Rating social: Le mirage ?

Denis Lafay
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Copieusement relayé par les médias économiques au cours de l'hiver, l'âpre conflit qui a opposé Geneviève Ferone à Nicole Notat [Nicole Notat a décidé l'annulation - sans report - du rendez-vous établi dans le cadre du dossier, NDLR] aura eu le mérite d'exposer au grand jour l'activité encore confidentielle et balbutiante de la notation sociale (ou rating social). L'ancienne secrétaire générale de la CFDT avait scellé le ralliement de la Caisse d'Epargne et de la Caisse des dépôts et consignations, principaux actionnaires d'Arese, pour absorber l'agence de notation pionnière, la diluer dans la construction de sa propre structure Vigéo, et provoquer le départ de la fondatrice Geneviève Ferone. Une opération que nombre d'observateurs ont assimilée à un « putsch », déclarée « socialement peu responsable », et désignée coupable » d'avoir décapité de son expérience et de ses ressources humaines la seule structure d'envergure. « Un comble » pour une future société destinée à évaluer le comportement social, sociétal, et environnemental des entreprises... Reste que la cristallisation médiatique sur ces deux personnalités opportunément féminines aura eu pour effet d'obstruer le débat majeur : la crédibilité et l'avenir du rating social sont-ils usurpés ?
Première critique : les méthodes employées. Jugées peu transparentes, absconses, hétérogènes, elles ne satisfont guère les économistes qui stigmatisent la légèreté de l'investigation, l'étroitesse et la nébulosité des champs d'exploration. « Elles sont peu sérieuses » synthétise un universitaire que les relations professionnelles avec Vigéo contraignent à la confidentialité. Essentiellement fondées sur les déclarations des directions ou sur les informations publiques, parfois complétées d'interviews, « insuffisamment » calquées sur la réalité du terrain et rehaussées de quelques appréciations calées sur des normes internationales (OCDE, Banque mondiale...), ces méthodes apparaissent trop elliptiques et lapidaires pour opposer un jugement incontestable aux outils bien rôdés des entreprises. Les appréciations facturées aux agences de notation financière qui font le choix d'intégrer la donne sociale dans leur choix d'investissement sont-elles fiables ? « Il n'est pas crédible, comme Vigéo l'annonce, d'établir annuellement plus de 450 évaluations de qualité avec une équipe de quinze consultants dont on ignore par ailleurs le degré de compétences et d'expérience » estime un économiste. Les déclarations de Pierre Coppey, directeur de la communication et des ressources humaines de Vinci, sur le degré d'un auditeur de « feu » Arese sont significatives. Geneviève Ferone, qui, depuis sa disgrâce, a pris les commandes de l'agence CoreRatings, concède « que rien n'est jamais suffisant ». Or l'impatience grandit que des critères, - résumés par Raymond-Pierre Bodin « robustes, précis, clairs, admis par l'ensemble de la communauté financière et sociale » soient édictés. Pour ce docteur en sociologie qui dirigeait la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, il est urgent de remédier à l'opacité et d'élargir le spectre d'exploration - précarité, sous-traitance... - aux stakeholders. C'est même sur la capacité d'ingérer dans le jugement final « l'articulation de ces différentes composantes » - actionnaires, salariés, clients, fournisseurs, sous-traitants - et sur la délimitation du champ de responsabilités des entreprises que Charles-Henri d'Arcimoles, professeur en gestion de ressources humaines à la Sorbonne (Paris I), fonde en priorité la crédibilité du rating social.
Denis Lafay
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