Docteur en sociologie à l'Inria et directeur scientifique du LaborIA (programme étudiant les effets de l'intégration des systèmes d'IA dans des environnements de travail), Yann Ferguson consacre une large partie de ses travaux à l'éthique de l'intelligence artificielle (IA) et à ses effets sociétaux. Il est, à ce titre, expert au sein du partenariat mondial pour l'IA (Global Partnership on AI, GPAI), une initiative internationale et multipartite visant à guider le développement et l'utilisation responsables de l'IA. Dans le cadre de l'événement Cultive ta Data qui se tiendra au Domaine de Verchant à Castelnau-le-Lez (Hérault), il animera la keynote de clôture « Quand l'IA se met au travail ».
LA TRIBUNE - Six ans après le rapport Villani, la France se dote d'une nouvelle stratégie dans le domaine de l'IA. Pourquoi ?
Yann FERGUSON - Remis en mars 2018, le rapport Villani posait les bases de l'IA : fixer un cap industriel avec des secteurs prioritaires - santé, transport, cybersécurité et environnement -, donner un sens social pour que l'IA soit « capacitante » et inclusive, et démystifier l'IA. Cette volonté d'acculturer le grand public s'est d'ailleurs traduite par le lancement de quatre Instituts Interdisciplinaires d'Intelligence Artificielle (3IA, ndlr)... Mais depuis, un nouveau chapitre s'est ouvert avec, fin 2022 début 2023 : l'explosion auprès du grand public de l'IA générative, système générant des contenus originaux à partir d'une grande quantité de données absorbées (dont l'application emblématique est ChatGPT, NDLR). Cette accélération technologique ouvre des opportunités mais fait émerger de nouvelles préoccupations éthiques ou réglementaires. Le nouveau rapport (le 13 mars 2024, NDLR) de la Commission de l'IA contient 25 recommandations qui réactualisent le rapport Villani.