Goldorak, de la Japan Expo à Riyad : retour en grâce d’un mythe de la japanimation

Goldorak a 50 ans et n'a jamais été aussi populaire.
LTD/1976 Go Nagai/Dynamic Planning

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Il pleuvait ce 3 juillet 1978, lorsque fut diffusé le premier épisode de Goldorak, trois ans après le Japon (où son créateur Go Nagai l'a baptisé Grendizer). Les programmateurs d'Antenne 2, pris soudain d'un doute quant à la pertinence d'introduire un dessin animé japonais guerrier quand le divertissement pour enfants se bornait au Manège enchanté et à Aglaé et Sidonie, avaient timidement noyé le programme dans la torpeur estivale et ses loisirs en plein air. Raté ! Les archives météo évoquent « un été pourri » et « des plages désertées » cet été 1978.
En septembre, les cours d'école ne bruissent que de « chevalier solitaire », de « merveilleux robot », de fulguropoing. Le phénomène Goldorak est lancé, faisant même la une de Paris Match. Les critiques fusent, les parents s'attachant moins à la « lutte infernale du bien contre le mal » que chante le générique qu'aux « japoniaiseries » qu'ingurgiteront leurs têtes blondes dans son sillage. Pourtant, près d'un demi-siècle plus tard, les téléspectateurs de l'époque sont devenus des quinquas et ce robot tout droit sorti de leur enfance revient pour le festival des cultures japonaises, qui ouvre le 3 juillet à Paris-Nord Villepinte.
Constatant l'engouement retrouvé pour le pionnier des robots habités, Japan Expo s'est entendue avec la RATP pour installer dès mai une fresque de 26 mètres dans la station Châtelet, à Paris, et a concocté une exposition de 300 mètres carrés lors du festival. Les visiteurs pénétreront par l'entrée du fameux « ranch du Bouleau Blanc », refuge d'Actarus après la destruction de sa planète bleue. Objets d'époque, story-boards, gadgets et goodies étancheront la soif des fans.
Car le culte ne faiblit pas, porté par la vague « gloubi-boulga » lancée dans les années 2000. Rediffusion des 74 épisodes sur Okoo et Mangas (parmi les meilleures audiences de la chaîne à ses débuts avec 23 .000 téléspectateurs en moyenne à chaque épisode), colloque à la Sorbonne, enchères de la maison Cornette de Saint Cyr pour des cellulos (feuilles transparentes où sont peints les dessins de l'anime) partis à cinq fois leur estimation... Et les nostalgiques des années Récré A2 et du Club Dorothée ont encore montré leur ferveur il y a quelques jours en s'arrachant les places pour le concert de Dorothée en 2026, complet en huit minutes.
« C'est une nostalgie positive, on n'est pas dans le "c'était mieux avant" », constate Jeremy Cerrone, qui a lancé il y a quatre ans la « Goldorak XperienZ », une exposition itinérante (qui nourrit en partie celle de Japan Expo) et une « rétro-night » qui remplit le Rex.
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Les propriétaires de la licence au Japon ont en effet eu l'intelligence de lâcher du lest en 2021 pour éviter que leur « robot des temps nouveaux » tombe en désuétude. Fait rarissime pour la pop culture nipponne d'habitude si control freak, ils ont accepté la rétrospective « XperienZ », qui en est à 70.000 visiteurs sur 15 dates, ont cédé pour une BD hommage chez Kana scénarisée par des cadors du 9e art français, Xavier Dorison & Denis Bajram, qui s'est écoulée à 300.000 exemplaires et continue de se vendre.
« C'est une licence plus vivante que jamais avec un nouvel anime, Grendizer U, il y a quelques mois et d'un jeu vidéo, Le Festin des loups », explique Thomas Sirdey, cofondateur de Japan Expo. Il publiera en octobre une édition collector pour les 50 ans du manga (Isan Manga). Au même moment seront lancés un jeu de plateau produit par MAD, un tarot ainsi qu'un album We Are Tokyo réunissant les versions du générique d'Enriqué (voir encadré). « Ce type de licences possède cette puissance-là, de renaître à chaque fois, de s'adapter en permanence à l'air du temps ; ça crée des liens fous entre les générations », poursuit Thomas Sirdey, qui le constate dans les allées de Villepinte.
Savant panachage de rétro et de reboot, la ferveur traverse donc les âges... et les frontières. L'expo « Goldorak XperienZ » intéresse le Qatar et a déjà tapé dans l'œil de l'Arabie saoudite. Les Saoudiens sont les coproducteurs de Grendizer U, et une statue de Goldorak de 33,70 mètres de haut trône à Riyad. Qu'est-ce qui pourrait arrêter le « formidable robot des temps nouveaux » ?
À défaut des forces de Véga, celles de contradiction de la jeunesse. « De même que la génération manga s'est tournée vers le Japon pour se différencier de leurs boomers de parents fascinés par les yéyés et les États-Unis, leurs enfants pourraient bien se trouver une culture alternative d'opposition, analyse finement Matthieu Pinon, rédacteur en chef du magazine Otaku Manga. Un indice : le boom de la pop culture coréenne avec le webtoon et le succès de Solo Leveling, la K-pop et les Blackpink qui remplissent le Stade de France ou les dramas coréens qui se détachent sur Netflix. » En attendant de se faire définitivement ringardiser, Goldorak peut s'enorgueillir de 50 ans de succès fulgurant... point.
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Les chiffres en mettent toujours plein la vue : 140.000 mètres carrés occupés, 531 heures de programmation, plus de 250.000 visiteurs attendus... Japan Expo se tiendra du 3 au 6 juillet au parc des expositions de Paris-Nord Villepinte et proposera comme chaque année un panaché de tout ce que la culture pop japonaise fait de mieux : livres avec la venue du pape du manga horrifique, Junji Ito, auteur du glaçant Tomie, et un accent mis sur Dragon Ball avec l'éditeur (Tantô) historique Kazuhiko Torishima ; cosplay avec le concours international Extreme Cosplay Gathering ; jeux vidéo avec la présence du réalisateur de Final Fantasy XV ; la J-pop avec les concerts de Ballistik Boyz et de Psychic Fever... La nouveauté est un espace consacré aux cartes à collectionner (univers TCG Kingdom), jeu star des cours de récré depuis les années 2000 avec Pokémon, Magic ou Disney Lorcana. Des caméras spécifiques retransmettront les duels, que l'on promet haletants.
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