Le rival Constellation mis en demeure d'agir

Une porte doit être ouverte ou fermée. C'est en substance ce qu'a déclaré la commission britannique sur les fusions et acquisitions en enjoignant un groupe d'investisseurs, emmenés par le numéro un mondial des vins, l'américain Constellation, de faire, d'ici au 29 juin prochain, une offre formelle d'achat sur l'entreprise britannique de spiritueux Allied Domecq. Ou, au contraire, de s'engager à ne pas faire d'offre du tout, et ce, pour une période de six mois.Constellation, associé à un autre marchand de vins et spiritueux, Brown-Forman, ainsi qu'à deux fonds d'investissement, Blackstone Group et Lion Capital, a en effet du mal à se décider. Si le consortium a bien annoncé, dans la foulée de l'offre ferme de Pernod Ricard, en avril dernier, qu'il s'intéressait lui aussi à Allied Domecq, il s'est contenté de présenter une offre "indicative", qui équivaudrait toutefois, selon les indications qui circulent, à 700 pence par action Allied Domecq, un peu au-dessus de l'offre ferme de Pernod Ricard. Pourquoi ne pas franchir le pas ? L'offre informelle de Constellation n'est-elle qu'une esbroufe qui forcerait Pernod à améliorer son prix pour le bonheur des actionnaires d'Allied ? Interrogé sur cette possibilité, Pierre Pringuet, directeur du groupe français, a martelé qu'il n'y avait qu'une offre ferme, celle de Pernod, valorisant correctement Allied, et qu'en conséquence, il n'y avait pas nécessité de l'améliorer...Frictions. La stratégie de Constellation lui permet-elle tout simplement, dans le cadre de l'étude des comptes nécessaire à une offre, d'obtenir des informations précieuses sur un concurrent comme Allied Domecq ? Sans doute. Mais pour certains observateurs, il faut chercher ailleurs pour comprendre les hésitations du groupe américain. Au-delà des frictions possibles entre quatre partenaires, dont les intérêts pourraient rapidement diverger, c'est dans les comptes de Constellation que se trouve sans doute la réponse.Car c'est un peu la grenouille qui veut manger le boeuf. Non seulement Constellation, même allié à Brown-Forman, reste une entité nettement plus petite qu'Allied - et que Pernod Ricard - mais en plus, même avec l'appui des deux fonds d'investissement comme Lion Capital et Blackstone, le groupe devra lever des fonds sur le marché s'il veut mener à bien une opération dont le montant total s'élèverait à plus de 14 milliards de dollars. Et c'est là que le bât blesse. Car Constellation, même en affichant des ventes record qui ont dépassé pour la première fois les 4 milliards de dollars (+ 15 % par rapport à 2003) l'an dernier et un profit net en hausse de 25 % (à 276 millions de dollars), est déjà fortement endetté, notamment en raison du récent rachat de Robert Mondavi Corp., pour 1,4 milliard de dollars, somme en totalité empruntée. En outre, sa dette fait partie de la catégorie junk bonds (obligations pourries). Pis, l'agence de notation Standard & Poor's a annoncé, à la suite de l'intérêt marqué par Constellation pour Allied Domecq, qu'elle pourrait dégrader un peu plus sa note si Constellation faisait une offre formelle. Le service de la dette, déjà lourd pour Constellation, n'en serait que renchéri. Et un nouvel emprunt, déjà difficile, quasiment impossible. Pas étonnant, dans ces conditions, que le groupe américain réfléchisse à deux fois avant de s'embarquer dans l'aventure.Lysiane J. Baudu, à New York

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