Le groupe isérois doit accélérer sa mutation pour anticiper le choc climatique attendu pour les prochaines décennies. Alors que les trois quarts de son chiffre d'affaires sont encore assurés par les skis, l'entreprise accélère sa diversification pour accentuer sa présence sur les activités de montagne quatre saisons. Elle accentue également sa mue industrielle en lançant un ski innovant produit à Sallanches en Haute-Savoie, et recyclable à plus de 75%. Soit plus de 10 fois les performances affichées par ses skis conventionnels.Le nouveau président du groupe Rossignol, Vincent Wauters, n'en fait pas mystère : la fermeture des remontées mécaniques en France et en Europe en raison de la pandémie de Covid-19, n'a pas épargné le groupe isérois.
En mars 2021, à la clôture de son exercice, c'étaient 100 millions d'euros de chiffre d'affaires (soit une chute de 28% par rapport à l'exercice précédent) qui s'étaient envolés.
"Nous avons dû fermer des usines plusieurs mois, mettre nos équipes en chômage partiel, supprimer une centaine de postes en Isère(en raison du Covid mais aussi de l'évolution structurelle du marché NDLR)... L'équipe de direction a accepté par ailleurs de réduire son salaire".
L'année 2021 aura en revanche été beaucoup plus clémente. L'exercice qui sera clôturé à la fin de ce mois de mars affichera une belle remontada à +28% à périmètre constant.
"Nous avons récupéré 95% de notre activité pré-Covid avec un record aux Etats-Unis, au Canada, et, depuis septembre 2021 en Europe. C'est une belle récompense aux efforts fournis pendant cette période. Nous avons dû réaliser des économies mais nous avons choisi de ne pas couper dans le budget R&D et de travailler sur notre nouveau plan stratégique afin de préparer le rebond".
Ce rebond est amorcé, et il va même s'amplifier encore en 2022 : "nous sommes en bonne voie pour une année record même si le contexte actuel avec une inflation forte sur les approvisionnements laisse peser des incertitudes ", promet Vincent Wauters, nommé en février 2021 aux manettes du groupe détenu par le fonds norvégien Altor.
Au cœur de cette stratégie : le sujet du réchauffement climatique. Une question qui, au-delà des engagements personnels de ses salariés et de ses dirigeants (Vincent Wauters est signataire de la Convention des Entreprises pour le Climat), pourrait menacer sérieusement la pérennité d'une entreprise, dont 75% du chiffre d'affaires sont assurés par les ventes de skis et accessoires liés à cette pratique.
Même si celle-ci affiche 115 ans d'expérience et une notoriété qui n'est plus à démontrer.
Stéphanie Gallo Triouleyre