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Point de vue Christian schmidt Professeur à l'université Pa...

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Publié le 25 mai 2009 à 23:37 - Mis à jour le 25 mai 2009 à 23:37

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Point de vue Christian schmidt Professeur à l'université Paris-Dauphine.La crise ravive les risques de guerreSi les conditions dans lesquelles la crise a éclaté et l'ampleur de ses manifestations ont pu surprendre, son déroulement, en revanche, a suivi, jusqu'à présent, les séquences attendues : choc financier, répercussions bancaires puis monétaires, transmission à l'économie réelle. Mais la crise contribue également à réactiver les tensions géopolitiques.Au moment où les économistes scrutent les signes avant-coureurs de reprise, il est urgent de rappeler que l'enchaînement des phénomènes qui caractérisent la crise n'est pas achevé. Après les finances, puis l'économie, c'est au tour du social et peut-être à la politique d'être touchés. À l'évidence, la coïncidence d'un rebond des marchés financiers avec une hausse du chômage et une baisse régulière du pouvoir d'achat ne peuvent qu'aggraver les conflits sociaux dans notre pays.Qu'en est-il au niveau international ? Aux marches de la Russie, de la Moldavie au Turkménistan, les signes de tensions ne manquent pas. Les relations entre la Russie et l'Otan se sont crispées. La Corée du Nord a rappelé sa différence au moment du sommet de l'Otan. Bangkok et Tananarive viennent de connaître des heures difficiles. Chacun de ces événements a ses causes propres. Néanmoins, la crise économique et financière contribue à aggraver les risques de conflits intérieurs dans des pays déjà politiquement fragilisés et à réactiver les fractures géopolitiques. Il reste à comprendre si ? et comment ? cette mondialisation de l'économie facilite leur mise en relation.Le passage de la dimension économique à la dimension politique se révèle plus difficile à prévoir que celui de la sphère financière à la sphère réelle. Tant qu'il s'agit de phénomènes économiques, on dispose à la fois d'une boussole (les théories économiques) et d'une mémoire statistique (l'historique des crises passées). L'articulation des événements politiques aux données économiques est une opération plus délicate ; même si une branche de l'analyse économique s'emploie aujourd'hui à redécouvrir l'« économie politique » avec de nouveaux outils. Pour autant, le sujet des liens entre les fluctuations économiques et la violence politique sous ses différentes formes, en particulier meurtrières, n'est pas neuf. Kondratieff, le père des cycles longs, abordait déjà la question en 1925. Chose étrange, les constats de longue période formulés à cette époque par l'économiste russe apparaîtraient plutôt rassurants pour notre avenir proche. Sur la base d'observations portant sur un peu plus de deux mouvements de longue période (environ cinquante ans), il notait, en effet, que les guerres, les révolutions et autres événements politiques de grande ampleur éclataient en plus grand nombre durant les phases d'expansion que dans celles de dépression. Depuis lors, des travaux, en particulier ceux de Goldstein aux États-Unis, semblent avoir établi qu'il existait également de grands cycles de guerres, ce qui pose la question des relations entre les cycles économiques et ces cycles de guerres.Les réponses proposées par ces chercheurs sont, cette fois, moins rassurantes. Elles retiennent l'importance du rôle joué par les salaires réels dans cette transmission. Dans le passé, les vagues d'expansion étaient le plus souvent accompagnées, au moins en fin de période, d'une baisse des salaires réels susceptible d'enclencher conflits politiques et guerres. Nous savons qu'aujourd'hui cette relation inverse entre la croissance économique et les salaires réels n'est plus observée, en raison notamment de la modération des prix qu'entraîne la concurrence internationale. Mais c'est alors la dépression et, plus encore, la récession mondiale qui risquent désormais d'engendrer des troubles internationaux. Par le passé, les récessions s'accompagnaient d'une forte baisse des prix, qui entraînait dans son sillage la remontée des salaires réels. Tel ne semble plus être le cas aujourd'hui.Il y a peu, de nombreux politologues soulignaient, avec raison, l'émergence d'une déconnexion de plus en plus nette entre les faits politiques et les réalités économiques. Les crises politiques internationales n'avaient presque aucune répercussion sur les marchés de capitaux, qui restaient insensibles à des signaux étrangers aux sphères économiques et financières. Certains observateurs croyaient y voir un effet positif de cette mondialisation économique qui tendrait, sur le long terme, à modérer l'impact des conflits internationaux et donc leur dangerosité. On peut se demander aujourd'hui si pareille déconnexion n'était pas, simplement, la conséquence d'un phénomène singulier : la durée exceptionnelle d'une période de croissance mondiale, au cours de laquelle l'économie américaine n'a, à l'exception de 2002, jamais connu d'accrocs majeurs. La crise économique ne ferait, dans ces conditions, que rétablir les relations naturelles entre les manifestations politiques et le fonctionnement des économies.Cette conjecture n'autorise pas à penser que la mondialisation des échanges économiques reste sans effet sur l'évolution de ces relations, au contraire. Mais les modifications qu'elle imprime ne se manifestent pas nécessairement comme on les attendrait. Derrière la façade des discours volontairement unanimistes des acteurs politiques prompts à souligner les convergences qu'impose sa dimension mondiale, la crise commence à révéler des différences importantes d'un pays à l'autre. Ainsi, dans la zone euro, les dernières prévisions d'activité économique pour 2009 vont de ? 9 % du PIB pour l'Irlande à seulement ? 0,9 % pour la Grèce. L'écart est encore plus grand entre les nouveaux entrants de l'Est, avec ? 13 % pour la Lituanie et ? 1,4 % pour la Pologne. La diffusion rapide de l'information entraîne une connaissance presque immédiate de tels écarts. Or ces différences, souvent perçues comme injustes, font partie des facteurs générateurs de tensions, voire de conflits internationaux. Une observation qui vaut davantage encore lorsque l'on considère des pays qui appartiennent à des zones différentes du monde. Loin du nivellement des économies, la crise mondiale creuse les écarts de manière parfois inattendue et ajoute d'autres inégalités à celles qui existaient déjà. Elle remodèle, de ce fait, les lignes de force et la carte des risques belligènes.

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