Pékin recherche les clés d'une relance par la consommation

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L'ouverture de la session de l'Assemblée nationale populaire demain en Chine va offrir aux hauts dirigeants du régime l'occasion d'afficher une confiance de façade en l'avenir. Mais le jeu sera très politique, dans le contexte d'une crise économique qui s'aggrave un peu partout dans le monde et à laquelle la Chine n'a pas échappé. Sa croissance a été divisée par deux au dernier trimestre 2008 à 6,8 %. Le régime en place, qui ne tire sa légitimité que de la prospérité qu'il est parvenu à apporter au pays ces dernières années, ne cache pas sa crainte de voir exploser les tensions sociales. Après le plan de relance annoncé à la fin de l'année dernière (584 milliards de dollars), le Parlement chinois, dont le poids dans la vie politique est très relatif, va devoir se pencher sur les nouvelles mesures que veut prendre le gouvernement pour remettre le pays sur les rails et assurer une croissance d'au moins 8 % cette année, seuil critique sur le plan social. Wen Jiabao, le Premier ministre, a promis des « mesures extraordinaires ». Parmi elles figurera une loi sur la sécurité sociale, dont l'ambitieux objectif est de garantir à tous les Chinois l'accès aux soins de base, à l'assurance pour le chômage, la retraite et les accidents du travail. Environ 80 % de la population en sont dépourvus et épargnent à haute dose (un quart des revenus) pour parer aux accidents de la vie au lieu de consommer. Au cours de la décennie écoulée les cordons de la bourse n'ont cessé de se resserrer, la consommation ayant reculé de 45 % à 35 % du PIB. Pour les dirigeants, l'instauration de filets de sécurité sociale répondrait, nul n'en doute, à de hautes préoccupations morales. Mais elle présenterait aussi l'avantage de lever un frein à la consommation intérieure au moment où le moteur des exportations tombe en panne.La prise de conscience grandit jour après jour. En janvier, le plan de relance ne prévoyait de consacrer à la santé qu'un pour-cent des dépenses. Mais dès janvier, le gouvernement a annoncé vouloir mobiliser 124 milliards de dollars sur trois ans pour réformer le système médical et de soins. À en croire un rapport de la « China development research foundation », il lui faudrait consacrer 379 milliards de dollars supplémentaires d'ici à 2012 pour espérer offrir un système de sécurité sociale de base couvrant toute la population, puis encore 837 milliards d'ici à 2020 pour peaufiner le système et intégrer d'autres volets (éducation, logements pour les bas salaires?). scepticismeDe telles ambitions laissent les spécialistes sceptiques. « Pour instaurer des filets de sécurité sociale, il a fallu au moins un siècle de mesures successives dans un pays comme la France », rappelle le chercheur Bruno Pallier. De plus, Pékin s'est montré discret sur la façon dont sera financée la future sécurité sociale et sur la mise à contribution des entreprises. Or, avec la crise, l'heure est à l'allégement de leurs charges. Les autorités viennent de les dispenser d'appliquer la loi sur le travail. Plus édifiant encore, certaines entreprises, comme China Power International Development, réduisent le salaire de leurs employés, cela alors que la part des salaires dans le PIB n'a cessé de diminuer ces dix dernières années, passant de 52 % à 40 %. La consommation n'est pas près de repartir.

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