Assis dans un studio de musique parisien, il cherche ses mots avec soin. À la fois attentif, sensible et intense, Frédéric Pierrot prévient : « j'ai l'air comme ça d'être calme mais je suis anxieux et impatient. » Alors qu'il s'est invité dans le salon des Français en 2021 sous les traits du psychiatre Philippe Dayan dans la série En thérapie, sur Arte, cet acteur habité mais habitué aux seconds rôles affiche une filmographie impressionnante où se croisent Tavernier, Blier, Godard, Ozon, Loach, Jaoui...
À rebours des ego d'artistes, cet ancien machiniste délicat, accablé par notre époque, aime cultiver un certain anonymat, qu'il estime nécessaire au jeu d'acteur. Ce clarinettiste amateur et touche‑à-tout (cinéma, théâtre, musique...) garde aussi intact son engagement pour la culture et croit dans une certaine « vibration » commune des êtres, qui maintient son espoir dans l'humanité.
Quel rapport avez-vous avec la musique ?
Elle a une importance considérable pour moi mais je n'en ai rien fait d'extraordinaire, je n'ai pas voulu devenir musicien. À 16 ans, j´ai eu une révélation en allant au Jam Potatoes, un festival de la région de Dieppe, d'où je viens, qui se déroulait dans les hangars des pommes de terre Lunor, propriété d'un industriel amateur de blues ! J'ai découvert le jazz dans les silos à patates, le public plantait les tentes dans les champs autour. C'était inouï : ma première autorisation parentale à retrouver mes copains ! Il y avait là un clarinettiste, Stéphane Guerreau, qui faisait hurler son instrument d'une façon un peu démonstrative. C'était beau et je me suis dit : « je veux jouer ça ! »