Affaire Clearstream  : début d'un procès hors normes

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justiceUn procès exceptionnel s'ouvre aujourd'hui au palais de justice de Paris. Parmi les plaignants, excusez du peu, Nicolas Sarkozy, président de la République, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI (Fonds monétaire international), Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, le groupe européen EADS, maison mère d'Airbus, et 37 autres personnes appartenant au gotha de la politique, de l'industrie, de la banque et des services de renseignement.Sur le banc des accusés, également une vedette, Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, avec à ses côtés Jean-Louis Gergorin, ancien haut dirigeant d'EADS, Imad Lahoud, étrange financier, Denis Robert, journaliste, et Florian Bourges, jeune auditeur financier.Ce procès devra déterminer qui a falsifié les listings de la chambre de compensation Clearstream en y introduisant les noms de plus d'une centaine de personnalités pour les accuser faussement de détenir des comptes occultes alimentés par des commissions issues de la vente de frégates à Taiwan par Thomson-CSF (devenu Thales). Pour trouver la vérité, le procès devra décortiquer les trois volets du dossier.une chaîne de culpabilitéLe premier est politique. Les juges d'instruction d'Huy et Pons ont construit une chaîne de culpabilité qui passe de Florian Bourges, le jeune auditeur accusé d'avoir volé les listings chez Clearstream, à Dominique de Villepin, soupçonné d'avoir voulu les utiliser pour éliminer son rival Nicolas Sarkozy, en passant par Denis Robert, qui a mis en relation Florian Bourges et Imad Lahoud. Ce dernier est, lui, accusé d'avoir falsifié les listings. Arrive enfin Jean-Louis Gergorin, accusé d'avoir organisé la manipulation. Dans cet esprit, il n'y aurait qu'un vrai coupable, Dominique de Villepin, et la principale victime serait Nicolas Sarkozy.Le deuxième volet est industriel. C'est dans les conflits obscurs entre Thomson-CSF et le groupe Lagardèrerave;re, puis au sein même de ce dernier et d'EADS Airbus (dont Lagardèrerave;re est l'un des grands actionnaires) qu'est née la manipulation. Les listings visaient d'abord Alain Gomez, ancien patron de Thomson-CSF, puis Philippe Delmas, haut responsable d'Airbus, qui a déposé la première plainte. Les personnalités citées dans les listings étaient accusées de détenir une partie des 500 millions de dollars de commissions issues de la vente de frégates à Taiwan. Les listings ont été remis au juge Van Ruymbeke, celui-là même qui enquêtait sur cette affaire des frégates et ses cadavres. Le juge avait dû clôturer son enquête par un non-lieu. Le troisième aspect, enfin, trouve son origine dans le monde obscur des renseignements généraux. Leur ancien directeur, Yves Bertrand, proche de Dominique de Villepin, et son adjoint, Bernard Squarcini, intime de Sarkozy, sont accusés à tour de rôle d'avoir manipulé Imad Lahoud. Le procès devra trouver le (ou les) coupables pour l'un de ces trois niveaux. La tâche ne sera pas aisée. L'enquête de plus de quatre ans menée par les juges d'Huy et Pons n'a pas permis de répondre avec certitude à cette question centrale : qui a falsifié les fichiers ?

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