EXCLUSIF. Pour réalimenter le fleuve Charente, des collectivités réfléchissent à dévier des eaux de la Dordogne. Les barrages hydroélectriques et la centrale nucléaire de Civaux seraient impactés, obligeant EDF à réclamer des compensations financières.L'eau n'appartient à personne. Mais partout, on cherche à se l'accaparer. Des mégabassines du Poitou-Charentes aux industries sur la Garonne, l'or bleu fait tourner l'économie... et aussi les centrales hydroélectriques. Alors quand un grand projet vise à détourner 30 millions de mètres cubes du bassin de la Dordogne, EDF a de quoi s'alarmer.
Cette déviation est imaginée par le département de la Corrèze afin de réalimenter, à 200 kilomètres à l'ouest, le fleuve Charente, victime de sécheresses accrues et dépourvu de grands barrages pour soutenir son débit en été. Encore au stade d'étude, l'infrastructure consisterait à puiser de l'eau sur le bassin-versant de la Dordogne, soit dans le grand barrage de Bort-les-Orgues soit dans une nouvelle retenue à ériger.
Des millions d'euros de compensation annuelle
Tous les volumes d'eau détournés de l'amont du fleuve Dordogne constituent autant d'énergie électrique qui ne sera pas produite... multipliée par le nombre de centrales esquivées. A partir de Bort-les-Orgues, la Dordogne compte huit ouvrages hydroélectriques. Tous appartiennent à EDF, sauf le barrage de Marèges, propriété de la Shem, filiale d'Engie.
Le rapport intermédiaire de Rives et eaux du Sud-Ouest, qui réalise l'étude d'opportunité, indique que tout mètre cube d'eau dévié en amont de la Dordogne représentera une perte de production électrique de 2 à 5 kilowattheures pour EDF, soit un manque à gagner de 20 à 50 centimes d'euros. Au total, les documents consultés par La Tribune évoquent 2 à 4 millions d'euros à verser chaque année à l'opérateur public. De quoi alourdir la facture d'un projet déjà hors de prix pour les trois départements qui l'étudient.
Nicolas Beublet et Maxime Giraudeau