La retraite, de l'origine à la réforme

La notion de retraite a beaucoup évolué dans le temps et a désigné plusieurs réalités différentes, et pas forcément compatibles, rappelle François Ewald, professeur au Cnam. À l'origine, il s'agissait davantage d'une récompense octroyée à une personne exerçant un métier dangereux, comme l'armée ou la marine. Ensuite, l'État a cherché à sécuriser le cycle de vie de ses fonctionnaires pour faciliter le recrutement. Puis ce sont les entreprises, notamment dans l'industrie, qui ont souhaité récompenser leurs salariés fidèles en leur assurant une pension en cas d'invalidité au travail. Rente de survivantCe sont les premières caisses de retraite et les premiers conflits avec les syndicats pour le contrôle de ces caisses de retraite. En 1910, la Républiqe décide d'étendre ce système à tous les salariés et fixe une norme à l'invalidité, l'âge de 65 ans. Un âge que bien peu de salariés atteignaient alors. La retraite est alors une rente pour des survivants. Le grand changement s'opère en 1982 lorsque François Mitterrand décide de baisser l'âge de la retraite à 60 ans, alors même que l'espérance de vie ne cessait d'augmenter rapidement. Le régime de retraite ne couvre plus un risque mais il organise un cycle de vie dans lequel être retraité devient la norme, et sa charge doit être organisée collectivement. Bref, nous serons tous des retraités.Mais très vite la question de la durabilité de ce système s'est posée. D'autant que la mondialisation et la course à la compétitivité ont poussé les entreprises à externaliser cette charge sur les individus ou sur l'État. Quatrième âgeIl faut donc aujourdhui, pour François Ewald, traiter un changement de la condition humaine et séparer la question de la retraite de celle du vieillissement. Le retraité n'est plus un individu isolé mais un membre actif de la société. Face à cela, trois scénarios peuvent être envisagés. Le premier considère que nous sommes dans un régime universel qui protège des citoyens et non plus des salariés. Dans cette hypothèse, il ne faut exclure aucune ressource de financement, y compris entièrement publique. Le deuxième scénario reviendrait aux sources même de la retraite, c'est-à-dire à une couverture du risque d'invalidité. Et ce risque, aujourd'hui, c'est la dépendance des personnes du quatrième âge. Il faudrait donc garantir la couverture de la dépendance et rendre aux agents les quelque 25% de revenus actuellement socialisés pour assurer les retraites. C'est la thèse de la privatisation de la retraite, plus ou moins abandonnée, même aux États-Unis. Enfin, et c'est la logique de nos réformes depuis 2003, on peut redéfinir un partage public-privé, mais le coût politique est élevé car cela réintroduit une forte angoisse des individus pour leur avenir.

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