Régionales  : pourquoi le peuple a fait sécession

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« Le peuple a fait sécession », écrivait avec justesse Michel Maffesoli la semaine passée. Plus de 23 millions d'électeurs sur les 44 millions inscrits sur les listes électorales au premier tour, près de 22 millions au second tour. Ajoutons les citoyens non inscrits et les « exprimés » blancs ou nuls non comptabilisés : voilà une énorme majorité silencieuse qui dit non à l'offre politique régionale proposée par les différents mouvements, qu'ils soient de gouvernement ou non.L'échec est régional et démocratique. La défaite politique est dans tous les camps. Défaite de l'UMP et de ses alliés avec 19 ministres qui n'ont pas réussi à convaincre. Défaite des centristes qui avaient disparu dès le premier tour. Défaite du Front national qui baisse en nombre de voix par rapport à 2004, même s'il progresse entre les deux tours des régionales 2010. Pas de victoire à gauche non plus avec un nombre de voix lui aussi inférieur par rapport à 2004, alors même que 20 des 22 présidents sortants étaient de gauche et socialistes.Lorsque, en 2004, le PS et ses alliés emportent les 20 régions métropolitaines, l'abstention n'est que de 37,9 %. Elle était de 22,6 % en 1986. La défaite est donc aussi celle des présidents sortants qui, s'ils ont conservé leurs sièges, l'ont fait dans des conditions anémiées voire anorexiques.Après les crises financière et économique, il faut ajouter une profonde crise démocratique. Alors qu'ils aiment la politique, les Français divorcent des partis, de leurs appareils, parfois de leurs leaders et désormais des gouvernements locaux. Au-delà d'une campagne courte, mou spectacle politique régional et national, campagne opposant des tenants du titre qui, pour 9 d'entre eux, avaient pourtant choisi de se consacrer exclusivement à leur charge régionale à des challengers ministres ou multi-cumulards, il faut chercher, plus loin, des pistes d'explication de cet abandon. L'échec est profond en ce qui concerne l'affirmation de la collectivité régionale dans l'espace public et dans l'affect citoyen. Malgré une progression institutionnelle dans les compétences, malgré une dimension politique de contre- pouvoir territorial revendiquée, malgré une perspective de disparition du concurrent Département, programmée par l'UMP, les régions ont raté le rendez-vous citoyen et leurs exécutifs et les majorités régionales doivent assumer un échec institutionnel et démocratique auquel on peut ajouter celui de l'attractivité territoriale lorsqu'on les compare à leurs voisines européennes.Gestions lointaines, technocratiques. Gouvernances hors sol se cachant derrière des dispositifs participatifs techniques devenus des objets de communication. Un mode de scrutin qui fabrique des listes perçues comme autant de castings d'appareils isolés ou au mieux inaccessibles. Tout cela est bien loin des mutations citoyennes, des épreuves sociales et des inquiétudes identitaires, autant de fruits amers d'une mondialisation qui s'invite chaque jour davantage dans les territoires locaux et régionaux. C'est pour beaucoup dans la pratique du pouvoir régional qu'il faut trouver la source de cet effondrement si décevant.Il suffit de pénétrer les assemblées régionales et d'assister à leurs travaux. Le technique l'emporte sur le politique, le vote sur le débat... Il y a souvent davantage de techniciens derrière le président de l'exécutif que d'élus en face de lui ! Et trop rarement de citoyens dans les tribunes, souvent désertées par des médias locaux qui dépolitisent chaque jour davantage leurs colonnes.Que dire de la communication dite publique qui a vu ses budgets augmenter durant ces six dernières années. Trop souvent, l'oubli du récepteur, du message, de la conversation, de l'histoire. Le choix de la technique pour transmettre, pour dire l'institutionnel, seulement, à un usager considéré comme un client avant que citoyen ! Au mieux, du talent, parfois créatif, pour concours de communicants. Au pire, la disparition des élus du casting des pages des magazines des collectivités, la volonté de dépolitiser. Entre les deux, des dispositifs de gouvernement de l'opinion régionale pensés seulement pour battre l'adversaire et rester en place.Il faut se poser des questions simples : qui sait ce que fait un conseil régional ? Qui connaît le nom, le visage du président de son conseil régional ? Pis encore, qui connaît même l'existence du conseil régional ? Les micro-trottoirs font frémir lorsque l'on interroge des citoyens de moins de 50 ans. Projets flous, communication publique molle, vérités faibles, pas de campagne. Résultat : pas de lisibilité, perte de crédibilité, refus de légitimité, l'équation de la confiance citoyenne a volé en éclats en six ans. Nous sommes bien loin des mirages de la démocratie participative et l'urgence citoyenne demeure. Gare : bientôt 2012, direction populisme ? nPoint de vue Jean-Christophe Gallien Docteur en sciences politiques, professeur associé aux universités de Paris I et Paris XIII

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