Le conflit sur l'immigration gèle les affaires transalpines

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À première vue, à partir de 11 heures 30 ce mardi matin, Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi vont surtout évoquer lors du 19e sommet bilatéral franco-italien une ville luxembourgeoise, Schengen, désormais célèbre pour le premier accord de juin 1985 de libre circulation des personnes en Europe. L'entourage du président français a en effet évoqué, à la veille de ce déplacement à Rome, à la fois « un renforcement » du dispositif de Schengen et « des clauses de suspension si nécessaire ». Henri Guaino, le conseiller spécial de l'Élysée, a précisé ensuite que Paris « demande de revoir les clauses de sauvegarde de façon à ce que l'on puisse, dans des situations particulières, établir des contrôles aux frontières nationales ». C'est ce que les autorités françaises ont déjà récemment fait, brièvement, en bloquant l'arrivée en France de trains venant d'Italie (à Vintimille).Cette décision a été ressentie en Italie comme une énième « gifle » du voisin français. Après avoir échoué à convaincre leurs partenaires européens de prendre à leur charge une partie du « fardeau » de l'immigration clandestine qui, depuis la chute du dictateur tunisien Ben Ali, a porté environ 24.000 Tunisiens sur les côtes italiennes (en premier lieu sur l'île sicilienne de Lampedusa), le président du Conseil italien et son ministre de l'Intérieur issu de la Ligue du Nord xénophobe, Roberto Maroni, ont opté pour une solution de désespoir à savoir l'octroi de permis de séjour temporaires pour ces Tunisiens leur permettant de circuler entre les pays ayant adhéré aux accords de Schengen. Face au premier passage de ces migrants tunisiens, Nicolas Sarkozy et son ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, ont eux, à moins d'un an de l'élection présidentielle française, d'une certaine façon rétabli la frontière des Alpes entre l'Italie et la France.Mais à ce point culminant de la brouille franco-italienne, c'est une autre barrière qui s'élève, du côté italien cette fois-ci : celle contre les investissements directs français dans la péninsule. « S'il n'y avait pas eu le différend politique, l'accord entre EDF et les actionnaires italiens du groupe d'électricité Edison aurait été bouclé », confie à « La Tribune » une source proche de ce dossier. Idem pour l'acquisition par les français Amundi (Société Généralecute; Générale et Crédit Agricolegricole) ou de Natixis du premier gestionnaire d'actifs italien, Pioneer, mis en vente par sa maison mère, la banque UniCredit. La vente est annulée « depuis que le gouvernement italien a mis son nez dans le dossier », Rome ayant décidé que Pioneer ne passerait aux mains d'une banque française. À ce jeu, l'argumentation de l'Élysée, selon laquelle, « dans la coopération économique, il faut séparer ce qui relève des États et ce qui dépend des entreprises privées », semble avoir peu de prise sur la colère du ministre de l'Économie transalpin, Giulio Tremonti. Après avoir vu LVMH acquérir un nouveau joyau du luxe italien, Bulgari, l'influent ministre n'a pas l'intention de lâcher prise sur Parmalat ou tout autre dossier financier.Tenir tête aux « cousins » français est, dans l'ambiance de campagne permanente de l'autre côté des Alpes, un thème très porteur. Tout comme la hantise de l'immigration clandestine qui renforce tout autant les positions électorales de la Ligue du Nord et de Silvio Berlusconi que celle de Nicolas Sarkozy.Frank Paul Weber avec Alexandre Madde

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