Double jeu

Jacques Chirac pourra-t-il continuer longtemps à faire illusion ? Combien de temps le chef de l'État français pourra-t-il s'apitoyer sur le sort des pays pauvres et se faire l'avocat du développement sur la scène internationale alors qu'il bloque toute avancée sérieuse sur la négociation agricole dans le cadre de l'OMC dont ces mêmes pays pauvres seraient les premiers bénéficiaires en cas d'accord ? Le moment de vérité avance à grands pas. À six semaines de la rencontre capitale de Hong Kong, le "round" de négociations commerciales internationales initié à Doha en 2001 apparaît fortement compromis. Les positions des principales puissances commerciales sont aujourd'hui encore trop divergentes pour laisser espérer un accord. La faute à l'Union européenne qui se voit reprocher par ses partenaires son manque de générosité en matière d'échanges agricoles. L'Union européenne pourrait-elle faire un effort ? La réponse est oui, si... si ses 25 pays membres en sont d'accord. Or il y a un pays qui ne veut absolument rien entendre, la France. Non pas que les agriculteurs des autres pays de l'UE soient ravis de voir débarquer les productions des pays du Sud sur leur marché, mais la contrepartie est une plus grande ouverture des pays en développement aux produits industriels et aux services et, en cas de succès, l'échange de bons procédés pourrait apparaître comme équilibré et profitable à tous. Pour justifier son refus, Paris se réfugie derrière les limites du mandat de négociation donné à la Commission européenne. Soit. Mais en respectant ce mandat, l'UE prend le risque politique de faire capoter l'ensemble de la négociation de Doha et d'avoir à en assumer la responsabilité face à la communauté internationale. Ou alors les Vingt-Cinq ne veulent pas prendre ce risque et il va leur falloir donner quelques gages supplémentaires dans le cadre d'un mandat de négociation amendé. Et là, c'est la France qui devra prendre ses responsabilités. Faire quelques concessions additionnelles pour obtenir un accord commercial global où elle a beaucoup à gagner ou bien dégainer son veto et passer à la postérité comme le pays qui aura torpillé le "round" commercial du développement. Les pays pauvres attendent avec beaucoup de curiosité de savoir quelle option choisira Jacques Chirac.

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