Gazprom mine la politique énergétique européenne

Le spectre d'un vaste cartel gazier susceptible de peser sur les cours du gaz est agité avec insistance par Moscou. En marge du sommet de Davos, la presse russe bruisse des manoeuvres du Kremlin en vue de placer le pays à la tête d'une telle organisation. Le quotidien Kommersant rapporte que dans le cadre de l'union économique EvrAsEs (Russie, Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkmenistan et Kirghizistan), Moscou presse ses partenaires, également producteurs gaziers, de regrouper leurs intérêts au sein d'une organisation baptisée Manngo. Placée sous l'égide de la Russie, s'appuyant sur son bras armé Gazprom, celle-ci devrait constituer la principale force du futur Opep du gaz.Dès avril, les pays de l'EvrAsEs établiront une " charte " pour Manngo, qui " créera les conditions pour la distribution équitable des revenus issus des exportations gazières parmi les pays producteurs ". Soit une " anticharte de l'énergie " telle qu'elle a été pensée par les Européens pour dissocier production gazière et transport afin d'assurer un accès égal à tous les consommateurs et libéraliser un marché du gaz aujourd'hui franchement opaque. Ce projet de charte est évoqué à Bruxelles, alors que Moscou ne veut surtout pas s'y soumettre.La réponse russe est claire, même si Moscou n'a pour l'instant pas officialisé son intention de créer un cartel. L'idée revient en force dans la bouche des officiels russes, jusqu'à celle du président russe, Vladimir Poutine, qui avait jugé " l'idée intéressante " au printemps dernier. À ce moment précis, le spectre d'une Opep du gaz était alors apparu avec plus de netteté que jamais. Les deux principaux fournisseurs de gaz de l'Europe - Gazprom et l'algérien Sonatrach - avaient signé un accord de partenariat. Il s'est depuis dissolu en raison du désintérêt manifesté par Alger. Seul Téhéran milite aujourd'hui bruyamment pour la formation de cette organisation, mais le ministre de l'Énergie du Qatar a révélé vendredi à Davos que les pays producteurs de gaz débattront en juin de l'opportunité de créer un cartel lors d'un sommet se déroulant à Moscou.LE CARTEL POURRAIT SE RETOURNER CONTRE SES INITIATEURSToutefois, la formation d'un tel cartel pourrait se retourner contre ses initiateurs en créant un large consensus pour l'utilisation massive d'énergies alternatives. C'est du moins l'opinion partagée par les Européens les plus optimistes. Mais, à Moscou, personne ne croit à cette menace. Sûr de lui, Gazprom fonce à travers les terres européennes et plante ses drapeaux dans un nombre croissant de capitales. Après Sofia la semaine précédente, Belgrade a déroulé vendredi le tapis rouge au South Stream, un gazoduc russe rival du projet européen Nabucco. Plus au nord, l'autrichien OMV - pourtant le principal promoteur de Nabucco - vient de céder 50 % du centre de distribution de gaz de Baumgarten à Gazprom.

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