Elmar Mock : "La créativité, c'est du sexe sans lendemain"
Steven Dolbeau
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Acteurs de l'économie - La Tribune. Elmar Mock, vous avez une longue carrière d'innovateur. A ce titre, vous venez d'être nominé par l'Office européen des brevets pour le prix de l'inventeur européen. Pour vous, innover, c'est quoi ?
Elmar Mock. Le terme innovation est devenu galvaudé. Les gens qui ont changé la couleur d'un objet vous disent désormais qu'ils ont innové... C'est pour cette raison que je me définis plus comme un inventeur professionnel que comme un innovateur.
Il convient d'observer précisément la définition de l'innovation. Par exemple, ce qu'on appelle "l'innovation incrémentale", est en réalité de la rénovation : on améliore petit à petit un objet donné. 91 % de l'effort en R&D des entreprises sont des efforts d'amélioration. Mais l'innovation, c'est autre chose. Disruption, innovation de rupture, etc. Elle induit un changement de paradigme : l'avenir n'est plus dans la continuité du passé.
Entre innovation de rupture et innovation incrémentale, on a donc bien deux mondes qui s'opposent. Aujourd'hui, les entreprises fonctionnent comme des voitures. Pour se rassurer, elles suivent leur GPS. Mais pour innover, il faut accepter de rentrer dans un labyrinthe qui se construit pendant que l'on marche à l'intérieur. On innove lorsqu'on parvient à en sortir.
Dans ce cas, qu'est-ce qui caractérise un innovateur ?
J'ai constaté au terme de 40 ans de carrière d'inventeur, que "l'attitude" est souvent plus déterminante que "l'aptitude". Aujourd'hui, on est formé pour développer des aptitudes. Le problème, c'est que lorsque l'on sait trop faire, on ne sait plus créer.
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C'est une problématique que l'on retrouve beaucoup chez les artistes. Les plus grands - Picasso, Mozart, etc. - ont dû apprendre à se départir de la technique pour transcender leur art...
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Les arts sont une très bonne référence. L'exemple le plus frappant est sans doute la musique. La maîtrise d'un instrument requiert un travail extrêmement conséquent, sérieux et très normé. Elle demande une attitude très différente de ce l'on attend d'un compositeur. Pour autant, peut-on être compositeur si l'on ne sait pas jouer d'un instrument ?
Steven Dolbeau