C'est toute la stratégie de SNCF Réseau depuis le retour de la LGV Bordeaux-Toulouse en 2021. Le projet de ligne ferroviaire de 220 kilomètres est revenu sur la table non pas en une, mais en trois phases. Une nouvelle voie ferroviaire au nord de Toulouse d'abord, déjà lancée, une autre au sud de Bordeaux puis, entre les deux, une infrastructure à grande vitesse dont le chantier n'a pas démarré. Mais le tronçonnage voulu par l'opérateur ferroviaire n'aide pas à aller plus vite.
Les aménagements ferroviaires autour des deux métropoles font l'objet de recours devant la justice et sont vivement contestés, comme le montre l'enquête publique menée l'été dernier avec 92 % d'avis hostiles. Si SNCF Réseau, maître d'ouvrage, et l'Etat les présentent comme des briques essentielles pour développer les trains métropolitains et régionaux, les opposants accusent la société publique de donner un boulevard à la grande vitesse seulement.
Voilà pourquoi la juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux examinait ce 4 avril la requête des associations anti-LGV, qui réclament l'interruption des travaux démarrés à l'automne. La procédure en référé-suspension avait également été utilisée par les opposants à l'A69, avant l'arrêt du chantier finalement prononcé par le tribunal administratif de Toulouse. Pour SNCF Réseau, une suspension coûterait 120 à 160 millions d'euros et retarderait le projet de deux à trois ans.
Pour motiver leur demande, les requérants, représentés par leurs deux avocates, ont invoqué deux grands arguments : les deux voies existantes au sud de Bordeaux auraient la capacité d'accueillir tous les flux attendus et leur capacité pourrait être augmentée en remplaçant seulement le système de signalisation. La troisième voie ferroviaire sur 12 kms, qui doit être déployée après huit ans de travaux pour un coût d'1 milliard d'euros, serait donc inutile et ne pourrait pas faire l'objet d'une raison impérative d'intérêt public majeur. Un caractère indispensable à obtenir pour pouvoir détruire les habitats d'espèces protégées.
« La poursuite du chantier va générer un risque financier colossal. Il faut s'arrêter maintenant plutôt que dans un an et demi [...] pour éviter de se retrouver dans la situation de l'A69 ou de la déviation de Beynac », plaide Me Caroline Facelina-Tabard. L'audience au fond est attendue pour 2026 voire 2027. Mais déjà, cette première joute de prétoire a remis en lumière les mécaniques d'opposition des associations environnementales. Avec des attaques ciblées sur le manque d'actualisation des données de la SNCF, les lacunes en matière d'étude des alternatives au projet et l'impact sur le Vison d'Europe, une espèce protégée.
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Les avocats de SNCF Réseau et de la préfecture de Gironde maintiennent que la raison impérative d'intérêt public majeur ne saurait être remise en question. « Les AFSB [Aménagements ferroviaires au sud de Bordeaux, ndlr] ont été conçus pour répondre à la problématique de la desserte de Bordeaux » face à une situation de « saturation ferroviaire », rappelle Me Pascale Pessoa, avocate de SNCF Réseau. « Pour parvenir aux objectifs bas carbone de la France, il va falloir renforcer la capacité du réseau », ajoute-t-elle. Ce qui ramène à la question : faut-il construire de nouvelles infrastructures ou rénover les existantes pour y parvenir ?
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Le tribunal administratif de Bordeaux rendra sa décision la semaine prochaine. Avant lui, le Conseil national de protection de la nature, l'Autorité environnementale et des parlementaires de tous bords ont demandé au maître d'ouvrage de mieux justifier le caractère impératif de l'aménagement avant d'entamer les opérations. Le jugement dira en quelque sorte si l'entreprise ferroviaire a répondu ou non à toutes les doléances adressées.
Maxime Giraudeau